Laura Smet et le trop-plein de vivre

Laura Smet et le trop-plein de vivre

Émission 

Laura Smet

 

 

« J’ai eu la chance d’avoir trouvé à 20 ans ce que je voulais faire de ma vie ! » remarque Laura Smet, belle et blonde trentenaire aux yeux bleus en amande, à la plastique féline, au sourire désarmant éclairant son visage, osmose remarquable des deux monstres sacrés dont elle est le fruit. Actrice et chanteuse, à la fois brusque et câline, un peu gouape mais toujours glamour, touchante et sincère, la fille de Johnny Hallyday et de Nathalie Baye est tout le contraire d’une plan-plan, déjà riche d’une existence quelque peu agitée et d’un parcours professionnel atypique qu’elle résume honnêtement par une jolie formule : « J’aime tout ce qui est excessif ! »

En 1999, à l’âge de 16 ans, Laura Smet quitte l’école et intègre les cours de comédie de Raymond Acquaviva.En 2002, repérée et recommandée par le réalisateur Olivier Assayas, elle est recrutée Xavier Giannoli qui lui offre l’occasion de démarrer au cinéma dans « Les Corps impatients ». Ces débuts lui rapportent le Prix Romy Schneider, une nomination au César du Meilleur espoir féminin et l’Étoile d’Or de la révélation féminine.On la voit ensuite dans une douzaine de films dont « La Femme de Gilles » de Frédéric Fonteyne (2003), « La Demoiselle d’Honneur » de Claude Chabrol (2004), « Le Passager de l’été » de Florence Moncorgé-Gabin (2006), « L’Heure zéro » de Pascal Thomas (2007), « La Frontière de l’aube » de Philippe Garrel (2008), « Insoupçonnable » de Gabriel Le Bomin (2010), « Yves Saint Laurent » de Jalil Lespert, « 96 heures » de Frédéric Schoendoerffer, ou « Eden » de Mia Hansen-Love (2014).Elle apparaît à la télévision dans « Sang Froid » de Sylvie Verheyde (2008) et « Des gens qui passent » d’Alain Nahum (2009). En 2007, elle donne de la voix dans « Cendrillon et le Prince (pas trop) charmant » de Paul J. Bolger et participe en 2012 au clip « Mon premier amour » de Philippe Uminski.En 2010, elle chante en duo « On se fait peur » avec son demi-frère David Hallyday dans son album « Un nouveau monde ».Elle fut successivement la compagne de  l’écrivain Frédéric Beigbeder, du trader Julien Delajoux, et du DJ Jean-Claude Sindres.Entre Saint-Trop’ et la Creuse Voir le jour le 15 novembre 1983 avec, penchés sur sa frimousse, les visages de son papa Johnny « idole des jeunes » et de sa maman Nathalie « actrice césarisée » n’est déjà pas ordinaire. Faire l’objet trois ans plus tard de la chanson « Laura », composé par Jean-Jacques Goldman, porté par les cordes vocales paternelles et fredonné par toute la France ne l’est pas davantage. Pas plus que la rapide séparation de l’improbable couple parental, cependant toujours soucieux du bien-être de l’enfant confiée à la quiétude et l’attention maternelle.Du coup Laura garde un souvenir paisible de ses premières années : « Petite fille, j’étais très normale, facile, calme, discrète. Je ne pleurais jamais, j’observais les gens et les choses… » C’est à l’aube de l’adolescence qu’elle ressent de nouvelles réalités, surtout pendant les vacances d’été : « Je passais un mois avec mon père à Saint-Tropez. À douze ans, il m’emmenait en boite et à la célèbre « Voile Rouge » où c’étaient des fiestas permanentes. Et puis après, rideau ! Je me retrouvais chez ma mère, en Creuse, en pleine campagne silencieuse, au milieu des vaches, à manger des légumes cuits à la vapeur ! Ça faisait drôle, ce balancement ! » Tout se gâte quand sa scolarité fait naufrage dans les lycées parisiens : « Au début, je voulais être maîtresse d’école…Mais rien à faire, je ne rentrais pas dans le moule ! Je me faisais virer de partout. Les garçons me chambraient en lançant des « Ah ! Que coucou ! » C’était insupportable ! Vis-à-vis de la réussite de mes parents, ces échecs me rendaient malheureuse. Vers 14 -15 ans, j’ai traversé une grosse crise, je suis devenue odieuse. Maman a vécu un enfer, je sortais tous les soirs, je lui parlais comme à un chien. Pour elle c’était terrible de me voir me faire du mal, m’autodétruire, de faire tout pour qu’elle s’inquiète alors que même quand elle tournait au bout du monde, elle savait toujours ce qu’il y avait dans le frigo pour mon dîner. Avec mon look punk, je ne pouvais plus me regarder dans une glace ! » Entre les influences de l’univers rock-and-roll, les concerts enfiévrés de son père où elle se rend en cachette et l’ambiance plus studieuse et structurée qui préside à la carrière de sa maman, la jeune fille se sent dédoublée, «  en plein noir et blanc, complètement métissée » , et à vrai dire plutôt désemparéeLa famille ayant quand même du bon, un ange gardien vient la sortir de ce marasme. C’est son parrain Jacques Besnehard, imprésario psychologue et avisé. Sentant qu’elle a reçu en héritage « du sang de saltimbanque qui lui coule dans les veines » , il en fait astucieusement une élève cette fois assidue des cours de théâtre et des stages de cinéma. Sur une pente savonneuse Démarrée en trombe à l’âge de 20 ans, la carrière prometteuse de Laura Smet n’est pas un long fleuve tranquille : « J’ai connu le succès bien trop jeune ! » Côté soleil, c’est une artiste de talent, « une authentique actrice » comme le diagnostique le critique Olivier de Bruyn dans « L’Express », une bosseuse qui aime se lever tôt – « sinon j’ai l’impression de perdre ma journée » - qui boit du thé vert, qui promène sa chienne nommée « Chaplin », qui lit la presse, fait son footing au Jardin du Luxembourg, et qui s’investit totalement dans son métier : « Sur un plateau, je ne suis plus moi, je m’abandonne totalement à une autre personne, je donne tout ! » Côté pénombre, c’est une jeune femme plutôt fragile qui a du mal à se plier au fonctionnement et aux rythmes d’une profession délicate faite d’espoirs et d’attentes entre les moments de gloire. Comment rester des mois sans rien faire à attendre des sollicitations de producteurs au pied du téléphone ? Comment gérer les exigences de la célébrité, la pression médiatique qui va avec, et une certaine folie du milieu ?Laura en convient, elle a longtemps cherché la bonne réponse : « Pour tromper mon impatience, pour combattre l’oisiveté et mon appétit de travail, aussi pour retrouver des sensations d’enfance, j’ai recommencé à sortir en boite. Nuits blanches, sorties, virées… J’ai eu du mal à résister aux tentations de l’outrance ! » Enfer et rédemption S’ensuit une série d’aventures sentimentales et de déconvenues qui alimentent les gazettes people toujours à l’affût de croustillantes révélations. Son fantasque compagnon écrivain noctambule Fréderic Beigbeder avoue après leur séparation que même lui avait du mal à suivre : « Elle voulait qu’on  aille s’éclater toutes les nuits au Baron. J’ai fini par en avoir marre ! » L’élu suivant, Julien qui n’est autre que le frère du chirurgien Delajoux accusé d’avoir mal opéré son père passe aussi à la trappe… entre autres.Pour « l’étoile montante du cinéma » , toutes ces péripéties, ces ruptures noyées dans les bringues, l’alcool, la drogue et les médicaments se soldent par autant de déprimes, deux tentatives de suicide, une évacuation sur un brancard et en catastrophe de l’église de Saint-Germain-des-Prés suite à un « pétage de plombs » , avant qu’on ne la retrouve un beau matin à moitié nue et hébétée dans le quartier Saint-Germain, victime selon elle « de s’être fait piéger par un verre assaisonné de la « poudre du viol » qui rend amnésique » , et qu’elle retourne faire un nouveau séjour à l’Hôpital Sainte-Anne. Conséquences du feuilleton tragi-comique : quelques rôles annulés pour cause d’incapacité et de convalescence, une cure de désintoxication, et une prise de conscience qui pourrait s’avérer salutaire : « Lorsque vous y allez comme j’y allais avec la coke et le champagne, le corps peut lâcher à tout moment. Je me croyais invulnérable, mais j’étais vraiment en danger de mort ! » Aujourd’hui elle se sent tirée d’affaire : « Je me suis battue, mais j’ai exorcisé mes vieux démons et j’en suis fière ! J’ai déménagé et quitté mes anciennes fréquentations. Aux idées noires, je n’ai plus honte de préférer le bonheur ! » Cerise sur le gâteau Entre Paris et Los Angeles, grâce à Johnny, « un père avec qui on a même pas besoin de se parler, un regard suffit… » , à sa maman fidèle et robuste, « mon indispensable bouée de sauvetage ! » , à Jade et Joy, « mes petites sœurs avec qui je retrouve mon innocence perdue » , grâce enfin à la tendresse et à la vigilance sans faille d’une famille recomposée dans laquelle elle a enfin l’impression « d’avoir trouvé sa place », Laura semble repartie du bon pied : « Comme le cheval, mon animal préféré, je galope malgré les obstacles ! » Les tournages ont repris, les projets s’enchaînent, et – cerise sur le gâteau –  l’amour est revenu à l’ordre de jour : « Je crois que j’ai enfin trouvé la bonne personne ! J’espère que ça va durer longtemps ! » Escapades à Rome, visites d’expos, vacances au soleil, défilés de mode, shopping entre copines et autres douceurs supportables sont désormais au programme de la belle ressuscitée. Finies les nuits toxiques en discothèques, place aux petites bouffes entre vrais amis à la maison et aux soirées DVD : « Quelque chose a changé ! Après toutes ces expériences, je me sens mieux, plus posée, j’ai appris à dire non et à me faire du bien ! » Elle garde intacte la foi en sa bonne étoile : « Je suis très croyante, alors je fais confiance à celui qui veille sur moi, là-haut ! »

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