Replay du mardi 4 mai 2021

150 ans de la guerre de 1870-1871 : pour les Lorrains, choisir entre France et Allemagne

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A l'occasion des 150 ans de la défaite de 1871, et de l'annexion de la Moselle et de l'Alsace par l'Allemagne, Jérôme nous raconte cette époque et nous rappelle toutes les conséquences qu'elle a encore de nos jours. Nous nous souvenons des "optants".

Une Lorraine et une alsacienne
Une Lorraine et une alsacienne

La Lorraine est coupée en deux et en Moselle les habitants doivent choisir

La Lorraine est donc coupée en deux par ce traité de Francfort qui entérine l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace et de la Moselle. Et se pose bien vite la question de la nationalité. Sont-ils Allemands ou sont-ils Français ces gens qui vivent des deux côtés de la nouvelle frontière et qui, jusqu’à ce jour de mai 1871, étaient tous Français. La réponse allemande va entrainer des conséquences étonnantes. Le traité de Francfort laisse le choix aux habitants des régions annexées d’opter pour la nationalité française. 

Ils deviennent donc des « optants » pour leurs concitoyens. On leur laisse le choix de rester chez eux, mais de devenir Allemands, ou de rester Français mais, du coup, de quitter la zone annexée. Un choix impossible pour l’immense majorité des Lorrains annexés parce qu’il suppose de tout plaquer et de partir avec son capital. Impossible, par exemple, quand on est paysan, de partir avec ses champs. Impossible quand on est ouvrier, mineur par exemple, de partir ailleurs chercher un travail qu’on n’est pas sûr de trouver. Et il faut tout abandonner, notamment la maison pour les uns, le commerce pour les autres. La France propose des bourses pour aider les plus pauvres à s’installer en France, mais elles ne couvrent pas la perte qu’un départ peu causer.

La nouvelle carte de Lorraine et d'Alsace
La nouvelle carte de Lorraine et d'Alsace

Et le choix n'est pas toujours possible, surtout pour les plus pauvres

Du coup, la plupart des optants sont plutôt aisés et vont s’installer en Lorraine restée Française. On n’est pas bien sûr du nombre d’optants, mais des sources parlent d’un peu plus de 450 000 demandes au départ, pour 150 000 en réalité. Des optants qui partent pour Paris, l’Algérie, les Etats-Unis mais aussi et surtout en Lorraine restée française. Ce qui entraine d’énormes changements. Avec leurs fortunes, des Lorrains de Moselle, des Alsaciens, viennent s’installer à Epinal, Nancy, Lunéville et y fondent de nouvelles entreprises, générant beaucoup de travail et faisant grandir les villes qui les accueillent.

Les optants
Les optants

La naissance de grandes entreprises à Nancy, Epinal, Lunéville et dans les Vosges

Daum, si célèbre à Nancy, est née de l’arrivée d’un notaire de Bitche qui rachète une verrerie nancéienne et en fera l’une des plus grandes entreprises de luxe français. Berger Levrault s’installe à Nancy. 

Ces fortunes qui s’installent à Nancy vont aussi apporter beaucoup d’argent aux artistes. C’est l’une des causes de l’émergence de l’Ecole de Nancy que ces riches optants qui aiment la mode dernier cri, quelle soit vestimentaire ou architecturale, et qui n’hésiteront pas à dépenser des fortunes pour posséder des maisons au goût du jour dans une ville qui grossi a vue d’œil avec l’annexion. Dans les Vosges, les filatures sont fondées ou reprises par des Alsaciens optants qui font du département, avec le nord, l’atelier de tissage de la France. 

Ces réussites ne doivent pas faire oublier plusieurs choses. D’abord tous ceux qui ont du rester et devenir Allemands bien malgré eux, ensuite ces familles qui ont été coupée en deux, certains restant en Moselle et devenant Allemands, certains membres quittant le département pour rester Français. Et dans les villes restée françaises, l’accueil n’a pas toujours été joyeux, à Nancy il n’est pas rare d’entendre «C’est un Messin» pour reprocher quelque chose à un de ses voisins qui vient de Metz et qui a opté pour la France. 

On ne s’invite pas forcément. Il faudra du temps pour que les choses s’apaisent, et il est parfois amusant de voir des gens si nancéiens, et parfois anti-messins, ne pas toujours savoir que leur aieul venait de Metz à l’origine. L’Histoire est pleine de surprises.

flacon signé DAUM Nancy
flacon signé DAUM Nancy © Radio France - Jérôme Prod'homme
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