Michel Boujenah, nostalgique du soleil

Michel Boujenah, nostalgique du soleil

Émission 

Michel Boujenah

« En vérité, ma vraie nature, c’est que je suis un conteur ! Un gars né pour raconter des histoires, drôles ou pas. Si on m’enlève ça, je meurs ! » Tendre, chaleureux, pudique sous son aspect exubérant, l’acteur réalisateur et humoriste Michel Boujenah – qui se définit lui-même « pur Méditerranéen, juif-tunisien-arabe-français » - est aujourd’hui un sexagénaire rasséréné de ses origines, qui a su garder son côté romantique, fleur bleue, son sens de la blague, de la dérision, ses yeux clairs, malicieux, et son regard d’enfant qui veut toujours croire au Père Noël : « Bien vivre, c’est tout le temps essayer d’aller au bout de ses rêves, et surtout ne jamais les oublier ! » En 1967, âgé de 15 ans et élève à l’École Alsacienne de Paris, Michel Boujenah intègre le club théâtre de l’établissement.En 1972, après plusieurs stages de Comédie, il monte « La Grande Cuillère », une troupe théâtrale qui se produit en banlieue pour les enfants et les ados.En 1980, il se lance dans son premier one-man-show intitulé « Albert ». C’est un succès. Dans le même genre, il présente ensuite « Anatole » (1981), « Les Magnifiques » (1984), « L’Ange Gardien » (1987), « Elle et Moi » (1991), « Le Petit Génie » (1994), « Mon Monde à Moi » (2000), « les Nouveaux Magnifiques » (2004), « Enfin libre ! » (2008), « Ma vie » (2013).On le voit également dans les pièces « A.D.A. L’Argent des Autres » de Jerry Sterner au Théâtre National de Nice (2009), « Whatever Works » d’après Woody Allen au Marigny (2012), et « Inconnu à cette adresse » de Kressmann Taylor au Théâtre Antoine (2013-14).Sa carrière au cinéma démarre en 1979 avec « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme qui boit au café avec les hommes ? » de Jan Saint-Hamon, suivi de « Incertain Léo ou l’amour flou » de Michel Favart, et « Tranches de vie » de François Leterrier.En 1985, en compagnie de Roland Giraud et André Dussolier, il est du trio qui assure le triomphe de « Trois hommes et un couffin » de Coline Serreau, qui lui rapporte le César du Meilleur acteur dans un second rôle.Il figure ensuite au générique d’une trentaine de films dont « Lévy et Goliath » de Gérard Oury (1987), « La Totale ! » de Claude Zidi (1991), « « Le Nombril du Monde » d’Ariel Zeitoun (1993), « Les Misérables » de Claude Lelouch (1995), « Don Juan » de Jacques Weber (1998), « 18 ans après… », suite de Trois hommes et un couffin de la même réalisatrice, « Les Clefs de la bagnole » de Laurent Baffie (2003), « Ultimatum » d’Alain Tasma, « La Grande Vie » d’Emmanuel Salinger (2009), « 24 jours » d’Alexandre Arcady (2014).Il signe la réalisation de « Père et Fils » en 2003, et de « 3 Amis » en 2007.Il apparaît à la télévision dans « Les Cinq Dernières Minutes : Crime sur Mégahertz » (1985), « Mathieu Corot » (2000), « Par accident » (2004), « Les Inséparables » (2005), « Le Grand Restaurant » (2010).En 1998, il endosse le costume de parrain du Téléthon.En 2007, après la disparition de Jean-Claude Brialy, il est nommé directeur du festival de Ramatuelle.Officier de l’Ordre du Mérite Culturel de Monaco, il est marié avec Isabelle, styliste coiffeuse qui lui a donné deux enfants : Joseph en 1998 et Louise en 2000.De Tunis à Bagneux Michel Boujenah voit le jour le 3 novembre 1952 à Tunis, et passe son enfance entre la capitale du Protectorat français, le port de La Goulette et le site historique de Carthage où il joue souvent dans les ruines avec ses copains. Il reste à jamais marqué par « cette ville magique avec ses eucalyptus, sa lumière qui fracasse les yeux, les hirondelles qui rasent le sol, l’odeur de la mer qui remonte le soir… » , et ne rechigne pas, les jours sans école, à se lever à 6 heures du matin pour aller nager dans la Grande Bleue avant de filer au cinéma en plein air. Son père Joseph est un médecin exemplaire qui soigne gratuitement les pauvres et suscite son admiration de gamin : « C’était un forcené du boulot. Il partait tôt et revenait tard, avec le souci permanent de ramener des sous à la maison pour nourrir sa femme et ses quatre fils… Le soir, quand il rentrait, je lui retirais ses chaussures, j’étais super fier ! C’était une preuve d’estime de sa part. Même s’il était un peu étouffant, il m’a servi d’exemple, il m’a donné de la force et le goût du travail ! » Tout ceci n’empêche pas la famille de s’adonner régulièrement à « des repas festifs sous la véranda, face à la mer » dont il se souvient encore avec émotion.Il vient d’avoir 11 ans quand ces années de rêve prennent brusquement fin. Ses parents décident de s’installer en France, et pour l’adolescent, c’est une grande douleur : « J’abandonnais ma maison, mes repères, ma vie… Avant de partir, j’ai cassé au lance-pierre tous les carreaux de ma rue ! De colère, j’aurais tout détruit ! » Arrivé à Bagneux, modeste banlieue du Sud de Paris, il devient un élève sans histoire qui prépare son baccalauréat dans la fort huppée École Alsacienne, où un événement lui met la puce à l’oreille : « J’avais 14 ans, et je zozotais. Par tradition familiale, je n’envisageais que la médecine. J’aurais bien voulu être musicien, mais au bout d’un moment mon prof de piano m’a déclaré : « L’instrument souffre, vous aussi, et moi également. Il vaut mieux arrêter ! » Et un jour, en récitant « Le Dernier des Justes » d’André Schwarz-Bart, j’ai fait pleurer la moitié de la classe. Pour la première fois, on m’écoutait ! C’est là que j’ai pris conscience de mes potentialités de conteur, et que j’ai décidé, mon bac en poche, de me lancer dans l’aventure ! » Pris au piège Quand il débute dans le métier dans les années 80, Michel Boujenah ne s’attend pas à casser la baraque : « Lors de mon premier one-man-show, je me suis dit : « Je joue vingt fois, et j’arrête ! » Et ça fait plus de trente ans que ça dure ! » En réalité, d’emblée sa faconde, son art de la narration, de l’exagération, sa capacité à faire passer l’émotion et son sens de l’improvisation font mouche. Il se retrouve vite dans le peloton de tête des humoristes appréciés du public et de la critique. Et ne tarde pas à découvrir le revers de la médaille d’une telle popularité : « Pour être aimé, j’ai eu souvent tendance à trop en faire !  Je me suis trop exposé jusqu’à en perdre ma dignité. On m’a vu partout et pas comme je suis naturellement. À la télé, j’ai fini par ne plus rien contrôler, par tout accepter. Je faisais le gugusse avec des numéros convenus, et je sortais de là malheureux, honteux, mal à l’aise ! » Il faut dire qu’à cette époque, en matière d’image il ne lésine pas, quitte à forcer le trait, ce dont il a bien conscience aujourd’hui : « J’étais obsédé par mes origines. Je faisais tout pour ne pas trahir ce pays natal qui coule dans mes veines, quitte à verser dans le folklore. Du coup, je me suis réduit à une caricature, et on m’a mis dans une case : le juif pied-noir. Pour moi, le succès a été une grosse méprise. Quand j’en ai pris conscience, après avoir mûri, évolué, j’ai tout fait pour essayer d’enlever ce costume ! » Lui qui s’estime « ni carriériste, ni assoiffé d’argent » , c’est en changeant son fusil d’épaule qu’il a trouvé son échappatoire. En se diversifiant dans le théâtre et la réalisation du cinéma, il a découvert de nouveaux rivages : « En quittant ma solitude du showman, j’ai appris à aller vers les autres, à ne plus les considérer forcément comme des ennemis. Je me suis aperçu que j’étais capable d’écouter et de fermer de temps en temps ma grande gueule, ce qui n’est pas chose facile ! » Se sentant aujourd’hui libéré des ses vieux oripeaux, il en profite pour mettre à l’ordre du jour son goût « d’aller toujours de l’avant » , et sa devise chevillée au corps : « Fais ce que tu aimes, va où ton cœur de guide et partage ta passion ! » Le couscous de maman Se situant clairement comme « une homme de gauche sioniste pro-palestinien » , Michel Boujenah est un fan de Charlie Chaplin, Raymond Devos, Terry Gilliam, Audrey Hepburn, Julia Roberts, Alida Valli, Barbara, Brel, Diana Krall, Calogero, Bigard, Gad Elmaleh, Djamel. Céline et d’Albert Cohen figurent parmi ses auteurs favoris.Dany Boon, Ariel Zeitoun, Pascal Elbé sont ses grands potes.Le couscous de sa maman est son plat préféré.Pour ne rien perdre de sa chère Méditerranée, hypersensible et grand mélancolique, il aime se retrouver dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence : « J’y respire l’odeur fraîche du bleu, les parfums de mon enfance ! Je joue à la belote, au Scrabble, au tennis, je nage au mois un kilomètre par jour, et je m’évade à bord de mon voilier ! » Il rêve d’une croisière aux Canaries, ou de traverser l’Atlantique « mais une fois que j’aurai réglé tout ce dont je dois m’occuper avant » , car pour cet hyperactif « ne rien faire est insupportable ! » Surtout, il cultive l’art d’être époux et père : « La famille, c’est la plus belle terre pour faire pousser des histoires ! » Joseph et Louise illuminent ses jours et lui font croire en l’avenir : « Mes enfants me donnent des ailes ! » Ce qui, il en convient, ne règle pas toutes ses questions existentielles : « Vieillir, je dis à tout le monde que ça ne m’angoisse pas. En fait, j’y pense au moins 50 fois par jour ! »

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