Le Meccano intime de Franck Dubosc

Le Meccano intime de Franck Dubosc

Émission 

Franck Dubosc

 

« Je suis quelqu’un d’ordinaire, qui vit des choses extraordinaires ! » Cheveux poivre et sel, fossette parfaitement creusée sur le menton, grands yeux bleus délavés au regard de velours, voix enjôleuse, Franck Dubosc entretient avec soin son apparence d’Adonis de supermarché, et son côté séducteur ringard orfèvre dans l’autodérision. « Je ne vends pas aux gens mes origines modestes. Je ne clame pas que je viens des Hlm, et que mon père a été chômeur pendant de longues années ! Je ne suis pas intéressant à ce niveau-là. Mais je suis fier de m’être fabriqué ! » À 50 ans, désormais marié, père de famille et artiste reconnu, il éprouve davantage de sérénité face aux aléas du métier et de l’existence.Titulaire du Baccalauréat, Franck Dubosc intègre le Conservatoire de Rouen, où il côtoie Virginie Lemoine, Valérie Lemercier, et Karin Viard, avec laquelle il interprète des sketches dans les discothèques de la région.Il débute au cinéma en 1985 dans « A nous les garçons ! » de Michel Lang, et tourne ensuite dans divers films et téléfilms.En 1991, il devient une star en Angleterre quand il décroche le rôle du « french lover » dans « Coronation Street », feuilleton TV mythique, qui rassemble chaque soir plus de 22 millions de téléspectateurs.De retour en France, il co-écrit avec Élie Semoun « Les Petites Annonces d’Élie », qui connaissent, sous forme de DVD, un incontestable succès.Franck Dubosc entame alors une carrière d’humoriste. D’abord présenté dans de petites salles parisiennes, son premier « one-man-show » intitulé « Du beau, du bon, Dubosc » lui permet de se produire au Théâtre de Dix-Heures. Son second spectacle, « J’vous ai pas raconté ? » lui ouvre les portes des grandes salles de la Capitale telles que le Splendid (1999), La Comédie Caumartin (2001), l’Olympia, ou le Zénith (2002). Ses apparitions régulières à la télévision comme chroniqueur dans l’émission de Laurent Ruquier « On a tout essayé » amplifient sa notoriété d’une manière décisive. Ses spectacles suivants : « Romantique » (2004-2006), « Il était une fois… Franck Dubosc » (2008-2010), « Franck Dubosc à l’état sauvage » (2013) attirent un public fidèle et nombreux dans les plus prestigieuses salles de France et de Navarre.Cependant, c’est au cinéma qu’il conquiert ses galons de star à part entière. Après ses apparitions dans « Au secours, j’ai 30 ans ! » d’Anne-Marie Chazel (2004), « Iznogoud » de Patrick Braoudé (2005), et « Astérix aux Jeux Olympiques » de Thomas Langmann (2006), il connaît la consécration avec « Camping » (2006), « Disco » (2008), et « Camping 2 » (2010), films de Fabien Onteniente, dont il est également co-scénariste. On le voit également dans « Incognito » et « Bienvenue à bord » d’Éric Lavaine, « Cinéman » de Yann Moix, « Le Marquis » de Dominique Farrugia, « Plan de table » de Christelle Raynal, « Les Seigneurs » d’Olivier Dahan, « Boule et Bill » d’Alexandre Charlot et Franck Magnier, et « Fiston » de Pascal Bourdiaux en 2014.En 2003, il prête sa voix à Marin, le poisson-clown, dans le célèbre dessin animé « Le Monde de Nemo ».Il apparaît également à la télévision, notamment dans « Highlander », « Les Yeux de Cécile », « La Serre aux truffes », ou « Nos jolies colonies de vacances ».En 2010, il fait son entrée au Musée Grévin et remporte le « Gérard du désespoir masculin » qu’il empoche aussi l’année suivante.Depuis 2009, il est marié avec Danièle, qui lui a donné deux fils, Raphaël, et Milhan successivement nés en 2010 et 2012.L’empreinte d’un père Enfant de la banlieue rouennaise, Franck Dubosc voit le jour le 7 novembre 1963 et grandit au sein de la commune du Grand-Quevilly. En compagnie de sa sœur Corinne, il partage l’appartement familial avec sa maman, secrétaire de mairie, et son papa employé des douanes portuaires : « À cette époque, je pleurais sans cesse dans les jupes de ma mère, j’avais peur de tout le monde, et je ne quittais jamais un mouchoir à carreaux violets. C’était mon nounou ! » Pourtant, dès l’âge de 5 ans, devant la glace de la salle de bains avec un vaporisateur en guise de micro, le gamin joue à l’interviewé par Michel Drucker. Plus tard, il présente dans le jardin de la cité un petit spectacle de marionnettes en échange d’une pièce ou de quelques bonbons.« Tout petit, déjà, je voulais être une vedette ! Eddy Merckx, Mesrine, ou Pompidou, peu importe ! » Il connaît ensuite les ingratitudes de l’adolescence : « Avec mes boutons sur le visage, mes lunettes en écaille, et ma frange sur le front, je ne plaisais guère aux filles. J’allais bien en boîte dans les quartiers chics, mais je n’ai jamais réussi à emballer et je rentrais tout seul à la maison en compagnie d’un kebab ! » Les difficultés paternelles résonnent alors en lui comme une douloureuse prise de conscience : « Pendant longtemps, j’ai été gêné par le milieu très populaire qui était le mien. Pour ne pas dire qu’il était au chômage, mon père se prétendait en vacances. Je n’étais pas dupe, et j’en ai longtemps conçu une espèce de honte. Malgré la parenthèse magique du mois d’août, où il s’éclatait avec ses copains quand on allait camper dans le Périgord, le reste de l’année sa vie était loin d’être une partie de plaisir. J’ai douté de lui, et pourtant il était un exemple de courage et d’intégrité. Depuis, j’ai vécu avec cette fêlure. Et c’est au moment où je commençais à me sortir de tout ça qu’il nous a quitté, sans que je puisse vraiment lui expliquer toute la fierté et l’amour que j’avais pour lui. Encore aujourd’hui, quand je dis : «  Pour toi, Public ! », je pense : « Pour toi, Papa ! » Pour compenser, le jeune Franck écume les concours de danse « Disco », brushing et tenue vestimentaire à l’appui : « Pour nous, les prolos, l’espace d’un samedi soir, c’était l’occasion d’un quart d’heure de gloire ! » Construction d’un personnage « J’étais un p’tit gars de Normandie, avec ma mob’, et je croyais qu’on pouvait devenir Jean-Paul Belmondo en deux jours de conservatoire. Très vite, j’ai déchanté ! »  Il se rêve en acteur dramatique, mais une lucidité de bon aloi met du plomb dans l’aile à ces premières envies : « Je n’avais pas de talent, pas de personnalité, et pas le physique de l’emploi… » Du coup, il se construit un personnage à l’aune de son imagination : « Je suis devenu un monstre mythomane, prétentieux, frimeur, dragueur. Je peux être vulgaire, mais pas grossier ! » Cette enveloppe artistique et médiatique est diversement appréciée. Il séduit, ou agace. Certains trouvent ses tirades parfois désopilantes, mais rarement d’une exquise légèreté, son humour efficace, mais un peu répétitif. D’autres se tordent de rire à chacune de ses apparitions. D’autres encore sont horripilés par « la vulgarité de ce séducteur à deux balles, collectionneur de clichés sur les femmes ». « Sans cette image, je n’existerais pas ! » constate modestement l’intéressé. Qui sait, à l’occasion pratiquer l’auto-analyse : « J’étais convaincu qu’avec ma petite gueule de minet, je ne pourrais jamais faire rire. Je me voyais comme un type sans saveur. C’est le jour où j’ai compris que je pouvais me moquer de moi-même que je suis devenu intéressant pour le public ! » Il avoue cependant volontiers vivre d’intimes exaspérations avec ce personnage qu’il s’est fabriqué en forçant le trait : « Franck n’aime pas toujours Dubosc ! » L’écrivain et réalisateur Yann Moix diagnostique : « À force de s’être fait croire à lui-même qu’il était une star, il l’est devenu ! Comme ces hommes politiques qui deviennent présidents, parce qu’ils ont toujours su que là était leur place ! » Les années passent, le succès de l’humoriste perdure. Du coup, sa quête personnelle s’affine : « Avec le temps, j’ai compris que je voulais être aimé. Ce qui est bien plus difficile que d’être une vedette ! » « Un jour… » Gratifié naguère de « comique-chippendale » , Franck Dubosc, qui se décrivait « solitaire et quelque peu égoïste » endosse désormais un nouveau rôle, qui, cette fois, n’est pas de composition. Celui d’époux et de père. Danièle, sa femme libanaise, est une balise précieuse : « Je l’admire pour son intelligence. Elle est ma référence, et son regard serein me calme ! » Elle constate avec plaisir que l’arrivée des petits Raphaël et Milhan a vraiment cimenté la famille, et négocie avec humour les tendances hypocondriaques de l’artiste : « Pour qu’il s’apaise, je lui ai offert un livre intitulé « L’apprentissage de l’Imperfection ! » C’est un être foncièrement gentil ! » Lui, il n’en revient toujours pas d’être devenu Franck Dubosc. La première fois qu’il est passé à l’Olympia, il a pris la façade en photo avec son nom en lettres lumineuses pour être bien sûr que c’était vrai. Il a la carte de fidélité Monoprix, écoute Dany Brillant, James Blunt, Barzotti… Il lit peu, mais aimerait un jour faire des lectures publiques à la Lucchini : « Pagnol, Prévert, La Fontaine, ce que j’ai appris quand j’étais petit… » Ses convictions politiques sont à géométrie variable, ce qui le conduit souvent vers l’abstention : « Parfois, je ne sais pas où j’en suis. J’ai une culture de gauche, et une voiture de droite ! » Depuis l’enfance, et pendant les années de vache enragée durant lesquelles il n’a jamais lâché le morceau, il se répétait sans cesse cette phrase, comme un défi au monde entier : « Un jour, je vous montrerai que j’existe ! »

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