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Le château de Versailles.
Le château de Versailles. © Getty

Comment a été scellée la troisième République

Diffusion du dimanche 12 août 2018 Durée : 2min

On est en 1875, au château de Versailles. Les députés ont été convoqués pour savoir comment on va faire à l’avenir, pour élire le président de la République mais pourquoi ?

Parce que si elle a été proclamée à la sauvette à l’hôtel de ville de Paris, le 4 septembre 1870, au lendemain de la défaite de l’Empereur Napoléon III dans la cuvette de Sedan, depuis ce jour-là elle reste  quand même bien fragile, la république. Et qui plus est, pour l’instant, elle est présidée par un royaliste, la troisième république ! Par le maréchal de Mac Mahon, un homme qui est soutenu par une chambre essentiellement monarchiste. Au vrai, c’est la belle pagaille, au Château, avant que les débats ne commencent. On est même souvent à deux doigts du pugilat, le royalistes injuriant les républicains qui, eux, ne ménagent pas les bonapartistes.  

Patrice de MacMahon, 1er duc de Magenta (1808-1893). Général français et homme politique à la distinction de Maréchal de France. 3ème Président de la France (1873-1875). - Getty
Patrice de MacMahon, 1er duc de Magenta (1808-1893). Général français et homme politique à la distinction de Maréchal de France. 3ème Président de la France (1873-1875). © Getty

"La République est inévitable", claironne Gambetta à la tribune ! "Et si elle ne convient pas à la France, la plus sûre manière d’en finir avec elle… c’est de la faire !" - "Taisez-vous, Monsieur, la France est Le pays de la Monarchie, claironne de son côté le duc de Broglie" - "Sans monarchie il n’y aura plus de religion !". Et puis, en fin d’après-midi, on a presque pu entendre un « ouf » de soulagement général quand le président de séance annonce que l’heure du vote est venue, un vote qui va durer trois heures ! Avec panique générale au moment du premier dépouillement puisqu’il y a dix bulletins de trop dans les urnes ! Allez, courage, on remet ça ! Alors il va falloir attendre jusqu’à huit heures du soir pour que le président se prépare enfin à proclamer le résultat. Le président sera–t-il ou non élu désormais par le congrès, par les sénateurs et députés réunis ? Sera-t-il élu pour sept ans et rééligible ? A moins que la majorité des votants n’ait décidé un retour à la royauté ? Suspens…suspens …  "Nombre de votants : 705. Majorité absolue : 353. Pour la République, 353 voix, contre 352 !" Incroyable mais vrai, la République l’emporte avec une petite voix de majorité. La République, la troisième est officiellement fondée grâce à cette seule voix !

Une voix qui va faire vivre les septennats pendant 127 ans, c’est-à-dire jusqu’au référendum de l’an 2000. Mais quand on songe qu’une seule voix aurait suffi à annuler le scrutin ! Eh bien non, le hasard a voulu qu’au moment du vote, un vieux, un très vieux député royaliste né en 1793, c’est-à dire l’année même de la mort de Marie-Antoinette, a été subitement obligé de cheminer jusqu’aux commodités, la faute à une prostate délicate… Ainsi donc, la voix qui était susceptible de sauver la monarchie a fini, ce jour-là, par le plus grand des hasards… dans la cuvette des toilettes de Versailles.