Axel Kahn : Éthique et Génétique

Axel Kahn : Éthique et Génétique

Émission 

Axel Kahn

« J’ai toujours essayé d’être un type bien ! » résume Axel Kahn qui n’a rien perdu de l’aspect juvénile que lui confèrent sa silhouette filiforme, son regard vif, espiègle, et ses grands éclats de rire rabelaisiens que tempèrent, sous le cheveu blanchi, un visage anguleux et de larges lunettes cerclées de métal. Désormais septuagénaire, le médiatique chercheur scientifique, médecin généticien et écrivain naguère bardé de multiples casquettes et responsabilités, savoure les délices de la retraite en toute liberté sur les chemins pédestres de l’Hexagone : « Il est insupportable de se laisser enfermer dans des normes ! » Bachelier à 17 ans, étudiant, puis externe et interne des Hôpitaux de Paris, Docteur en Médecine en 1974, Docteur ès Sciences en 1976, Axel Kahn devient chercheur spécialisé en biochimie à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), et à l’Institut de Pathologie Moléculaire de l’hôpital Cochin. Deux structures dont il occupe les postes de Directeur de Recherches dans les années 80.Spécialiste des maladies génétiques, notamment celles qui concernent le foie, il se fait alors le porte-parole en France de la thérapie génique.Membre du Comité Consultatif National d’Éthique de 1992 à 2004, il se prononce contre le clonage humain.De 2000 à 2002, il préside à la Commission Européenne le Groupe d’experts de haut niveau pour les Sciences de la Vie.À titre scientifique ou administratif, à partir du nouveau siècle, il préside ou dirige de nombreuses structures comme la Fondation Internationale du Handicap, la Ligue nationale contre le cancer, Paris Biotech Santé, la Commission du génie moléculaire auprès du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, l’Institut Cochin ou l’Université Paris V - René Descartes.Membre du Parti Communiste de 1961 à 1977, puis du Parti Socialiste de 1981 à 1983, il soutient Bertrand Delanoë aux municipales de 2008 et se présente en 2012 sous l’étiquette du PS aux législatives à Paris où il est battu au second tour par François Fillon.En 1986 il fonde et dirige la revue « Médecine-Sciences » et soutient activement le mouvement « Sauvons la Recherche ».Auteur de plus de 500 articles et communications scientifiques, il a publié une trentaine d’ouvrages parmi lesquels : « La Médecine du XXI° siècle : des gènes et des hommes » (1996), « Les Plantes transgéniques en agriculture » (1998), « Et l’Homme dans tout ça ? » (2000), « L’avenir n’est pas écrit » (2001 – avec Albert Jacquard), « Comme deux frères » (2006 – avec Jean-François Kahn), « L’Homme, ce roseau pensant : essai sur les racines de la nature humaine » (2007), « Faut-il légaliser l’euthanasie ? » (2010 – avec Luc Ferry), « Controverses : Université, science et progrès » (2011 – avec Valérie Pécresse), « L’Homme, le Libéralisme et le Bien Commun » (2013), « Pensées en chemin. Ma France des Ardennes au Pays basque » (2014).Officier de la Légion d’Honneur et du Mérite Agricole, Commandeur dans l’Ordre National du Mérite, Chevalier des Arts et des Lettres, il est docteur honoris causa des Universités belges de Louvain, Liège, et canadiennes de Montréal, Ottawa, Laval et Sherbrooke.Récipiendaire, entre autres, des Prix « Jean Bernard », du « Rayonnement Français », du « Médecin dans la cité » et de l’Association Française pour la Recherche Thérapeutique, il est membre d’une dizaine de sociétés savantes internationales.Marié en troisièmes noces à une chercheuse, il est père de trois enfants Jean-Emmanuel, Isabelle et Cécile.Le poids de la fratrie Né le 5 septembre 1944 au Petit-Pressigny en Indre-et-Loire, Axel Kahn est le fils de Jean, professeur de philosophie, poète, juif athée, résistant, communiste et séducteur à l’esprit brillant.Le jeune Axel est un enfant assez casse-cou, toujours prêt à en découdre dans la cour de l’école, mais déjà « émerveillé par les chemins, les forêts, les prairies fleuries et les animaux de la ferme » de son village natal où il passe ses vacances.Très croyante, sa maman l’éduque dans la culture catholique – baptême, communion, confirmation – et le met au collège chez les jésuites où il découvre ses premiers doutes existentiels : « J’ai usé mes culottes chez les scouts, servi la messe, mais quand la liturgie a été traduite en français, j’ai été d’un coup submergé par son absurdité, et à l’âge de 15 ans j’ai perdu la foi ! Je suis devenu un agnostique complet et absolu, mais sans tourner le dos au grand principe « Aime ton prochain comme toi-même ! », et sans devenir un anticlérical ! » Et de conclure avec malice : « J’ai donc renoncé à la prêtrise, et heureusement car se nommer « L’abbé Kahn » n’aurait pas été simple, même si j’aime bien le Tour de France ! » Il reporte donc ses élans généreux vers une autre forme de croyance, entre à 17 ans aux Jeunesses Communistes, et connaît quelques soucis au Lycée Buffon : « Lauréat du Concours Général, j’étais à la fois le fort en thème et le piquet de grève des mouvements estudiantins, ce qui n’était pas franchement du goût du proviseur ! » Quant à son choix de carrière, il note qu’il s’est construit presque par défaut : « Certaines voies étaient déjà prises par les « hommes Kahn » : la philosophie pour mon père, et du côté de mes frères, l’histoire et le journalisme pour Jean-François et les sciences spécifiques comme la chimie pour Olivier. Il ne me restait plus guère que la médecine ! » Cependant sa vie d’homme commence par un cataclysme, le suicide de son père : « Il s’est jeté d’un train en marche en me laissant ces quelques mots dans un enveloppe : « Tu es de mes trois fils le plus apte à faire durement les choses difficiles. Sois raisonnable et humain ». Depuis ce jour, je n’ai cessé d’être obnubilé par cette phrase ! » Scientifique et citoyen Boulimique, hyperactif, sollicité voire chouchouté par les médias pour ses compétences et son franc-parler, Axel Kahn n’a jamais ménagé sa peine pour défendre les sujets qui lui tiennent à cœur. Il sait illustrer ses prises de position à l’aide de formules qui marquent les esprits. Pour lui, en matière de génétique, d’embryon, de fécondité et de clonage « le médecin n’est pas un mécanicien » et « la liberté de chercher doit s’arrêter là où commence l’intégrité de la personne pour ne pas mettre en péril la dignité des hommes » ». Sur l’euthanasie, il estime que si « le praticien n’a pas pour but d’interrompre la vie, mais qu’il doit soulager » , il se déclare « plein de compassion pour quelqu’un qui par solidarité aide à abréger de grandes souffrances ». Bien qu’estimant que « les OGM permettront de nourrir la planète en respectant l’environnement » , il soutient José Bové dans son combat contre la mondialisation marchande et l’ultralibéralisme au motif que « l’intolérable finit par ne plus être toléré » . Selon lui, « la morale n’est pas soluble dans la science ». Fort de ses travaux et découvertes, il intervient avec ardeur dans les débats éthiques extrêmement complexes qui traversent la société, au risque d’être parfois mal compris, il en convient : « Non, je n’ai pas toujours raison, et on m’a déjà fait changer d’avis ! » Cette exposition médiatique a pu susciter quelques remarques, mais il s’en explique sans détours, au nom de son « humanisme moral » : « Un chercheur du service public  doit rendre des comptes aux gens qui lui permettent de travailler, et les informer. Le dialogue entre le scientifique et le citoyen est une absolue nécessité. C’est ça, la démocratie ! » Longtemps présente à ses côtés au sein de l’Université de Paris-Diderot, sa collaboratrice Jocelyne Cazorla diagnostique : « C’est quelqu’un de très exigeant, mais qui tire tout le monde vers le haut. Et en plus, avec lui, on s’amuse bien. Il a beaucoup d’humour ! » Cavalières et cavalier Avouant bien volontiers son « péché de gourmandise » , Axel Kahn est un fin cordon bleu qui aime mitonner les ris de veau aux truffes et les plats en sauce. Le Mahatma Gandhi et Martin Luther King restent ses deux modèles. Fragonard, Modigliani et Vermeer sont ses peintres favoris.Il ne fait pas mystère de son goût pour la gent féminine : « Je suis fidèle à chaque femme, mais successivement ! » Ses enfants et petits-enfants l’ont beaucoup apprécié dans un rôle inédit, celui d’inventeur et raconteur d’histoires fantastiques de fleurs, de biches et de lapins.Un de ses plaisirs discrets, c’est de se balader tôt le matin dans Paris, au Quartier Latin, entre le Jardin du Luxembourg et le Marché Saint-Germain : « Une occasion propice pour la réflexion, le méditation, l’introspection ! » Sa grande passion demeure le cheval qu’il a longtemps pratiqué le week-end en forêt, à la campagne ou au bord de la mer, assouvissant ainsi son amour de la nature : « C’est en République Centrafricaine où j’étais médecin coopérant que j’ai eu mon premier pur-sang arabe. Une vraie découverte ! Après j’ai élevé des chevaux de toutes races, j’ai même été moniteur d’équitation ! » De sa traversée de la France à pied, il tire des enseignements mélangés et réalistes : « J’ai plusieurs fois pleuré d’émotion devant la beauté de mon pays, mais je ne m’attendais pas à y croiser autant de gens en souffrance, accablés par le dureté du présent, désespérant de l’avenir, et repliés sur eux-mêmes… » Pour le futur de l’espèce, le grand généticien reste pragmatique et prudent : « L’Homme parfait reste à imaginer ! »

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