Petits et grands bonheurs de Guy Marchand

Petits et grands bonheurs de Guy Marchand

Émission 

Guy Marchand

« Je suis un personnage en noir et blanc, qui se balade dans un film en couleurs ! Pas triste. Plutôt mélancolique. Un dépressif souriant ! » Musicien, chanteur, acteur, écrivain, Guy Marchand aime se dépeindre à l’aide de formules originales, teintées d’humour, de paradoxes, et de désinvolture. Septuagénaire au crâne luisant, il conserve son allure de boxeur poids plume, sa bonne « tronche » de gamin farceur, et sa gouaille de titi parisien un tantinet dandy : « Professionnellement, on m’a souvent considéré comme un touriste… Et alors ? »  Dès son enfance, Guy Marchand pratique la musique. Pianiste, saxophoniste, et surtout clarinettiste fort prisé des clubs de jazz parisiens, où il se produit souvent en compagnie de Claude Bolling.En 1965, il rencontre le succès avec « La Passionata », une chanson qu’il a écrite pour une fête, alors qu’il est sous-lieutenant dans la Légion Étrangère en Algérie. Le morceau atterrit sur le bureau d’Eddy Barclay, et devient le tube de l’été.Il entame alors une carrière de crooner qui se concrétise par l’enregistrement d’une quinzaine d’albums, dont le style balance du jazz aux couleurs latino-américaines. « Moi je suis tango » (1975), « Hey crooner » (1977), « Au Flamingo » (1983), figurent parmi les titres qui assoient sa popularité.En 1982, il propose « Destinée », une chanson figurant sur la bande-son du film « Les Sous-doués en vacances », qui n’est autre que la partition de « L’été indien » de Joe Dassin, reprise à l’envers.Sa discographie est riche d’une vingtaine d’albums, ponctuée en 2012 par l’opus « Chansons de ma jeunesse ».En parallèle, spécialisé dans les seconds rôles, il mène une carrière d’acteur de cinéma. Ses apparitions dans « Cousin Cousine » (1975), « Loulou » (1979), « Coup de torchon » (1981), « Coup de foudre » (1984), « L’été en pente douce » (1987), « Ripoux contre ripoux » (1990), « Dans Paris » (2007), « L’arbre et la Forêt » (2010), « L’art de la fugue » ou « La Dune » (2013), sont saluées. En 1982, avec « Garde à vue » de Claude Miller, il rafle le César du Meilleur acteur dans un second rôle. Plus d’une cinquantaine de films figurent à son palmarès.Il tourne également dans 17 téléfilms, dont « Le pain noir » (1974), « Trois morts à zéro » (1983), « Fargas » (2003-2007), « La fille du chef » (2006), « Un bébé pour mes 40 ans » (2010). Son titre de gloire reste l’interprétation du détective Nestor Burma, dans la série télévisée tirée de l’oeuvre de Léo Malet, diffusée de 1991 à 2003.Il est titulaire d’un Emmy Award, décerné à Hollywood en 1973, pour sa participation à la comédie musicale « La vie d’Al Johson », de Jean-Christophe Averty.En 2006, il publie un récit autobiographique intitulé : « Le Guignol des Buttes-Chaumont », puis les romans « Un rasoir dans les mains d’un singe » (2008), « Le Soleil des enfants perdus » (2012 – Prix Jean Nohain), « Calme-moi Werther » (2014).Amoureux des chevaux, il en élève plusieurs, joue au polo, et a créé la première équipe française de la discipline. Il a aussi pratiqué la boxe, le rallye avec sa Simca 1000, et le parachutisme.De son premier mariage avec l’actrice Béatrice Chatelier, il est père de deux grandes filles et d’un garçon. Depuis 2007, il vit dans sa maison du Lubéron qu’il a partagé durant plusieurs années avec Adelina sa seconde épouse, une jeune femme originaire de Sibérie, spécialiste universitaire de littérature russe et française.Chevalier de la Légion d’Honneur, il préside l’association « Fracto Sud », qui soutient les femmes victimes de l’ostéoporose.Clarinette de manouche Guy Marchand voit le jour le 22 mai 1937, dans le quartier populaire de Ménilmontant, à Paris : « J’ai grandi au Pré-Saint-Gervais. Dans les années 50, c’était la zone. Mon père était ferrailleur aux Puces l’après-midi, et le soir régisseur à Bobino. Ses copains, c’étaient les manouches, qui venaient répéter dans le garage. Parmi eux, il y avait Django Reinhardt. Ils jouaient du swing, des tangos, des musettes. Ça me faisait rêver ! » L’enfant passe ses premières années sur les collines des anciennes « fortifs », où l’on se souvient encore de la Commune, où les jeunes gens se prennent pour des champions de moto-cross, où se trament les premiers flirts sur l’herbe.Tout à côté, les cinémas de Belleville placardent leurs affiches : « Avec mon pote Claude, devenu Eddy Mitchell, on se faisait des virées pour aller voir les derniers westerns. On rentrait chez nous avec des images plein les yeux, et de la musique plein les oreilles ! » Dans la maison s’empilent un tas de disques de Louis Armstrong, de Sydney Bechet : « Moi, je voulais apprendre la trompette. Papa n’était pas d’accord. Il disait qu’il fallait jouer des instruments de manouche, de la guitare, du violon. Et puis un jour, il m’a offert une clarinette, qu’il avait achetée à ses potes gitans. C’est ainsi que j’ai entamé mes 15 ans de placard ! C’est-à-dire que pour ne pas gêner les voisins, je travaillais mon instrument dans le placard à balais ! » Loin de cet environnement affectueux, musical et décisif, un autre événement marque à vie le jeune citadin : « Enfant de la guerre, j’avais du sang de navet ! À 10 ans, la tuberculose m’est tombée dessus. On m’a envoyé dans une ferme de la Sarthe. Là, j’ai rencontré Chouquette, une puissante jument percheronne. Je suis monté dessus, et pendant 6 mois, je ne l’ai plus quitté. Quand je suis rentré à Paris, j’étais guéri ! » Pour moins que ça, on peut en effet tomber amoureux des chevaux.« Nestor, c’est moi ! » « Ma carrière, c’est du grand n’importe quoi ! » Les langues fielleuses prétendent qu’il n’est jamais parvenu à devenir un acteur de premier plan, et que ses disques ont souvent ramé pour trouver des acquéreurs. Il s’en moque, comme de sa première chemise : « Je ne suis pas une star, juste une vedette ! Du genre amateur dans tout ce que j’entreprends. Un chanteur égaré dans le monde du cinéma, où je suis entré par effraction ! » Ses collègues de travail le considèrent cependant, non comme un dilettante, mais comme un acteur chevronné « qui arrive toujours à l’heure, et qui connaît son texte ». C’est sans doute son sens aigu de l’autodérision qui guide quelques-unes de ses déclarations flamboyantes sur le métier : « C’est un truc pour goinfrer de l’argent ! Moi, mes meilleurs souvenirs de tournage, c’est la cantine ! Non, sérieusement, ce que j’aime le plus dans ma carrière d’acteur, c’est de pouvoir serrer dans mes bras les plus belles femmes du monde ! À part ça, la plupart du temps, je m’ennuie ! » Le seul rôle qui trouve grâce à ses yeux et dans lequel il consent s’être vraiment amusé, c’est celui du détective Nestor Burma : « Nestor me ressemble comme deux gouttes d’eau ! C’est un surréaliste pétri de nuances et de contradictions. Absent, intemporel, anarchiste. Il est capable de s’entendre avec les riches quand ils ont de l’humour, avec les pauvres quand ils ont du style, et avec les cons quand ils ont du cœur ! » Sa grande fierté, il la tient de Léo Malet, le « père » du détective, fort chiche en compliments sur les comédiens - et non des moindres - qui l’ont précédé dans l’incarnation du personnage, et qui lui a confié un jour : « Vous êtes le Burma le plus vrai que j’ai vu ! » Cette bénédiction de l’auteur aujourd’hui disparu lui tient lieu de viatique. Même s’il entretient une belle lucidité quant à la valeur artistique de la série : « Un téléfilm soft ne fera jamais un grand polar ! Le cahier des charges impose que le spectateur doit pouvoir s’absenter dix minutes quand il veut pour aller se chercher un bière, et continuer à comprendre l’histoire à son retour. On se moque du monde ! » L’amour qui venait du froid « Je ne suis pas un séducteur, mais je tire mon énergie des femmes ! Elles m’ont tout appris ! Elles sont les miracles de ma vie ! Mais je ne suis pas un macho pur et dur ! » précise avec malice Guy Marchand.Quand Béatrice, (ex-madame Eddy Barclay), sa première épouse et mère de ses enfants, en bonne bourgeoise bordelaise lui fait découvrir le polo, l’iconoclaste saltimbanque de Ménilmontant ne séduit guère les nantis des bords de la Garonne, et réciproquement.Le divorce est pénible, avec des soucis pécuniaires et affectifs.Le vrai miracle, c’est la rencontre d’Adelina en 2006. Elle a 35 ans, lui 74. Il est impressionné, fasciné, bluffé, intarissable : « C’est ma merveille du bout du monde ! Elle est trop bien pour moi ! » Dans leur maison d’Eygalières, au pied des Alpilles, ils soignent leurs chevaux, s’adonnent à l’équitation, font des parties de polo, et causent littérature au dîner. L'artiste ne chôme pas : « Notre amour, c’est un truc à plein temps. À tout instant, je dois être capable d’improviser, de jouer de la guitare, de chanter, de l’amuser… C’est génial !» Hélas, au bout de 7 ans d’un bonheur sans nuages, la belle sibérienne polyglotte et diplômée de l’université d’Irkoutsk repart pour Moscou, laissant le crooner quelque peu solitaire dans ses garrigues provençales, mais pas trop abattu et résolument philosophe : « C’est comme ça, c’est la vie ! De cette belle histoire, je sors régénéré ! » Du coup, il peut tout à loisir s’adonner à l’un de ses passe-temps favoris qu’il déguste à loisir et sans modération : « Solo mais pénard, je reste allongé dans l’herbe et je regarde passer les nuages ! Bien sûr que je vais mourir un jour, mais je ne serai pas vieux ! »

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