Maxime Le Forestier, plus poétique que politique

Maxime Le Forestier, plus poétique que politique

Émission 

Maxime Le Forestier

« Chanter me fait du bien et m’oblige à une certaine discipline de vie. Mais lâchez-moi l’étiquette ! Je ne suis prisonnier ni d’une image, ni du public. Ce qui m’intéresse, c’est le présent ! » tient à préciser Maxime Le Forestier qui a troqué barbe moustache et tignasse brune contre visage glabre et cheveux sagement argentés tout en gardant la prunelle caustique, le sourire carnassier et la gentillesse qu’on lui a toujours connu. Quarante ans de carrière font désormais du troubadour des années 70 – aujourd’hui sexagénaire – un « sage » et une référence de la chanson française. Comment expliquer ce phénomène ? « Si je le savais moi-même ! » répond-il modestement, en ajoutant : « Ce que les gens ne voient pas, c’est le travail solitaire et l’incertitude qui va avec ! » Durant les années 60, en compagnie de sa sœur Catherine, Maxime Le Forestier constitue un duo qui écume les cabarets parisiens, écrivant quelques chansons pour Georges Moustaki et Serge Reggiani.En 1968, Maxime enregistre son premier 45 Tours où figure « La Petite Fugue ».En 1969, incorporé dans les troupes aéroportées, il brille par son indiscipline, atterrit à l’infirmerie, puis dans un bureau, ce qui lui permet d’écrire son fameux « Parachutiste ».En 1970, il est acteur et compositeur de « Oh ! America ! », comédie musicale mise en scène par Antoine Bourseiller à Marseille.En 1972, après un grand voyage aux Etats-Unis, il propose son premier album qui connaît un succès considérable. « Mon Frère », « Éducation sentimentale », « Comme un arbre » ou « San Francisco » sont autant de tubes qui font de lui une vedette et lui permettent de passer en première partie de Georges Brassens à Bobino.Il enchaîne ensuite les opus « Le Steak » (1973), « Saltimbanque » (1975), « N°5 » (1978), « Les Rendez-vous manqués » (1980), « Les jours meilleurs » (1983), « After Shave » (1896), « Né quelque part » (1988 – Victoire de la Musique catégorie chanson originale), « Sagesse du fou » (1991), « Passer ma route » (1995 – Victoire de la Musique de l’artiste interprète 1996), « L’ Écho des étoiles » (2000), « Restons amants » (2008), « Le Cadeau » (2013).De 1979 à 2006 il décline une série de 7 coffrets dans lesquels il reprend l’intégralité des œuvres de Georges Brassens.En 1979, il compose la bande originale du film de Roger Andrieux « L’Amour en herbe ». En 2004, il signe la partie musicale de « Spartacus le Gladiateur » mis en scène par Élie Chouraqui.Tout au long de son parcours, il effectue des tournées en France, Suisse, Belgique, en URSS, au Canada, en Nouvelle-Calédonie, en Algérie, au Liban, généralement conclues par des concerts dans les grandes salles parisiennes comme Bobino, l’Olympia, le Théâtre de la Ville, le Palais des Sports, ou le Bataclan.Armé de sa guitare, il soutient régulièrement des causes humanitaires comme la solidarité envers les victimes de la dictature au Chili (1975), l’association « Partage pour les enfants du Tiers-Monde » (Double album et spectacles en compagnie de Graeme Allwright en 1980), ainsi que les « Enfoirés » des Restos du Cœur ou « Sol en Si ».En 2011, sur FR3, il fait l’objet d’un documentaire tourné à San Francisco sur le thème de la fameuse « Maison bleue ».En 2011, avec la journaliste Sophie Delassein, il cosigne l’ouvrage « Né quelque part ». Ludovic Perrin lui consacre une biographie au titre éponyme.Époux de Fabienne depuis 1987, père de deux grands garçons – Arthur, musicien et Philippe, régisseur de cinéma – il vit entre son appartement parisien du XV° arrondissement et son moulin restauré proche de Vendôme.Les sanglots longs du violon Bruno – alias Maxime – Le Forestier voit le jour le 10 février 1949 à Paris. Né à Londres, son père est dessinateur industriel. Sa mère Lily originaire de Franche-Comté, d’abord modiste puis prof d’anglais décroche ensuite un poste de traductrice pour les séries télévisées. La famille est installée à Neuilly-sur-Seine, et le petit Maxime grandit à l’ombre de ses deux sœurs, dans une ambiance musicale, mais studieuse : « Anne, notre aînée, avait l’oreille absolue et jouait du piano. Catherine et moi, du violon. Chez nous, la musique n’était pas festive. À 12 ans, j’ai arrêté pour ne pas avoir à subir cette vie de chien avec toujours des professeurs sur le dos et des concours à passer ! » Scolarisé dans un collège privé, il est enfant de chœur et membre de la chorale, une activité plus agréable : « Je me souviens avoir chanté dans la cathédrale de Reims avec 3000 gamins de mon âge. J’en frémis encore ! » Cependant, c’est un autre événement qui s’avère décisif : « À 14 ans, fuyant le Conservatoire et les profs, je suis allé chez Paul Beuscher à La Bastille, où je me suis acheté une guitare, une méthode de l’instrument, quatre partitions de Brassens, et « La Mamma » de Charles Aznavour. Ce jour-là, ma vie a été transformée ! J’avais une bonne main droite héritée du violon, j’ai travaillé la gauche. Un an plus tard, je voulais devenir chanteur, et j’ai commencé à écrire mes premières chansons ! » C’est alors que ses parents divorcent. Le chef de famille repart vivre en Angleterre, et le jeune Maxime connaît son premier traumatisme : « Il s’est remarié avec une anglaise, et pendant les quinze années qui ont suivi, nous n’avons plus eu le moindre contact avec lui. Pas une visite, pas une lettre, pas un appel. Silence radio. J’en ai beaucoup souffert et pendant longtemps, j’ai eu du mal à en parler… » Viré du Lycée Condorcet en classe de première, il ne tarde pas à devenir un excellent élève « Chez Louisette », un bar fort animé des Puces de Saint-Ouen où il teste ses premières compositions quand les guitaristes gitans font une pause : « C’est là que j’ai senti le déclic ! » Se dégager d’être engagé À 23 ans, Maxime passe de l’ombre à la lumière, des cabarets enfumés de la Rive Gauche aux sunlights de l’Olympia et devient une star qui vend des millions de disques. Un jour, il est réquisitionné pour aller chercher Joan Baez à l’aéroport : « Je l’ai faite monter dans ma 2 CV pourrie, ça lui a plu. On est devenu copains, deux jours plus tard elle chantait « Parachutiste » à la fête de l’Huma ! » Rançon de la gloire et revers de la médaille, avec le temps, entre l’artiste « libertaire » qui fixe la place de ses concerts à 10 francs, véhiculant une image de soixante-huitard un tantinet « fleur bleue » et le public qui en redemande sans chercher à savoir qui est vraiment son idole, un malentendu s’installe, tenace comme le morceau de scotch sur le doigt du capitaine Haddock : « J’étais devenu une sorte de chanteur contestataire professionnel. Un boulimique de concerts, de tournées, avec les groupies, l’hystérie. Les relations humaines étaient faussées, je me suis coupé de la réalité. J’ai décidé de supprimer tous les morceaux pamphlétaires de mon tour de chant. J’ai récupéré ma liberté au détriment du succès. Et dans les années 80, j’ai commencé à péter les plombs. Je ne me sentais plus en phase avec les gens ni avec moi-même. J’ai failli tout plaquer, mais à part chanter, je ne savais pas faire grand-chose d’autre !  » Et l’adhésion à ses nouvelles propositions musicales assaisonnées d’électronique étant fort mitigée – « salles à moitié vides, disques qui restent dans les bacs, tricard à la télé, tricard à la radio, je n’étais plus dans le format ! » – c’est pour le troubadour l’heure de la traversée du désert. Il négocie finalement pas trop mal ces trous d’air en partant sous des cieux moins ingrats se produire outre-mer et dans des pays francophones où l’on ne l’a pas oublié. Et revient un jour de ses lointains voyages avec dans sa valise « Né quelque part », la chanson qui va sonner sa résurrection.Depuis, après un passage par la psychothérapie – « une démarche que je conseille à tout le monde quand la vie part en quenouille » –  il continue sa route de « saltimbanque janséniste » , avide de scènes et d’écriture, un conjugaison délicate : « Je suis « monotâche » et donc en tournée je n’écris pas du tout. Quand je rentre et que je m’y recolle, il faut que je réapprenne tout. La machine met un temps fou à se remettre en marche ! » Pots de miel À San-Francisco, Maxime Le Forestier a récemment revu sa fameuse « Maison bleue » avec émotion, mais son Éden terrestre reste sa demeure rurale du Vendômois où il s’est longtemps adonné à sa passion secrète, l’équitation qu’il a apprise au Portugal dans les années 70 avec le maître-écuyer Nuno Oliveira : « Depuis qu’à 16 ans je les ai découverts en faisant une journée de figuration au Cirque Jean Richard, les chevaux ont toujours fait partie de ma vie. Quand j’étais jeune et grisé de succès, ils étaient là pour me ramener sur terre ! » Prudent, il considère qu’il n’a plus l’âge de monter, et préfère suivre les performances de « Rachmaninov Seven », un pur-sang dont il s’est rendu copropriétaire. Trois ruches dans son jardin constituent sa nouvelles passion : « La présence des abeilles me rassure, et elles me procurent chaque années 60 à 80 pots de miel dont je suis très fier ! » Il n’a pas tourné casaque, mais désormais se méfie de la politique, et ça fait belle lurette qu’on ne voit plus sa signature en bas d’une pétition : « Je ne pourrai plus jamais admettre une vérité unique et indiscutable ! » Dans la quiétude familiale – « ma plus grande richesse ! » – il questionne parfois l’avenir : « Je n’ai pas de relation avec Dieu, mais qu’est-ce que j’aimerais que le Paradis existe ! »

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