Guillaume Musso, artisan de la littérature industrielle

Guillaume Musso, artisan de la littérature industrielle

Émission 

Guillaume Musso

« J’aime avoir les pieds sur terre, et la tête dans les étoiles ! C’est clair, je suis un écrivain populaire, je n’écris pas des romans élitistes.  Mon premier souci, c’est de donner du plaisir aux gens ! » À 40 ans, Guillaume Musso joue dans la catégorie « poids lourds » et « têtes de gondoles » aux rayons librairie des Relais H, des Supermarchés, ou de France Loisirs. Bonnes joues, regard candide, l’air encore juvénile, il est perçu comme un type éminemment sympathique, gentil, modeste, lucide : « On a tout à fait le droit de ne pas aimer mes livres ! » Titulaire d’une licence de Sciences Économiques et du CAPES de Sciences Économiques et Sociales, Guillaume Musso inaugure en 1999 ses premiers postes de professeur au Lycée Erckmann-Chatrian de Phalsbourg, et de formateur à l’IUFM de Lorraine. En 2003, il intègre le Centre International de Valbonne à Sophia-Antipolis, la technopole du Pays Niçois.En 2001, les Éditions Anne Carrière publient son premier roman « Skidamarink », qui connaît une audience confidentielle : 1635 acheteurs.En 2004, aux éditions XO, il réalise un vrai coup de maître en faisant paraître « Et après… ». Traduit dans une vingtaine de langues, vendu à plus de deux million d’exemplaires, le livre donne lieu à une adaptation cinématographique de Gilles Bourdos, avec John Malkovich, Romain Duris, et Évangeline  Lilly dans les rôles principaux. La carrière de l’écrivain est lancée.Il enchaîne ensuite les best-sellers : « Sauve-moi » (2005), « Seras-tu là ? » (2006), « Parce que je t’aime » (2007), « Je reviens te chercher » (2008), « Que serais-je sans toi ? » (2009), « La fille de papier » (2010), « L’Appel de l’ange » (2011), « 7 ans après… » (2012), « Demain » (2013), « Central Park » (2014).La totalité des ventes des livres de Guillaume Musso dépasse les 19 millions d’exemplaires, traduits dans 36 langues différentes. En 2004, il remporte le Prix du « Meilleur Roman adaptable au cinéma » pour « Et après… ». La plupart de ses thèmes font l’objet de projets de films.En 2009, il écrit la « Dictée d’ELA », pour la campagne « Mets tes baskets contre la maladie », en faveur des personnes atteintes de leucodystrophie.Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, célibataire, en congé de l’Éducation Nationale depuis 2008, il partage sa vie entre son appartement parisien et la Côte d’Azur.Premier dollar Guillaume Musso voit le jour le 6 juin 1974 à Antibes. Son père, haut fonctionnaire, est Secrétaire Général de mairie, tandis que sa maman est bibliothécaire : « C’est elle qui m’a donné la passion des livres. J’ai des souvenirs extraordinaires de lecture, l’été, dans la bibliothèque vide. L’après-midi, je prenais ma serviette, et je courais à la plage ! » L’enfant dévore Dostoïevski, Emilie Brontë, Alain Fournier, Stephen King, Albert Cohen, et regarde quantité de films, de téléfilms, de séries, qui affûtent son goût pour les histoires : « Je passais souvent devant la maison de Nicolas de Staël, qui s’est jeté du haut des rochers. Cela m’a marqué ! » À 15 ans, il remporte un concours de nouvelles organisé par son prof de français, ce qui lui donne la puce à l’oreille sur ses capacités d’écriture, et d’imagination.À 19 ans, il largue les amarres : « Je suis parti six mois à New York. Je travaillais quatre-vingts heures par semaine à vendre des glaces ! Je vivais en colocation avec des travailleurs de toutes les nationalités. J’ai beaucoup appris, j’ai vu l’envers du mythe américain. Je suis revenu en France avec des idées de romans plein la tête ! » Le premier billet d’un dollar qu’il a gagné à la sueur de son front à « Big Apple » est toujours soigneusement rangé dans son portefeuille.De retour au pays, l’éternel bon élève passe les examens universitaires qui lui ouvrent les portes du professorat. Pour faire bon poids, il y ajoute des succès aux concours des Douanes, de contrôleur des Impôts, et d’Inspecteur du Trésor.Bon fils, il affectionne tout particulièrement la chanson d’Enzo Enzo : « Juste quelqu’un de bien ».Naissance d’un best-seller « J’avais 24 ans, je rentrais dans l’âge adulte : premier emploi, premier salaire, première belle histoire d’amour, et première voiture, une Super 5, achetée fièrement avec ma première paie ! » Las ! Une nuit, en rentrant de rendre visite à sa dulcinée, perdu dans ses rêveries, le jeune homme perd le contrôle de son véhicule. Il heurte violemment la rambarde de sécurité, effectue plusieurs tête-à-queue, se voit mourir en plein bonheur, s’en tire avec quelques contusions, et beaucoup d’états d’âme : « Les jours suivants, je revivais constamment cet accident, en rêve, en flashes, avec un sentiment de malaise et de panique. Pour mieux comprendre, j’ai commencé à lire frénétiquement des témoignages de gens qui avaient frôlé la mort, qui avaient vécu des expériences de mort imminente. Je me suis interrogé sur les priorités de ma propre existence. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que j’accomplisse mon rêve d’enfant, être écrivain ! » À l’aide de toutes ces questions et considérations routières, mécaniques, philosophiques, affectives, existentielles, le jeune auteur entame son fameux roman « Et après… » Il envoie les 80 premières feuilles à Bernard Fixot, qu’il a entendu un jour vanter à la radio son estime pour la littérature populaire de qualité.L’éditeur flaire le bon coup. Comme l’intrigue du bouquin est située à New York, il y renvoie Guillaume une semaine pour qu’il peaufine ses descriptions et s’imprègne au mieux de la psychologie de ses personnages.C’est un triomphe !  Guillaume Musso s’installe au pinacle des écrivains à gros tirage, ce qui lui permet ensuite de développer son œuvre autour de ses thèmes favoris : l’absence, l’angoisse, la mort, le temps, le mystère. Et un bon tour de main pour faire prendre la mayonnaise : « Il me faut cinq à six mois pour bâtir le squelette de mon histoire, que j’affiche sur un grand panneau blanc, en face de mon bureau. Je commence toujours par la fin. Ensuite, je noue les liens et les intrigues, comme dans un arbre généalogique. Un marqueur vert pour évoquer les gens, un rouge pour le scénario. Un vrai boulot d’artisan. Puis, j’essaie de trouver une narration calquée sur le cinéma et la Bd : chapitres courts, style visuel, beaucoup de dialogues, multiplication des aventures, précision de l’heure, du jour, du lieu. Pour assimiler ces techniques, j’ai fait d’innombrables fiches de lectures, décortiqué des thrillers américains. Mais on ne peut pas écrire un livre sans sincérité, sans compassion. Il y a un schéma, mais pas de recette toute faite ! » Mécanique bien huilée De l’amour, de l’action, des frissons, une pincée de surnaturel, du suspens… La mécanique est bien huilée, le savoir-faire acquis à force de travail est incontestable. L’accompagnement marketing est impeccable et extrêmement soigné. Nul ne conteste les phénomènes d’édition que constituent la parution des œuvres de Guillaume Musso. Comme toujours, les critiques littéraires trempent leur plume dans des encres diverses. Certains lui reconnaissent « l’art de construire son récit sentimental à la manière efficace des auteurs de polars » , ou « la faculté d’animer des personnages d’une fragilité extrêmement touchante, et d’une grande humanité » . D’autres voient en lui « un bon soldat qui s’est plié au formatage maison » . Ils raillent « la pauvreté et l’indigence de ses intrigues et de son écriture », « son ambiance guimauve et fleur bleue d’une série télé produite par TF1, tartinée d’interminables dialogues sur la vérité et la passion ». L’intéressé, quoique jeune, s’est déjà endurci le cuir et fuit le parisianisme : « Au début, j’étais souvent blessé. Puis je suis devenu indifférent. Je suis lu aussi bien par une lycéenne coréenne, que par un routier allemand, ou une grand-mère espagnole ! J’écris avec mes tripes, mon vécu, en essayant d’être original, et je ne pense pas faire de la littérature de bas étage. De toute façon, en France, dès qu’on est populaire et qu’on a du succès, on est mal vu ! » Épater Ingrid La gloire et la fortune ne tournent pas la tête de l’ancien prof : « Je sais négocier mes contrats, mais je n’ai aucune fascination pour l’argent. Je ne risque pas d’acheter un Porsche, une Rollex, ou d’aller m’installer en Suisse ! Je roule en Clio, et peut-être qu’un jour, je retournerai faire la classe ! » Depuis quelques années, suite à une rencontre professionnelle due au hasard, Ingrid partage sa vie et il savoure : « Nous étions chacun dans une autre histoire. Le combat que nous avons mené pour être ensemble a été si dur et si violent ! » Elle doit apprécier ses talents de cuistot, spécialiste des tagines et de la blanquette de veau. Il est prudent : « L’amour, c’est comme un feu de camp un jour de pluie. Il faut toujours le protéger, l’alimenter, en prendre soin. Sinon, il s’éteint ! » Il confie qu’il ne sera un homme pleinement achevé qu’avec la naissance d’un enfant. En attendant, il ne crache pas sur le bonheur qui lui est tombé sur la tête, même s’il s’en méfie : « Quand on est heureux, on préfère s’éclater, et vivre plein de trucs avec sa douce que de passer quinze heures par jour devant son ordinateur. Heureusement, avec mes bouquins, j’ai encore envie d’épater Ingrid ! »

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