William Leymergie, gant de velours et main de fer

William Leymergie, gant de velours et main de fer

Émission 

William Leymergie

« Si je reste au lit jusqu’à 9 heures du matin, j’ai l’impression d’être sur une autre planète ! » Œil vif, coupe de cheveux impeccable, dents du bonheur et costumes parfaitement taillés, William Leymergie, la soixantaine bien sonnée, fait désormais partie des vieux briscards de l’audiovisuel. Aux commandes de « Télématin » depuis presque trente ans, « l’ami du petit-déjeuner » - journaliste, producteur et animateur au caractère bien trempé - tire une légitime fierté de son parcours, de l’exceptionnelle longévité de son émission, et n’envisage pas vraiment encore son dernier tour de piste : « Je partirai quand les gens en auront assez de me voir ! » En 1970, après avoir obtenu une Licence de Lettres à la Faculté de Nanterre, William Leymergie entre à l’ORTF, au sein de la Direction des Affaires Extérieures et de la Coopération, ancêtre de Radio France Internationale, où il est affecté aux programmes destinés à la jeunesse, puis au service Afrique-Asie.En 1972, après avoir occupé un poste de journaliste sur « La Une », il intègre France Inter et devient l’animateur de « Fréquence Mômes » pendant plus de dix ans. Il propose en 1997 « Les maudits mots du dimanche », puis « Quelle histoire ! », et officie également sur France Culture.En 1978, après une brève expérience d’enseignant à l’INA, il arrive sur Antenne 2 et travaille sur de créneaux populaires comme « Récré A2 » en compagnie de Dorothée et Cabu, ou « Disney Dimanche ». Il fait apprécier ses talents de chanteur en enregistrant « Les Chansons de Récré A2 », et le générique du dessin animé « Pac Man ».En janvier 1985, il inaugure la première mouture de « Télématin ». En 1987, il prend les commandes du Journal de 13 heures en tandem avec Patricia Charnelet. Le duo s’avère efficace en matière d’audience, puisqu’il parvient à battre Yves Mourousi, son concurrent d’alors sur TF1. En 1990, William Leymergie reprend « Télématin », pour un long bail couronné de succès qui dure encore aujourd’hui sur France 2.En 2007, une algarade avec l’un de ses chroniqueurs alimente la polémique. La direction de la chaîne le sanctionne par deux semaines de mise à pied.Il fait également entendre sa voix sur Europe 1 dans « Viva Quinqua ! » une émission hebdomadaire de fin de soirée, et fut un temps chroniqueur au quotidien France-Soir.Acteur, il figure au générique de quatre films de Claude Lelouch : « Les Misérables » (1995), « Hommes, femmes, mode d’emploi » (1996), « Le courage d’aimer » (2005), et « Roman de Gare » (2007).Auteur, il publie « Fréquence Mômes : les enfants ont la parole » en 1995, « Paroles de gosses » en 1997, « Quand les Grands étaient petits » en 2009, « Télématin. Les bons plans » en 2013, « Les dents du bonheur » en 2014.Titulaire des Prix de la Fondation pour l’enfance (en 1992 pour « Fréquence Mômes »), et de l’Association de défense de la langue française (en 1993 pour « Télématin »), il est Chevalier de la Légion d’Honneur, des Arts et Lettres, et dans l’Ordre National du Mérite.Il est l’époux de Maryline qui lui a donné trois enfants : Géry, 34 ans, réalisateur de télévision, Sacha, 31 ans, businessman aux Etats-Unis, et Anna, 26 ans, décoratrice.Le transistor à l’oreille William Leymergie voit le jour le 4 février 1947 à Libourne. Au gré des affectations de son père Raymond officier d’état-major dans l’artillerie de marine, l’enfant découvre Dakar, Bamako, Alger. Il garde en mémoire la polyvalence paternelle : « Colonel, papa n’exerçait son métier qu’à la caserne. En dehors, il écrivait des pièces comiques, des chansons… » Très tôt, le gamin a l’oreille vissée au poste de radio qui diffuse les flashes d’information de RMC ou Europe1. Pendant les vacances, il est expédié à Libourne, où il retrouve ses oncles, tantes et cousins : « Mes plus beaux souvenirs sont les jours de lavage avec l’odeur du linge qu’on faisait bouillir dans des lessiveuses au-dessus du feu, puis qu’on faisait sécher dans une soupente en bois. J’adorais jouer à cache-cache entre les nappes et les draps ! » La famille donne dans l’hôtellerie et la restauration, ce qui lui laisse des traces olfactives : « Je me souviens de la salle à manger aux parfums de fleurs mêlées à celui de la cire et des plats cuisinés avant les repas, et à ceux, plus lourds, d’alcools et de cigares après les agapes ! » Cette enfance heureuse se solde par une scolarité sans histoires et une accession sans problèmes majeurs à l’université. Surviennent les évènements de Mai 68 : « J’y aurais bien participé, mais je me suis trouvé en panne d’essence, bloqué sur une plage près de La Baule ! » Pour rassurer ses parents, il décroche sa licence de Lettres, mais de bonne heure, c’est la radio et la télé qui le démangent, symbolisées par de fortes personnalités : « C’était la grande époque des José Artur, Pierre Bouteiller, de Jean Garreto, Pierre Codou et de « L’Oreille en coin », de Pierre Tchernia et Jean-Christophe Averty. Des grands maîtres de l’irrévérence et de la goguenardise qui suscitaient les vocations, et qui manquent cruellement aujourd’hui ! » C’est ainsi que le jeune William embrasse la carrière, chaperonné à la télé par « Madame » Jacqueline Joubert, et qu’il éprouve ses premières émotions : « Le plus beau jour de ma vie, c’est quand j’ai eu ma carte de presse, numéro 32 606 ! Ce qui d’ailleurs ne m’a pas empêché de faire le pitre ! » Chef de meute Deux accros inattendus se plantent aux aurores devant leur petit écran pour démarrer la journée. Gérard Depardieu est toujours resté un fidèle : « Tous les matins, j’installe mon récepteur devant mes appareils de sport, et je regarde. Je n’aime pas la télé mais là, ça ne court pas après l’audimat, ça reste digne. Pas de sensationnel, pas d’agressivité, c’est juste un joli réveil ! » Jacques Dutronc est un fan égal à lui-même : « Je m’habille suffisamment tôt pour être présentable devant  mon poste, et je suis l’émission comme un bon élève ! » Chaque plat savoureux découle d’une bonne recette. Celle de « Télématin » est riche d’un fond de sauce constitué par les précautions de dentellière que prend quotidiennement William Leymergie : « Je pense à mes téléspectateurs qui sont encore en pyjama. Je les prends dans mes bras lorsqu’ils sortent de la couette. Ils sont encore fragiles, il ne faut pas les bousculer ! » La richesse des ingrédients dépend des prestations des chroniqueurs et de l’ambiance générale, que la rédactrice Christine Florent dépeint comme plutôt agréable : « C’est l’esprit de famille ! On est loin des habituels paniers de crabe du monde audiovisuel ! Et ça, les gens le ressentent ! » Orfèvre en matière de dosage savant entre l’humour et l’info, le « Patron » est également un découvreur qui a su dénicher le talent de personnes telles que Maïté Biraben ou Étienne Leenhardt. Perfectionniste, gros travailleur, levé tous les jours à 5 heures, il se voit comme « un chef cuistot » , un « entraîneur de foot » , un « maître d’école » , donnant du « Mademoiselle » à ses collaboratrices, et nommant ses comparses par leur nom de famille.Bémols Tout serait donc parfait si son côté Père Fouettard ne prenait parfois le dessus, et le poussait à employer des méthodes de management que certains membres de son équipe qualifient de « brutales, tyranniques » , empreintes de « violences verbales et morales » proches du « harcèlement » , et que Maryse Richard, responsable de la santé du personnel de l’entreprise résume : « Il a ses têtes. Mieux vaut ne pas être dans son collimateur ! Il pousse les gens à bout. Depuis des années, j’en ai vu pas mal arriver en pleurs dans mon bureau. Certains ont préféré partir ! » Après l’épisode très médiatisé de l’altercation musclée avec son chroniqueur Philippe Viaud, Monsieur William a tenu à faire amende honorable : « J’ai pété un câble, fondu un plomb ! Longtemps je me suis fait passer pour un méchant pour impressionner mes équipes, pour ne pas qu’on me marche sur les pieds. Mais ça m’a joué des tours ! Avec le temps et l’expérience, je me suis calmé ! D’accord, je suis soupe au lait, autoritaire, mais je me soigne ! » Dont acte. Un de ses amis précise : « C’est un chieur, mais il est honnête. Ce n’est pas un tueur aux dents longues. Il est devenu moins paternaliste, mais c’est un vrai patron. Et en cas de coup dur, on peut compter sur lui ! » Thé et café Loin des plateaux de télévision, William Leymergie ne fréquente guère les dîners mondains où « tout le monde s’emmerde » , et fuit le parisianisme bon teint. Il préfère voyager, et collectionner des ouvrages sur l’art photographique ou les bandes dessinées anciennes.Le passage du temps lui laisse quelques regrets : « J’aurais aimé être Marcel Pagnol ! Écrire des pièces de théâtre, des romans, être cinéaste ou comédien, quelque chose de « barje » ! Laisser davantage aller mon côté déconneur… » Il sait cependant compenser : « Je n’ai pas sacrifié ma famille à ma carrière. J’ai vu grandir mes enfants ! » Raison de plus pour être fier de son fils aîné Géry qui a repris le flambeau.Histoire de ménager l’avenir, lui, ancien buveur forcené de café alterne désormais avec du thé « Earl Grey léger », pratique le footing, le vélo, et se ressource tous les week-ends en Normandie. Patiné par le temps, mais toujours d’attaque : « Un jour, j’aurai tellement d’heures de vol que je devrai partir en révision pour me faire désosser comme un vieil avion long-courrier. Après ça, on me mettra sur un parking au rayon des bonnes occasions à saisir ! »

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