Patrick Poivre d'Arvor entre l'être et le paraître

Patrick Poivre d'Arvor entre l'être et le paraître

Émission 

Patrick Poivre d'Arvor

« Je ne cours pas vers mon destin comme un taureau furieux, mais je sens bien qu’il y a cette hantise ! Je suis un pessimiste tonique ! Je reste donc vivace, toujours en éveil, et prêt au combat ! » Narcissique et pudique, audacieux et timide, sincère et parfois illusionniste, Patrick Poivre d’Arvor demeure, à 67 ans, un personnage multiple et secret que la gloire et les épreuves n’ont pas l’air d’avoir trop entamé, même si ses boucles blondes se sont raréfiées et ont quelque peu blanchi.Bachelier à 15 ans, licencié en Droit, diplômé de Sciences Politiques et de l’Institut national des langues orientales - section serbo-croate - Patrick Poivre d’Arvor intègre en 1970 le Centre de Formation des Journalistes de la rue du Louvre.En même temps, et jusqu’en 1972, il milite en faveur du mouvement giscardien des « Jeunes Républicains Indépendants », dont il devient le vice-président.En 1971, il remporte le concours « Envoyé Spécial » organisé par France Inter. Au sein de la chaîne de radio du Service Public, sous la houlette de Roger Gicquel, il démarre sa carrière, chargé des journaux du matin, de la revue de presse, puis comme grand reporter, et billettiste dans « L’humeur du jour » de 1979 à 1981.En 1974, l’élection de Valéry Giscard d’Estaing lui ouvre les portes d’Antenne 2, où il devient chef du service politique, économique et social. De 1976 à 1983, il présente le journal télévisé du soir, dont il améliore sensiblement l’audience.C’est en 1987 qu’il s’assoit dans le fauteuil de présentateur du « Journal de 20 heures » de TF1, qui devient le plus regardé de l’Hexagone, et paraît-il, d’Europe. Il conquiert ainsi ses galons de « Star du PAF ». Durant plus de vingt ans, il tient les commandes de la « Grande Messe », avant d’en être évincé le 10 juillet 2008.Parallèlement, il propose sur la même chaîne « Ex-libris » (1998-1999), puis « Vol de Nuit » (1999-2008), deux émissions littéraires de fin de soirée.On le voit ensuite sur France 5 dans « La Traversée du miroir », et sur Arte dans le magazine géopolitique « l’Avis des autres ». Il collabore également à Paris-Match et France-Soir, et joue les polémistes sur RTL dans « On refait le Monde ».À l’âge de 17 ans, PPDA entame son parcours d’écrivain prolifique en écrivant son premier roman « Les Enfants de l’aube » paru en 1982, et vendu à 1,5 millions d’exemplaires. S’ensuivent, entre autres, « Deux amants » (1984), « Un héros de passage » (1996), « L’Irrésolu » (2000 – Prix Interallié), « Un enfant » (2001 – Prix des lecteurs du Livre de Poche), « La Mort de Don Juan » (2004),  « Fragments d’une femme perdue » (2009), « Plaisirs d’Amour : Anthologie des plus beaux mots d’amour » (2013).Dans le genre autobiographique, il publie notamment « Les femmes de ma vie » (1988), « Lettres à l’absente » (1993), « Lettre aux violeurs de vie privée » (1997), ou « À demain ! En chemin vers ma liberté » (2008).En compagnie de son frère Olivier, généralement sur les thèmes de la mer, du voyage et de l’aventure, il est l’auteur  d’une vingtaine d’ouvrages qui évoquent corsaires et flibustiers, pirates et héros tels que Surcouf, Vasco de Gama, ou Lawrence d’Arabie.Il s’essaie aussi au spectacle, comme dans « Transsibérien » en compagnie du quatuor Salieri (2012), ou « L’Engrenage » avec le pianiste Hugues Leclère en 2013.Présent dans diverses manifestations à caractère humanitaire, il est ambassadeur de bonne volonté de l’Unicef depuis 2004.Chevalier de la Légion d’Honneur, officier dans l’Ordre National  du Mérite, Commandeur dans celui des Arts et des Lettres, il est aussi vice-président de l’association des Écrivains de Marine et membre du club « Le Siècle ». Depuis 1988, sa marionnette présente sur Canal Plus « Les Guignols de l’Info ».Rêves de gloire Patrick Poivre voit le jour le 20 septembre 1947 à Reims. L’aura de ses deux grands-pères guide ses premières années. L’un, héros de la seconde guerre mondiale, est un aviateur ami d’Antoine de Saint-Exupéry. L’autre, qui l’initie à l’écriture, est un relieur et poète breton connu sous le nom de Jean d’Arvor, un pseudonyme plus tard adopté par la jeune génération pour se fabriquer un patronyme.Entre sa sœur Catherine et son frère Olivier, l’enfant grandit sous l’aile aimante d’une mère au foyer, tandis que le paternel, représentant en chaussures sillonne les routes de la région. « Ah, l’odeur du cuir, c’était quelque chose d’obsédant ! On se retrouvait au grenier parmi des milliers de pieds inhabités. Pour des petits comme nous, c’était magique ! » se souvient Olivier, tandis que son frère garde en mémoire des après-midi en compagnie de Catherine « à jouer au marchand et à la marchande de chaussures ». Le petit Patrick n’est pas très exubérant : « J’étais sauvage, introverti, rêveur. J’avais très peu d’amis, et j’étais incapable de draguer les filles. Alors, je me réfugiais dans des mondes imaginaires. J’avais des vrais désirs de gloire. Je me voyais en roi de France, en d’Artagnan, en poète maudit. Je dévorais Lautréamont, Rimbaud, Stendhal, Zola, Flaubert, les romans russes… » À 13 ans, on le soigne pour un « début de leucémie ». Il voit son adolescence comme une période douloureuse, mais formatrice : « Quand on a été malade jeune et qu’on s’en est sorti, on a un appétit plus fort de la vie ! » Heureusement, en Bretagne, il y a la maison familiale de Trégastel, et les enchantements des vacances scolaires : « L’odeur du varech, du lichen sur les rochers, de l’iode quand la mer se retire, les balades en Vaurien, la pêche à pied, le parfum des fougères sous le soleil, après la pluie ! » Toutes ces sensations impérissables enracinent fortement le jeune homme en cette terre bretonne où ses ancêtres reposent depuis trois siècles.Sur la plage de Trégastel, il y aussi une estivante nommée Véronique. C’est le coup de foudre. À l’âge de 16 ans, il se retrouve père de Dorothée et chef de famille. Comme il faut faire bouillir la marmite, il exerce des métiers tels que chauffeur-livreur, figurant au cinéma, vendeur de journaux au Quartier Latin, professeur de tennis ou contrôleur des wagons-lits.Paillettes et casseroles Comment peut-on battre tous les records de longévité - 23 ans - calé sur le trône de présentateur du Journal de 20 heures ? « J’étais devenu une icône électroménagère ! » plaisante l’intéressé, qui tire une légitime fierté d’un succès que certains exégètes médiatiques attribuent à un savant cocktail de rigueur, de décontraction, et de séduction, servi par une voix douce - quoiqu’un brin nasillarde – propre à adoucir les violences de l’actualité et à cajoler les mamies et leurs filles. C’est une époque où il apparaît insubmersible, indéboulonnable. Il attire les projecteurs, les fantasmes, l’adulation et les sarcasmes. Il roule en Solex et alimente les pages des magazines peoples. Pour la réalisatrice Michèle Reiser : « C’est un être complexe et attachant. Il fréquente la terre entière, mais c’est un solitaire. Il bouge sans arrêt, mais c’est un contemplatif. Il n’est pas PPDA, cette image devenue une marque. Personne ne le connaît vraiment ! » Tout se complique quand la star déserte les sunlights et les paillettes pour se réfugier dans sa grande passion : les livres. L’homme de la lumière se mue en écrivain de l’ombre, avec parfois le besoin impérieux de coucher sur papier ses drames, ses douleurs, et de les faire partager au grand nombre espéré de ses lecteurs. Il donne alors l’impression paradoxale de chercher la célébrité autant qu’il prétend la fuir. Il n’en disconvient pas, mais précise : « Chez moi, l’écriture est un besoin compulsif ! C’est mon carburant, mon oxygène ! » Malheureusement, dans ce brillant parcours littéraire et journalistique, résonnent quelques désagréables fausses notes aux allures de casseroles : interview « bricolée » de Fidel Castro, condamnation pour recel d’abus de biens sociaux dans le procès Noir-Botton, soupçons de plagiat dans son essai sur Ernest Hemingway, accusation de pillage de lettres d’amour par une ancienne conquête pour bâtir son roman « Fragments d’une femme perdue »… Et la vive déconvenue dure à digérer d’être débarqué sans ménagement du Journal de 20 heures. Face à ces avanies, il reste fataliste : « Il y a les vedettes aimées des médias, et les autres, celles qu’ils se sentent obligés de brûler. Je dois faire partie de la deuxième catégorie ! » Accroché aux branches La légende prétend que la vie sentimentale de PPDA est largement aussi romanesque que celle des personnages dont il décrit les frasques dans ses bouquins. C’est un chapitre sur lequel il reste d’une discrétion de violette, et carrément intraitable dès qu’il est question de protéger sa famille. La perte de deux filles en bas âge et le suicide de sa fille Solenn lui ont apporté sa dose de malheurs qu’il a su adoucir en partie, grâce à l’écriture.Féru de voile, de tennis, d’escalade, de course à pied, il a participé à la Transat en double Saint-Malo-Québec, au Marathon de New York, et il est monté au sommet du Mont Blanc.  Passionné d’Opéra, et de musique Celtique, il revient toujours à Trégastel, où il s’est construit un étonnant bureau, une cabane en bois perchée dans un arbre, face aux flots marins : « Quand la tempête souffle, elle se met à tanguer comme un bateau qui gîte, c’est très impressionnant ! Quand on écrit des romans d’aventures, c’est pas mal d’avoir parfois le mal de mer ! » Poivre a encore beaucoup de grain à moudre !

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