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Publicité de 1957 pour le réfrigérateur.
Publicité de 1957 pour le réfrigérateur. © Getty

Comment furent fabriqués les premiers glaçons

Diffusion du samedi 7 juillet 2018 Durée : 3min

Charles Tellier, ingénieur français né à Amiens, a eu le culot de demander un rendez-vous avec le préfet de police de la Seine, le baron Haussmann qui avait pourtant d’autre chats à fouetter, en 1860, puisqu’il était en train de redessiner Paris. Et il l’a obtenu !

Charles Tellier propose au baron Haussmann un train qui pourrait circuler dans les rues de la Capitale en fonctionnant à l’air comprimé. Hélas, ce jour-là, bien avant le réchauffement officiel de la planète, Paris est écrasé par la canicule et Haussmann, qui souffre horriblement de la chaleur, va se contenter de jeter un regard négligent sur le dossier de son visiteur en grommelant : "Puisque vous avez de l’imagination, vous feriez mieux d’inventer une machine qui fabriquerait de la glace !

Paris d'hier et d'aujourd'hui, la transformation urbaine introduite par le baron Haussmann et illustrée par Emile Marcelin dans le "Journal pour rire", publication humoristique de l'époque. - Getty
Paris d'hier et d'aujourd'hui, la transformation urbaine introduite par le baron Haussmann et illustrée par Emile Marcelin dans le "Journal pour rire", publication humoristique de l'époque. © Getty

Charles Tellier qui a déjà mis au point un moteur à vapeur fonctionnant à l’énergie solaire, un signal d’alarme à placer dans les wagons de chemin de fer ou encore un compteur kilométrique pour les fiacres, se dit immédiatement qu’en s’inspirant des travaux de laboratoire du savant Faraday sur la circulation du gaz ammoniac liquéfié, il devrait pouvoir faire quelque chose. 

Et il ne tarde pas, en effet, à mettre au point une première machine frigorifique, qu’il va présenter aux savants de l’Académie des Sciences qui vont se contenter de lui dire : « Laissez-nous votre adresse, on vous écrira ! »    

Coupe transversale des cales d'un navire réfrigéré, montrant des hommes manipulant des quartiers de viande. Une conception de Charles Tellier, ingénieur, chimiste et promoteur des applications industrielles du froid. - Getty
Coupe transversale des cales d'un navire réfrigéré, montrant des hommes manipulant des quartiers de viande. Une conception de Charles Tellier, ingénieur, chimiste et promoteur des applications industrielles du froid. © Getty

Alors il achète un vieux bateau, celui que Louis Pasteur surnommera « Le grand prêtre du froid », une embarcation qu’il va retaper et aménager en bateau frigorifique pour traverser les océans et gagner l’Uruguay et l’Argentine avec à son bord de la viande qui va voyager pendant des semaines et des semaines sans s’en trouver altérée le moins du monde.  Naturellement, à Montevideo ou à Buenos-Aires on lui fera un accueil triomphal, avec ses côtes de bœuf de 105 jours et son Chateaubriand aux truffes du Périgord embarqué trois mois et demi plus tôt. Evidemment, il ne va pas rentrer en France les cales vides, non, ses chambres froides seront gorgées de bons bœufs élevés dans la pampa ! Et de glaçons ! comme ceux que lui avait réclamés, par hasard, le baron Haussmann un jour de canicule !