Michel Leeb, le philosophe extraverti

Michel Leeb, le philosophe extraverti

Émission 

Michel Leeb

« Je suis un exhibitionniste ! Il faut que je me montre partout, viscéralement ! Mais je suis aussi un homme de spectacle. C’est un métier qu’il faut faire sérieusement, et que j’aime passionnément ! » Showman, mime, crooner, bateleur, homme de théâtre et de télévision, depuis plus de quarante ans Michel Leeb promène sur les scènes de France et de Navarre sa bonne humeur souriante, ses costumes impeccables, ses performances musicales ou burlesques, convaincu – quitte parfois à forcer un peu le trait – des vertus du comique : « Le rire est la meilleure des thérapies ! » Au début des années 70, muni d’une Maîtrise de Philosophie, Michel Leeb enseigne cette discipline pendant deux ans, puis il fait ses classes d’humoriste dans des cabarets parisien comme « L’Échelle de Jacob » ou « Le Don Camillo ».En 1984, après avoir assuré les premières parties de Charles Aznavour et Julio Iglesias, il effectue son premier Olympia comme tête d’affiche. L’enregistrement de ce spectacle lui rapporte un disque d’Or.À partir de 1985, sa notoriété grandit quand il présente sur Antenne 2 ses émissions « Certains Leeb Show », puis « Wap Doo Wap » et « Libre comme Leeb », tout en continuant à présenter ses spectacles cours de tournées à travers la France, régulièrement conclues par des passages dans ses deux salles fétiches parisiennes, l’Olympia et le Casino de Paris.En 1994, il reçoit le Grand Prix de l’Humour de la SACEM et se produit l’année suivante à New York pour le cinquantième anniversaire de l’ONU.À partir de 1986, il entame son parcours de comédien avec « Le Tombeur » de Robert Lamoureux au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, « Trois partout » de Ray Cooney et Tony Hilton au Théâtre des Variétés (1990), puis il connaît de grands succès avec « Douze hommes en colère » de Réginald Rose en 1997 au Marigny et en 2009 au Théâtre de Paris, et surtout « Madame Doubtfire » d’Anne Fine, adapté par Albert Algoud en 2003 au Théâtre de Paris. On le voit aussi dans « Qu’est-ce que sexe ? » au Théâtre Fontaine (2004), « Amitiés sincères » (2005), dans son « Hilarmonic Show » au Comedia en 2011, et « Un drôle de père » de Bernard Slade au Théâtre Montparnasse en 2013. À l’écran, il apparaît dans une quinzaine de films ou de téléfilms comme « Drôles de zèbres » de Guy Lux (1977), « Le Fou du roi » d’Yvan Chiffre (1984), « Les Amies de ma femme » de Didier Can Cauwelaert (1992), « Les Parisiens », « Le Courage d’aimer » de Claude Lelouch (2004), et aussi « Fred et son orchestre », ou « La Guerre du Royal Palace ».Parallèlement, sa passion du chant et du jazz l’amène à se produire lors de festivals ou de tournées en compagnie du « Count Basie Orchestra » du « Big Band Brass », et à enregistrer un dizaine de disques parmi lesquels « Mes chicots rock » (1980), « Safari Nana (1982), « I Want You » (1985), « Bon Basie de Paris » (2002) ou « Repères » (2014).De 1998 à 2000, il est directeur du « Nice Jazz Festival ».Il est l’auteur des livres « La Valise en croco » (1984), « Le meilleur de l’humour français » (1992), « Je ris de me voir si Leeb en ce miroir » (1996), « Histoires de rire » (1999), et d’une « Anthologie des fables de La Fontaine » (2001).Chevalier de la Légion d’Honneur, il est marié avec Béatrice qui lui a donné trois enfants : en 1986 Fanny, désormais compositrice et chanteuse, Elsa en 1988, et en 1989 Tom, aujourd’hui comédien.Ray Charles et Jerry Lewis Né le 23 avril 1947 à Cologne, Michel Leeb est le fils de Claude, ingénieur d’origine allemande, et de Mafalda, mannequin, hôtesse et interprète aux racines italiennes, ce qui pour lui n’est pas sans incidences : « À l’âge du biberon, je connaissais déjà le goût du parmesan et du minestrone ! Ma mère – fan de Dalida – aimait chanter et plaisanter, tandis que mon père était très rigoureux. C’est d’eux que je tiens cette ambivalence ! » Ses premières années sont sans nuages, régulièrement ponctuées par des vacances de rêve aux Îles Éoliennes : « Au pied du Stromboli, parmi les gamins du coin bronzés et sportifs, j’étais le petit Parisien tout blême. On me charriait. Mais ça ne m’a pas empêché – au grand dam de mes petits copains – d’emballer Alba Rosa, la petite îlienne blonde aux yeux bleus, égérie de la bande. Ma première histoire d’amour ! » Tout se gâte alors qu’il a 10 ans. Ses parents divorcent dans la douleur. Le chef de famille parti pour l’Amérique, il est confié à sa maman qui doit se mettre à travailler pour l’élever avec sa sœur, et il se retrouve en pension chez les jésuites : « On était dans le rêve, et le rêve s’est brisé… J’ai compris que rien ne serait comme avant. J’ai beaucoup souffert… Je n’ai revu mon père qu’un quart de siècle plus tard…» Deux évènements vont ensoleiller cette enfance malmenée : « Pour mes 12 ans, ma mère m’a offert un disque de Ray Charles. Ce fut mon premier émerveillement musical ! Après « Georgia », « Wat’d I say », j’ai découvert les Jazz Messengers, Dizzy Gillespie, Miles Davies… et je n’ai plus décroché de cette musique ! » L’année suivante, il voit Jerry Lewis à la télé : « Une révélation ! » Du coup, pensionnaire au Lycée Saint-Gabriel de Bagneux, il commence à s’illustrer par ses gags, imitations des profs, grimaces et autres fredaines qui font le bonheur de ses camarades : « Comme je ne pouvais pas sortir, faire le pitre était mon seul moyen d’évasion ! Un moyen génial d’évacuer mon spleen, et de prendre conscience de mes possibilités ! » Au bahut, où il excelle dans l’équipe de basket, le corps enseignant apprécie très modérément son talent de farceur qui lui vaut d’innombrables colles, mais qui n’échappe pas à Monsieur Gillet, son professeur de Français qui monte avec sa classe « La Passion de Christ » de Paul Claudel, et lui met le pied à l’étrier en lui confiant le rôle de récitant.Devenu lui-même jeune enseignant, il ne déroge pas à son tempérament : « J’étais un prof fantasque. Je prenais des accents pour imiter les philosophes, je dessinais des fresques au tableau. Ça faisait beaucoup rigoler mes élèves, mais pas les inspecteurs, et je me suis fait virer. Tant mieux, car c’est ce qui m’a permis de tenter ce dont j’avais vraiment envie, me lancer dans le spectacle ! » Les risques du métier « Artiste caméléon » comme il se revendique, Michel Leeb est d’abord un amuseur dont les prestations, si elles connaissent un authentique succès auprès du public, suscitent quelques polémiques. Du haut de son Olympe, la critique « intello-germanopratine » fustige « son humour gras, sa vulgarité, ses grimaces, ses contorsions, ses facéties poussives et lourdingues de clown populo-populiste » D’autres, mieux intentionnés, saluent « un bateleur enthousiaste qui a le chic pour être consensuel sans tomber dans la mièvrerie, avec un remarquable savoir-faire et un art consommé de l’enchaînement et de la précision digne d’une montre suisse ». L’intéressé n’est pas dupe : « Avec le recul, je me dis bien sûr que j’aurais pu parfois être moins lourd, plus exigeant… Mais ça marchait tellement bien ! 260 galas par an, j’étais sur un petit nuage ! Et puis Charles Aznavour m’a fait comprendre la grandeur du mot : populaire ! » Par contre, que certains de ses sketches lui aient collé une étiquette de raciste continue à lui donner des boutons : « C’est un complet malentendu ! À l’époque on riait de tout et de tous les accents du monde sans paraître méchant. L’accent africain que je prenais était l’un parmi d’autres.  La bien-pensance ne fait pas bon ménage avec le comique. Avec le politiquement correct, les temps ont bien changé ! » Cette controverse est aujourd’hui apaisée, et il ne boude pas son plaisir d’être reconnu sur des registres différents : « En France, il faut rentrer dans un clan, un style, un moule, et moi je m’y refuse ! Je souffre de claustrophobie artistique, et je tiens à ma liberté ! » Chapelle et bergerie Parrain discret de l’association « Cent pour sang la vie » qui aide les victimes de la leucémie, et de l’Hôpital Hadassah de Jérusalem où se côtoient Arabes et Israéliens, Michel Leeb déteste « cette époque où nous vivons où l’on ne trouve que cynisme, agressivité, méchanceté ». Hypocondriaque assumé, avec « une angoisse folle de la maladie » , il se fait faire régulièrement des batteries d’examen, panique dans les ascenseurs, les avions, et pratique tous les matins une demi-heure de marche rapide pour conjurer le sort. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier la bonne chère, les bons vins – notamment les margaux, saint-estèphe ou pessac-léognan – et de fumer le cigare.Son Panthéon est éclectique : « Le Jazz est mon bâton de pèlerin, je vais partout avec, mais j’écoute aussi Bach et Mozart ! » S’y côtoient également Michel Boujenah, Gad Elmaleh, Boris Vian, Jean d’Ormesson, J.D. Salinger, François Truffaut…Son coin de paradis, il l’a déniché dans le Lubéron, à Oppède où il a retapé une bergerie au milieu des champs, replanté de la vigne, et où son « Oppède Festival », lui permet de restaurer la chapelle du village dont il est tombé amoureux.Là, entouré des siens et de son « indispensable Béatrice » , il parle aux arbres et attend sereinement la suite : « Quand je serai très vieux et impotent, je passerai au champagne et à la coke ! Je serai pété, joyeux, et je m’en irai en rigolant ! »

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