Dominique Besnehard, alchimiste de destins

Dominique Besnehard, alchimiste de destins

Émission 

Dominique Besnehard

« J’ai besoin de croire ! À des entreprises, à des gens, au devenir des autres. Mon métier, c’est rien que de la croyance ! » , explique Dominique Besnehard, rond de corps, visage joufflu, bouclettes blondes en bataille, regard d’azur souvent malicieux derrière ses lunettes d’écailles, verbe généreux, et tenace cheveu sur la langue. Comédien, dénicheur de talents, agent artistique, producteur, sexagénaire infatigable et toujours un peu cabotin, il est devenu – sinon une icône – l’un des personnages incontournables de l’industrie des salles obscures sans renier son indiscutable originalité : « Émotif mais pas fragile, je suis un mélange de dureté et de sensibilité. Mais je ne me prends pas pour le gourou du cinéma ! » En 1973, son Bac en poche, Dominique Besnehard intègre l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre de la Rue Blanche et effectue quelques figurations à la Comédie Française.En 1975, embauché par Alain Quercy dans le téléfilm « Les Grappes de ma vigne », il s’initie au métier de responsable du recrutement d’acteurs.Dans la foulée, avec « Un sac de billes », d’abord stagiaire puis assistant, il entame avec Jacques Doillon une collaboration d’une dizaine d’années. Promu directeur de casting du metteur en scène, il découvre notamment Juliette Binoche (« La Vie de Famille »), Béatrice Dalle (« La Vengeance d’une femme ») et Richard Anconina (« Le Petit criminel »).Les grandes pointures du cinéma font alors appel à lui, comme Claude Berri pour « Je vous aime » (1980), Jean-Paul Rappeneau pour « Tout feu tout flamme » (1982), Claude Sautet pour « Garçon ! » (1983), Claude Miller pour « L’Effrontée », Roman Polanski pour « Pirates » (1986), ou Jean-Jacques Beneix pour « Diva », « La Lune dans le caniveau », et « 37°2 le matin ».En 1986, il rejoint l’Agence Artmédia et coiffe la casquette d’agent artistique devenant ainsi l’interlocuteur privilégié de plus d’une centaine de stars françaises et étrangères parmi lesquelles Isabelle Adjani, Sophie Marceau, Laetitia Casta, Jeanne Moreau, Nathalie Baye, Julie Depardieu, Charlotte Gainsbourg, Michel Blanc, Yvan Attal, Pierre Richard, Alain Chabat, Charles Aznavour, Rupert Everett, Éric Cantona, Pierre Arditi, Jean-Louis Trintignant…Il travaille également avec de nombreux réalisateurs tels que François Ozon, Samuel Benchetrit, Cédric Kahn, Josée Dayan, Claire Denis, Gérard Pirès, Patrick Rotman ou Andrzej Zulawsaki.En 2006, en créant « Mon Voisin Productions », il se lance dans l’activité de producteur avec « L’Âge des ténèbres » de Denys Arcand, suivi notamment de « Musée Haut, musée bas » de Jean-Michel Ribes (2007), « J’enrage de son absence » de Sandrine Bonnaire (2011), « Mince Alors ! » de Charlotte de Turkheim (2012).Parallèlement, il joue des seconds rôles dans plus d’une centaine de films comme « Marche à l’ombre », « Pédale douce », « Podium », « À nos amours », « Tenue de soirée », « Casse-tête chinois », et pour la télévision « Un été glacé », « La Rivière Espérance », « Le Comte de Monte-Cristo », « Les Misérables », « Colette » ou « Mystère au Moulin Rouge ».Au Théâtre, il se fait apprécier dans les lectures de « Bal à Wiespersdorf » d’Ivane Daoudi 1995 au Festival d’Avignon, et en 2011 de « Monsieur Pipi » d’Amanda Sthers.En 2007, il  conseille Ségolène Royal candidate à l’élection présidentielle. Présentateur d’émissions consacrées au cinéma sur Canal Plus et Paris Première, il est également Délégué Général du Festival du Film Francophone d’Angoulême qu’il a créé en 2008.En 2014, il publie un ouvrage autobiographique : « Casino d’Hiver ».Son frère jumeau Daniel est écrivain et dramaturge.« Gros Doudou » Né le 5 février 1954 à Bois-Colombes, Dominique Besnehard passe son enfance à Houlgate où ses parents – d’abord modestes épiciers de banlieue – ont ouvert une petite supérette. Dès l’âge de 5 ans, surnommé « Gros Doudou » , il se distingue à la fête du patronage en interprétant « Petit Gonzalès » déguisé en Dalida et en organisant de somptueux défilés de mode avec sa collection de poupées Barbie. Et à 7 ans, au lieu de jouer au Meccano ou aux petites voitures, il a déjà trouvé sa vocation, comme il s’en souvient encore : « Après avoir regardé les variétés, les films et les feuilletons à la télé, je n’enfermais dans le grenier avec « Télé 7 Jours », « Ciné-Revue » ou « Salut les copains ». Je découpais les articles et les photos que je collais sur des cahiers. Je confectionnais méticuleusement des fiches sur Ursula Andress, Liz Taylor, Sophia Loren, Marlène Dietrich… Mais mes idoles absolues, c’étaient Sylvie Vartan et Marlène Jobert ! » « Il parlait d’elles sans cesse, il les appelait par leur prénom, un vrai mythomane ! » précise son frère, qui rajoute un peu épaté : « Quand je pense qu’aujourd’hui ce sont ses meilleures amies ! » Cette obsession du jeune Dominique trouve même un point d’orgue inattendu : « Un jour ma grand-mère m’a emmené voir Sylvie à L’Olympia. J’en étais tellement bouleversé que je ne suis même pas resté pour la seconde partie : Les Beatles ! » Cet fixette sur les femmes, selon lui n’est pas due au hasard : « De sept ans mon aînée, ma sœur m’est toujours restée très lointaine, et j’en ai souffert. À travers toutes ces femmes de substitution, c’est elle que je recherchais… » Au lycée de Deauville, bon élève en Français et en Histoire, mais « inepte en Maths » , sa prof de littérature Madame Schoenfeld lui ouvre d’autres horizons : « C’était une femme exceptionnelle, divorcée, un peu gauchiste. Sans elle rien ne serait arrivé ! Elle m’a fait passer de « Télé 7 Jours » à Sartre, Camus, Anouilh. On a monté une troupe de théâtre. Elle nous emmenait voir des spectacles de Planchon ou Mnouchkine à Caen, même à Rouen ! » Le jeune homme n’est cependant pas à l’abri de questions existentielles : « Je me sentais différent. Je sentais que j’aimais les garçons, mais je ne savais même pas que j’étais homo ! Dans les boums, je faisais semblant, je draguais les filles ! » Avec son cheveu sur la langue, il ne se voit pas faire l’acteur, et c’est dans la section technique – régie, mise en scène, administration – qu’il est reçu à l’École de la Rue Blanche, une seconde naissance : « Jusque-là, j’avais tout gardé pour moi. Mais quand je suis arrivé à Paris, ma vie a vraiment commencé, à tous les niveaux ! » Chef d’escadrille Précurseur du « casting sauvage » sur les trottoirs, dans les cafés, ou autres lieux improbables, Dominique Besnehard se fait rapidement un réputation de fin limier illustré par des découvertes aussi probantes qu’Audrey Tautou, Béatrice Dalle, Cécile de France ou Sandrine Bonnaire. Pionnier dans son rôle d’agent artistique, il devient un chef d’escadrille soucieux du destin de ses ouailles : leur trouver des rôles, négocier leurs contrats, placer leurs nom sur les affiches, composer avec leurs caprices : « On peut me reprocher beaucoup de choses, sauf d’être un passionné ! » tient-il à préciser quand il évoque ses charges quasi-sacerdotales : « Même au faîte de leur notoriété, les acteurs sont des gens fragiles et souvent pas très heureux. Ils dépendent toujours du désir des autres. Ils ne choisissent pas, ils sont choisis ! Ils flippent quand ils ne travaillent pas. Ils ont toujours peur que ça s’arrête. Ils sont infantiles, égocentriques et attachants. J’essaie de soigner leurs douleurs, un peu comme un médecin à l’écoute de ses clients ! » Unanime, la Profession reconnaît : « C’est un fidèle qui ne laisse personne sur le bord de la route ! » Pour Sophie Marceau : « C’est un papa ! » , pour Laetitia Casta : « C’est un voyant ! » , pour Line Renaud : « Il marche à l’amour comme d’autres marchent à l’argent ! » , et pour Béatrice Dalle : « Il donne au métier ses lettres de noblesse ! » « Gros Doudou » qu’on appelle aussi « Nénesse » ou « Domino » n’est pas insensible à ces tombereaux de louanges, mais tente de relativiser sans éluder la question financière : « J’essaie juste de bien faire mon boulot. J’aime mes acteurs et surtout mes actrices, même si j’ai avec elles des rapports francs, durs et parfois virils ! Disons que je glane 10% de leur bonheur ! » « Bravitude et Tristritude » Amateur de bonne chère, notamment de rognons de veau sauce madère arrosés d’un bon bordeaux, fan de Mylène Farmer, lecteur de Tolstoï, Dominique Besnehard – en bon citoyen touché par la loi du cumul des casquettes – reverse ses cachets d’acteur à des associations humanitaires, et en particulier celles qui combattent le sida.Il demeure « viscéralement ancré à gauche » , même si sa rupture avec Ségolène Royal lui pèse encore sur l’estomac : « J’ai cru que c’était la plus belle rencontre de ma vie. Elle m’a fasciné, je suis tombé amoureux d’elle. Je me suis beaucoup investi pour sa campagne. Ça s’est mal terminé. Je me suis fait jeter. Elle m’a méprisé. Ça m’a déchiré ! C’est l’une de mes plus grandes blessures. J’ai été trop naïf ! » Tout ceci est désormais entré dans l’Histoire, et il est aujourd’hui un producteur heureux, même s’il regarde dans le rétroviseur avec franchise et lucidité : « J’ai longtemps vécu à travers les réussites et les défaites des autres. J’ai sans doute cherché à me fuir, je me suis oublié, sans vie familiale ou sentimentale. Mais, ni lassé, ni blasé, je continue à réaliser mes rêves ! »  

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