Michèle Bernier a de qui tenir

Michèle Bernier a de qui tenir

Émission 

Michèle Bernier

« Quitte à être triste, autant avoir l’air gai ! Au découragement, je préfère l’enthousiasme et la lutte. Si on se laissait aller, on ne verrait jamais la lumière au bout du tunnel ! » , estime sans fard Michèle Bernier. Toute en rondeurs, en francs sourires, et en verve alimentée par un sens inné de la formule, elle sait cacher quelques blessures et une belle sagacité sous un optimisme généreux et sympathique qui font d’elle l’archétype de la « bonne copine ». Actrice, metteur en scène, femme de théâtre, de radio et de télévision, la fille de feu le Professeur Choron est devenue une quinquagénaire rayonnante et une professionnelle avertie : « J’ai enfin montré que je n’étais pas que la grosse rigolote de service ! »  Après avoir suivi des cours de comédie, Michèle Bernier intègre « Le Petit Théâtre de Bouvard ». Elle y rencontre Mimie Mathy et Isabelle de Botton avec qui elle crée « Les Filles » qui se font connaître en 1988 avec le spectacle « Existe en trois tailles », puis avec « Le Gros n’avion » en 1991 au Théâtre de La Michodière.En 2000, elle co-écrit et présente avec succès « Le Démon de midi » au Théâtre du Gymnase Marie Bell, suivi en 2002 par « Nuit d’ivresse » de Josiane Balasko, « Dolores Clairborne » de David Joss Bucley en 2006 aux Bouffes-Parisiens, « Et pas une ride ! » dont elle est l’auteur (2010), puis « Je préfère qu’on reste amis » de Laurent Ruquier en 2014 au Théâtre Antoine. Elle collabore régulièrement avec Pascale Osterrieth pour la mise en scène, un travail qu’elle-même assure dans « Les Délichieuses » (2001), « Arrête de pleurer pénélope 2 » (2006), ou « Moïse, Dalida et moi » en 2009.Sa carrière cinématographique démarre en 1981 avec « Le Roi des cons » de Claude Confortès qu’elle retrouve dans « Vive les femmes ! » en 1984, après avoir tourné « Tête à claques » en 1982 sous la houlette de Francis Perrin. On la voit ensuite notamment dans « Le Cowboy » de Georges Lautner (1985), « Gazon maudit » de Josiane Balasko (1995), « L’Échappée belle » d’Étienne Dhaene (1996), « San Antonio » de Fréderic Auburtin (2004), « Les Parisiens », « Le Courage d’aimer » (2005) de Claude Lelouch, « Survivre avec les loups » de Véra Belmont (2007), « Un homme et son chien » de Francis Huster (2009) ou « Crédit pour tous » de Jean-Pierre Mocky en 2011.À partir de 1996, elle est régulièrement présente à la télévision, dans des œuvres telles que « Sans mentir » de Joyce Buñuel, « L’Amour dans le désordre » d’Élisabeth Rappeneau, « « Ivre mort pour la patrie » de Vincent Hachet, « L’Homme de ta vie » de Laurence Katrian, « Ali Baba et les 40 voleurs » de Pierre Atkine, « Trois filles en cavale » de Didier Albert, « Il faut marier maman » de Jérôme Navarro, ainsi que dans des séries populaires comme « Scènes de ménage : ce soir ils reçoivent », ou « La smala s’en mêle » de Didier Grousset.En 2003, au Festival de la fiction TV de Saint-Tropez, sa prestation dans « Les Frangines » lui rapporte le Prix Spécial de la Ville.En 2007, elle présente « La révolution sexuelle en chansons » sur FR3. Depuis 2010, sur France 2 dans « On ne demande qu’à en rire », elle est aux côtés de Laurent Ruquier qu’elle retrouve sur Europe 1 dans « On va s’gêner », après avoir naguère officié sur les ondes en compagnie d’Arthur. Elle publie en 2003 « Le Petit livre de Michèle Bernier ».Elle fut pendant 15 ans la compagne de l’ancien leader des « Guignols de l’Info » Bruno Gaccio, avec qui elle a conçu Charlotte et Enzo, respectivement nés en 1988 et 1997.Fonds baptismaux pas tristes Quand elle vient au monde, le 2 août 1956 à Paris, Michèle Bernier débarque dans un univers familial peu ordinaire. Son père Georges, fils d’une garde-barrière de la Meuse, est en train de devenir le célèbre Professeur Choron, fondant en 1960 le journal « Hara-Kiri » qui va réinventer la presse satirique avec des signatures telles que Cavanna, Reiser, Topor, Wolinski, Cabu ou Gébé. Personnage hors normes, fêtard bachique revendiqué, « Le Professeur » est un orfèvre de l’humour décalé, grivois, voire vulgaire n’hésitant pas à se mettre en scène dans des situations rocambolesques, surréalistes et souvent irrésistibles.  « Ce n’était pas simple pour ma mère ! » se souvient la comédienne, « mais elle était adorable et lui pardonnait tout. En fait ils étaient très amoureux l’un de l’autre, et formaient un couple étonnant ! » Excessif à la ville, l’iconoclaste trublion s’avère en famille un authentique papa poule qui devient vite l’idole de sa petite Michèle : « C’était un géant, un aventurier qui n’avait peur de rien. Un mélange de folie, d’intelligence et d’affection. Il m’a appris le doute, le recul sur les choses, et l’amour de la vie. Je levais les yeux vers lui, et je l’admirais ! » Ce qui ne l’empêche pas d’être une fidèle des émissions de Guy Lux à la télé, et d’entonner volontiers les chansons à la mode.Dans cette ambiance chaleureuse, dissipée, déjantée, la gamine grandit en même temps que sa jugeote : « Sans frères ni soeur, j’étais un peu solitaire, mais plutôt gentille. J’aurais pu me révolter, faire les 400 coups, me droguer, mais je me suis dit le contraire : « Plus je serai sage et docile, plus ils seront près de moi, plus ils vont m’aimer, et plus ça va les calmer ! » Je sentais que j’étais leur petite princesse ! » Avec un tel environnement - mis à part quelques moqueries à l’école sur l’air « la fille du clown marginal bête et méchant » d’ailleurs plutôt bien supportées - il se trouve peu ou même pas d’anicroches dans la jeunesse de la donzelle : « Entourée de gens formidables, gais, libertaires et pleins d’esprit, c’est vrai qu’à la maison, j’étais vraiment trop bien ! Pour en partir, j’ai eu du mal ! Même encouragée par les parents, j’ai mis du temps à me décider à faire ce métier, et quand j’ai pris le large j’avais déjà 26 ans ! » Dictature de la minceur Passée du café-théâtre au cinéma, du théâtre à la télévision en passant par la radio, Michèle Bernier présente aujourd’hui le profil d’une artiste accomplie. La critique loue la comédienne polyvalente, d’une « maîtrise évidente » , d’une « sincérité touchante » , d’une « rigueur de jeu très intéressante » , qui « ne se laisse pas submerger par l’émotion » , et qui sait « se faire aimer du public » .Face à ces éloges, elle reste fidèle à la tradition familiale : « Même si les comiques sont toujours un peu méprisés, moi, j’adore faire rire ! L’humour, ce n’est pas un truc qui s’invente, c’est une manière de penser. Je suis tombée dans la bassine avec papa. Maman aussi était une vraie rieuse ! » Elle ne rechigne cependant pas à se lancer dans des genres différents : « J’ai aussi joué dans des salles de deux mille personnes où il y avait de tels moments de silence que j’en avais le frisson, et qu’il m’arrivait d’oublier la dernière phrase de mon texte ! » Elle aime se fixer de nouveaux challenges et quand ça marche, elle reste d’une fraîcheur enfantine : « Mon grand souvenir, c’est quand je suis passé à l’Olympia. J’en ai passé du temps à regarder mon nom en lettres majuscules sur la façade ! » Qu’on la trouve « épatante » ne lui est pas désagréable, mais ne la rend pas inconsciente de son physique quelque peu enveloppé : « Vu ma corpulence, on pense davantage à moi pour des rôles de chauffeur-routier que de midinettes ! Mais je crois que les gens m’aiment bien parce que j’assume ce que je suis ! Une femme qui ne se pose plus trop de questions sur son aspect ni sur son âge. Je dis non à la dictature de ce métier, la minceur ! Toutes ces filles quasiment anorexiques qui s’angoissent si elles grossissent ! Leur corps, c’est leur fonds de commerce ! Moi, quelques kilos en plus ou en moins, ça ne change pas grand chose ! Et puis, j’aime la vie, j’aime manger, j’aime être libre ! » Paquet-cadeau Bien qu’elle ne prenne pas la posture d’une féministe exacerbée, Michèle Bernier est particulièrement sensible au sort des femmes en difficulté financière ou affective, aux chausse-trappes de l’amour, et aux noirceurs de l’âme humaine : « La gaîté n’est que le masque de profondes blessures ! » Les siennes ont été tenaces quand Bruno, son compagnon est parti vers d’autres horizons : « C’était pénible, parce qu’il était – comme on dit – l’homme de ma vie. Mais j’ai fini par accepter…On a réussi notre séparation. Nos enfants ne méritaient pas qu’on se déchire ! » Des enfants à qui elle s’applique à donner autant d’amour qu’elle en a reçu de ses propres parents, et qui le lui rendent bien.Navigant désormais dans des eaux calmes, elle ne désespère pas de retrouver un jour le Prince Charmant, mais : « C’est assez rare, car en général, ils ne sont ni tout à fait princiers, ni tout à fait charmants ! » Heureusement, l’amitié est moins volatile : « Les amis, c’est un magnifique écrin de bonheur, un rempart contre tout ! C’est ma forteresse indispensable ! Avec eux, on n’est jamais dans la séduction ! » Sinon à celui de la sagesse, elle se voit désormais parvenue à l’âge d’être pénarde : « L’avantage de la vieillesse, c’est qu’on peut devenir une emmerdeuse, refuser les interdits comme fumer dans les restos ou resquiller dans les boites de nuit. J’ai suffisamment obéi, maintenant je veux qu’on me foute la paix ! Chaque matin, je veux ouvrir ma vie comme un paquet-cadeau ! »

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