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Le WE à 6h50

Diane de Poitiers.
Diane de Poitiers. © Getty

Comment un mari hideux a inventé une prothèse dentaire

Diffusion du samedi 11 août 2018 Durée : 3min

Le 29 mars de l’an 1515, devant le Roi, la Reine et toute la seigneurie, on célèbre, à Paris, les noces d’une jeune fille belle comme Artémis, avec un baron bossu et chenu. Les noces de la Belle et de la Bête, selon journalistes « people » de l’époque

En réalité, le jeune marié n’est pas vraiment tout jeune puisqu’il est âgé  de 52 ans ( Ce qui est un âge fort respectable pour l’époque ) mais son épouse, en revanche, elle est une adorable caillette de quinze printemps. 

Quand elle avait demandé à son père, Jean de Poitiers, « Mon père, qui vais-je épouser ? », elle s’était attiré une réponse cinglante du genre « Ma fille, mêlez-vous de ce qui vous regarde ». Evidemment, son vieux mari, Louis de Brézé, était un beau parti puisqu’il était grand sénéchal de Normandie, comte de Maulévrier, et qu’il possédait toute une kyrielle de seigneuries dont Rouen, Harfleur, Nogent-le-Roi et celle d’Anet, également. On frémit, pourtant en imaginant la nuit de noces, en sachant que la belle Diane de Poitiers devait se laisser lutiner par un conjoint qui était tordu de goutte et parfaitement édenté. 

Un portrait de lui, conservé au château de Chantilly nous le montre en effet austère, presque sinistre. Il ne sourit pas du tout, le marié. Ce qui vaut peut-être mieux, d’ailleurs ! Mais comme il voulait quand même faire honneur à sa jeune épouse, un jour, dans sa chambre, après avoir croisé par hasard son reflet dans un miroir, un petit miroir fait d’une feuille d’étain recouverte d’une plaque de verre, il a mesuré l’ampleur des dégâts et il s’est dit que ça ne pouvait plus durer ! Alors il a pris le taureau par les cornes, Louis de Brézé ! En réalité, il a plutôt pris l’os d’un jarret de bœuf ! Qu’il a longuement observé avant de tracer dessus quelques signes pouvant paraître cabalistiques, et avant de se mettre à le découper en petits morceaux. Des morceaux d’os qu’il va patiemment sculpter, les uns après les autres, pour tout simplement se fabriquer deux rangées de fausses dents. Il va ensuite les glisser dans sa bouche et arrimer le tout à deux vieilles molaires qui subsistaient vaille que vaille dans le fond de sa mâchoire. Avec un fil d’or ! Voilà ! Cheese ! il n’a plus honte de sourire, maintenant ! 

Sourire, enfin pouvoir sourire. - Getty
Sourire, enfin pouvoir sourire. © Getty

Bon, on n’en était quand même qu’aux balbutiements du dentier puisque quelques années plus tard le célèbre Ambroise Paré imaginera un râtelier fait de dents humaines fixées sur de l’ivoire et installées en bouche avec des fils de soie.  Devenue veuve et maîtresse du roi Henri II, Diane de Poitiers, portera elle-même, quelques fausses dents spécialement fabriquées à son intention par Ambroise Paré. Tout cela pour imiter feu son mari qui jadis avait découvert par hasard son triste reflet dans un miroir.