Marcel Amont, toute une époque!

Marcel Amont, toute une époque!

Émission 

Marcel Amont

« Je comme une assiette chinoise qui tourne au bout d’une baguette. Si je m’arrête, je tombe par terre ! » constate Marcel Amont, malicieux et fataliste. À 85 printemps au compteur, le fantaisiste vedette des années 60 et 70 qui s’est toujours défini « mimo-gambillo-gymnasto-comédien-chanteur » conserve son œil rigolard, sa crinière vif-argent, sa tchatche de Gascon-Béarnais et son énergie intacte, comme si le passage du temps n’avait pas plus de prise sur lui que l’eau sur les plumes d’un canard : « J’ai besoin de bouger, bouger, bouger… Sinon, je m’étiole ! » À la fin des années 40 à Bordeaux, muni de son baccalauréat, Marcel Amont se prépare à devenir professeur d’éducation physique. Parallèlement, il fréquente les cours de théâtre du Conservatoire, joue du saxophone et chante dans les bals.En 1951, ayant décidé d’exercer le métier d’artiste, il « monte » à Paris et entame un long apprentissage dans les cabarets de la Capitale comme « L’Échelle de Jacob » ou « Le Vieux Colombier ».En 1956, il passe à l’Olympia en première partie d’Édith Piaf. D’abord en « supplément au programme », il conquiert ensuite sa place de titulaire décrochant dans la foulée le titre de « Révélation de l’année », enregistrant son premier disque - « Escamillo » - qui lui rapporte le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, et de surcroît embauché par le réalisateur Pierre Gaspard-Huit dans son film « La mariée est trop belle » où il donne la réplique à Brigitte Bardot.Dans le domaine de la variété légère, il enchaîne ensuite de grands succès comme « Bleu blanc blond » (1959), « Dans le cœur de ma blonde » (1961), « Le Mexicain » (1962), « le Jazz et la Java » » (1964), « L’amour ça fait passer le temps » (1971), « Le chapeau de Mireille » (1974), « Viennois » (1979), « Démodé » (2006), « Il a neigé » (2009), des titres signés Jean Dréjac, Charles Aznavour, Georges Brassens, Claude Nougaro, Alain Souchon, Maxime Le Forestier, et de sa propre plume.Durant les « sixties », ses passages en haut de l’affiche à Bobino, à l’Olympia, à la télévision chez Guy Lux, Maritie et Gilbert Carpentier, et dans de nombreuses tournées en France, en Belgique, en Suisse, font de lui une vedette à part entière. Il présente sa propre émission de télé : « ToutankhAmont ».En 1970, entouré de danseuses, cascadeurs, et écrans géants, il donne un spectacle d’envergure à l’Olympia.À partir des années 80 il entame une longue traversée du désert durant laquelle il continue néanmoins à se produire régulièrement, notamment à l’étranger.Par ailleurs, de 1962 à 1997, il enregistre une collection de 6 disques de chants et textes en béarnais et en gascon.Il retrouve la lumière en 2006, quand il propose « Décalage horaire », un album où il s’adjoint les collaborations d’Agnès Jaoui, Gérard Darmon, Didier Lockwood, Biréli Lagrène, puis quand il intègre la tournée à succès « Âge tendre et Têtes de bois ».En 2008, il participe à « Enfantillages », de Guillaume Aldebert et en 2010 aux « Larmes de crocodile » d’Emma Daumas, deux opus destinés aux enfants.En 2012 à  l’Alhambra il donne un spectacle original pour célébrer ses soixante ans de carrière.Il est l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages parmi lesquels « Une chanson, qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanson ? » (1989), « Comment peut-on être gascon ? » (2001), « Sur le Boulevard du temps qui passe » (2009), « Il a neigé » (2012), « Lettre à des amis » (2014).Époux de Marlène, il est père de quatre grands enfants : Katia, Alexis, Romélie et Mathias.Vertus du zouave Marcel Balthazar Miramont – alias Marcel Amont – est fort amusé d’être né à Bordeaux en 1929, un 1° avril : « Déjà une bonne blague ! C’est pour ça qu’il y a chez moi de la cloche, de l’œuf et du poisson ! » Originaires de la Vallée d’Aspe et issus d’une lignée de bergers des hautes montagnes pyrénéennes, ses parents sont venus s’installer dans la capitale girondine où son père exerce le métier d’aiguilleur à la SNCF. L’enfant grandit dans une ambiance chaleureuse, simple et assez animée : « Ma mère était catho, et mon père, quoique non encarté, était coco ! Chez nous c’était un peu Zola ! » Tout ceci n’empêche pas le petit Marcel d’accomplir une honorable scolarité et de montrer de bonne heure des belles dispositions de boute en train : « En classe, je n’étais pas mauvais élève, mais je ne pensais qu’à faire le clown, à épater la galerie. Et dans mon club de rugby à XV, j’étais le numéro 16, le zouave qu’on emmenait pour que les autres se poilent ! » Dans la France d’après-guerre où les notions de mérite et d’ascenseur social sont à l’ordre du jour, sa famille le verrait bien journaliste, avocat, médecin ou dentiste. Le Bac en poche, il préfère donner le change en préparant un professorat d’éducation physique. Sans conviction excessive, car il s’est entretemps découvert d’autres envies : le Spectacle et tout ce qui va avec. Depuis que gamin, l’oreille collée sur le haut-parleur de la TSF il a écouté Tino Rossi, Ray Ventura, Charles Trénet, il se rêve en artiste. Après avoir remporté un radio crochet avec l’inoubliable « En avant le Régiment des mandolines ! », il écume les bals région bordelaise comme « attraction d’orchestre », et au sein d’une troupe de théâtre amateur, ne sachant encore choisir entre les carrières de chanteur ou de comédien.Puis survient de déclic : « Un jour, je suis allé voir Yves Montand sur scène, ça m’a ébloui ! Cette présence, les mimiques, les jeux des mains, les pas de danse... C’était la révélation, c’était ça, mon truc ! » Cependant quand il annonce à la maison son intention de partir à Paris tenter sa chance comme professionnel, la réaction parentale est plutôt glaciale, surtout celle de son père, furieux et désabusé : « Ce n’est pas un métier ! Tu ne crois pas qu’on va te payer pour faire le con ! » Fortes amitiés Durant ses années fastes, Marcel Amont bénéficie d’un capital de sympathie assez considérable. On le reconnaît dans la rue, il signe des autographes, accorde des interviews, reçoit des centaines de lettres. Les tours de chant du « Mexicain basané » font salle comble, et la critique salue  « ses ahurissantes pirouettes, ses cabrioles époustouflantes qui font de lui un amuseur de grande classe, un authentique comique comblé de tous les dons ». On loue « le triomphe du talent et de la gentillesse ». Il fréquente Sylvie Vartan, Patachou, Gainsbourg, Sheila, Fernand Raynaud, mais ne cesse de revendiquer modestement son registre se comparant parfois à sa collègue Annie Cordy : « Je ne suis qu’un fantaisiste, mais j’en suis fier ! D’une nature gaie et souriante, je pense que distraire et dérider les gens est ma vocation première. Dans la société où tout le monde tente d’oublier ses ennuis, c’est un rôle capital ! » Cette réussite placée sous le signe de la joie et de l’insouciance lui permet d’oublier ce que peu de gens savent mais qu’il évoque sans barguigner : « J’ai quand même connu plus de sept ans de galère, de doutes, de vaches maigres à courir le cachet dans les cabarets à Paris. Pour rassurer mes parents, je leur envoyais toujours la même phrase « Tout va bien ! » C’était loin d’être le cas ! » D’où sa grande reconnaissance envers « La Môme Piaf » qui lui a tendu une main secourable et décisive au bon moment : « Je touchais le fond, je me suis lancé à lui écrire : « La faim fait sortir le loup du bois ! » Elle m’a répondu : « C’est cette faim qui justifie les moyens ! » Et elle m’a accepté avec elle à l’Olympia ! » Ses autres « sublimes rencontres » se nomment Claude Nougaro « le généreux » et Georges Brassens, qui lui disait souvent : « Tu vaux mieux que ce que tu chantes ! ». « Deux vrais grands amis » qui ne l’ont jamais laissé tomber, surtout dans ses périodes difficiles, lui faisant des cadeaux somptueux : des chansons pour relancer la machine.Pour toutes ces raisons, quand il a disparu des écrans radars du showbiz, il a su négocier sans trop de mal cette très longue éclipse : « J’étais démodé, déconnecté, oublié. On m’a coupé l’oxygène, alors j’ai continué à respirer par les oreilles ! Je suis parti chanter au Caire, à Beyrouth, à San Francisco, et aussi dans la France profonde à Sedan ou à Rochechouart, loin des plateaux télé et des soirées mondaines ! » Et d’en conclure : « Dans la vie, rien n’est jamais gagné, rien n’est jamais perdu ! » Plume causeuse Dans sa coquette demeure de l’ouest parisien, d’où la vue est imprenable sur le Bois de Boulogne, la Tour Eiffel et le ciel de la Capitale – « ou vécurent jadis 20 lapins, 27 poules, une biquette, 2 chats et 1 chien » - ou dans la maison de ses grands-parents qu’il a fait restaurer en Vallée d’Aspe, Marcel Amont peut savourer ses 60 ans de carrière, en compagnie de sa fidèle Marlène à qui il reconnaît devoir beaucoup : « Dans tous les coups durs, elle a toujours été là, et elle m’a sauvé ! Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer ! » « Par amour pour elle qui en avait trop peur » , il a définitivement cessé de piloter son avion de tourisme, ce qui lui permet de s’adonner davantage à sa passion de la lecture et de l’écriture : « J’écris comme je parle, et je le reconnais, je suis bavard comme une pie ! » Homme de gauche, loin d’être dans le besoin - « grâce à mes dividendes ! » - il ne regrette pas ses choix d’existence : « J’aurais pu être un retraité pépère de l’Éducation Nationale, mais qu’est-ce que je m’emmerderais ! »

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