Replay du jeudi 13 mai 2021

« Le regard d’Hélène » s’expose dans le musée et dans la rue. Et une réflexion philo sur la rencontre

- Mis à jour le

Avec le Palais des Beaux-Arts de Lille, l’exposition d’Hélène Marcoz se prolonge dans l’espace public. La plasticienne nous présente ses œuvres et sa façon de les composer. Et Nassim El Kabli pour la bulle de philo

D’après Théodule Augustin Ribot
D’après Théodule Augustin Ribot - Hélène Marcoz

Moi j’essaye de retenir le temps et de poser le regard dans une société où tout va très vite

L’exposition d’Hélène Marcoz au Palais des Beaux-Arts n’a pu être présentée au public du fait de la fermeture des musées. Qu’à cela ne tienne, c’est dans la ville qu’elle est maintenant visible.

Still alive, Pivoines roses (3) 2011, 66 cm x 60 cm photographie argentique couleur
Still alive, Pivoines roses (3) 2011, 66 cm x 60 cm photographie argentique couleur - Hélène Marcoz

L’artiste plasticienne, vidéaste et photographe nous parle de son travail et ses inspirations.

"C’est le passage inexorable du temps qui m’intéresse et aussi le rapport que l’on a au temps. Parfois le temps s’étire, quand on a un accident par exemple on a l’impression de pouvoir revivre chaque seconde et à d’autres moments le temps va à une vitesse folle"

D’après Alfred Agache 2019, 85 x 74 cm photographie numérique couleur
D’après Alfred Agache 2019, 85 x 74 cm photographie numérique couleur - Hélène Marcoz

"Le Regard d’Hélène" - photographies d’Hélène Marcoz - En ville, du 05 mai au 12 septembre (gratuit) - Au musée du Palais des Beaux-Arts, du 19 mai au 12 septembre (inclus dans le billet d’entrée - gratuit pour les moins de 30 ans et pour tous le 1er dimanche du mois).

La bulle de philo de Nassim El Kabli

Les lieux culturels, les terrasses vont ouvrir. N’est-ce pas aussi  la réouverture des espaces de rencontre ? 

Les rencontres ne se font pas n’importe où. Certains lieux favorisent des rencontres directes, simples, des rencontres sans façon et sans arrière-pensée. C’est notamment le cas des bars.  On parle à son voisin de table, à ceux qui sont au comptoir. La parole est ici le moteur de la rencontre. D’autres lieux, comme les musées ou les salles de spectacle, sont aussi des occasions de rencontre. Mais ces rencontres sont moins naturelles. Devant un tableau, on n’est pas incité à adresser la parole à son voisin. Pourtant, quoi de plus puissant que d’être rassemblés en un même lieu pour écouter de la musique, pour voir et entendre des comédiens ?

On dit souvent des artistes qu’ils vont « à la rencontre de leur public ». Mais le public va aussi à la rencontre du public !

Ces rencontres sont essentielles mais, le plus souvent, elles ne durent pas. Qu’est-ce qui fait qu’une rencontre se transforme en relation d’amitié ou en relation amoureuse ?

Les rencontres éphémères sont de courtes histoires closes sur elles-mêmes. Mais certaines rencontres nous laissent un goût d’inachevé. On sent qu’elles portent la possibilité d’une histoire plus longue, d’une véritable histoire en fait. Cela commence par un sentiment étrange : nous sommes face à une inconnue ou un inconnu, et pourtant tout se passe comme si nous étions déjà complices. C’est le ressort du film émouvant de David Lean, Brève rencontre (1945). Cette complicité naissante est une promesse – la promesse d’une histoire qui s’écrira à deux. Dans le désir de prolonger la rencontre se mêlent l’excitation de la nouveauté et le sentiment confus que cette personne est « la bonne personne ». Ce sentiment spontané de complémentarité nous apprend que la rencontre avec l’autre est aussi rencontre avec soi.

En quel sens s’agit-il d’une rencontre avec soi ?

Nous ne sommes pleinement nous-mêmes qu’avec les autres. L’autre n’est pas seulement celle ou celui avec qui nous partageons des moments de plaisir ou de peine. L’autre nous fait être, il suscite en nous des manières de penser ou de sentir, il nous incite à nous dépasser et à nous découvrir autre que ce que nous étions avant de le rencontrer. Le philosophe Vladimir Jankélévitch définit la rencontre amoureuse comme « une aventure qui ressemble à une œuvre d’art ». Non pas une œuvre d’art que l’on contemple dans un musée, mais une œuvre d’art que l’on façonne à deux et qui reste toujours à faire.

Nassim El Kabli, philosophe, professeur de philosophie et de philosophie de l’éducation à l’Inspé de Douai

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Gérer mes choix

Mots clés: