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150 ans de la guerre de 1870-1871 : une frontière, deux états, la Lorraine devient terre militaire

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A l'occasion des 150 ans de la défaite de 1871, et de l'annexion de la Moselle et de l'Alsace par l'Allemagne, Jérôme nous raconte cette époque et nous rappelle toutes les conséquences qu'elle a encore de nos jours. En 1871 une frontière nouvelle se met en place et les armées s'installent.

La Place forte de Toul
La Place forte de Toul - Par Micheline Montagne — photo aérienne, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.or

Côté Français : plus aucune place militaire

En prenant Metz, Thionville et Strasbourg, la nouvelle Allemagne prend aussi les plus grandes places militaires de l’Est de la France. Et les deux nations restent à couteaux tirés. Personne ne doute qu’un jour ou l’autre une guerre reprendra. De leur côté, les Allemands reprennent l’idée de Vauban qui surnommait Metz « la clé du royaume ». Ils vont continuer à fortifier une ville qui était déjà renommée pour sa puissance militaire. Ils construisent des barrières au plus près de la nouvelle frontière avec la France. Parfois à seulement quelques kilomètres. Des lieux qui permettraient d’attaquer plus facilement l’Est de la France en cas de guerre. Et l’idée de faire de Metz une sorte de pivot qui permette d’attaquer soit au nord soit à l’est. Et surtout ils observent. Ils observent l’armée française complètement réorganiser ce qu’il lui reste de la Lorraine. 

La France crée une "ceinture de fer"

Dès les années 1870, la France met en place ce qu’elle appelle « la barrière de fer ». Une série de forts ultra-équipés et dernier cris autour de nouvelles place fortes militaires. C’est l'ingénieur Séré de Rivière qui s’en charge. Originaire d’Albi, il fortifie plusieurs villes en France, Lille, Maubeuge, Lyon, mais aussi Charenton pour protéger l’accès de Paris. En Lorraine il choisi Toul, Verdun et Epinal qui deviennent inexpugnables. A Toul, Serré de Rivière reprend les remparts de Vauban et les met à l’heure moderne. Et surtout il ceinture ces villes de nombreux forts qui sont parvenus jusqu’à nous. Uxegney ou Sanchey pour Epinal, le Parmont au-dessus de Remiremont,  Frouard près de Nancy, Villey-le-Sec près de Toul, Douaumont près de Verdun. 

La ville et le fort de Villey le Sec
La ville et le fort de Villey le Sec

Toul place forte, des casernes à Nancy, Lunéville cité cavalière

Toul devient aussi place forte par le nombre de militaires qui s’y installent, on en comptera jusqu’à 42 000. De même pour Lunéville qui devient place forte des régiments de cavalerie. On ne compte plus le nombre de casernes qui sont construites dans la région qui devient la terre la plus militarisée de France. Nancy qui comptait seulement la caserne Sainte-Catherine construite par Stanislas au XVIIIe siècle, voit d’immenses casernes s’installer dans ce qui est devenu la plus grande ville de l’Est de la France. 

Une ambiance nouvelle

Des militaires des années 1880
Des militaires des années 1880

On s’habitue dans la Lorraine, qu’elle soit Allemande ou Française, à voir ces jeunes soldats arpenter les rues, y faire pas mal de tapage aussi, et faire tourner toute une série de commerces, des plus innocents aux plus coquins puisque la Lorraine devient la région qui compte le plus de maisons closes à une époque où elles sont encore largement autorisées. A Nancy, on les trouve en vieille ville, autour de l’église Saint-Epvre, signalées par des lampes rouges. Cette barrière de fer, c’est ce qui entraînera l’Allemagne, pas sûr de la franchir, à attaquer par la Belgique en 1914, ce qu’elle fera de nouveau en 1940 quand les Français, toujours oublieux des leçons du passé, reprendront l’idée d’une barrière infranchissable avec la ligne Maginot. Cette imprégnation militaire continuera bien longtemps après les deux guerres à venir après 1871, spécialisant, en quelque sorte, notre Lorraine dans le domaine de l’armée. Elle qui n’a jamais déclenché de guerre. 

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