Des Hommes et des Chevaux

Des hommes et des chevaux - Episode 05 - le barbe

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Cheval barbe - photo : Alexander Kastler

Le cheval des Berbères a essaimé dans le monde entier : jusqu’aux Amériques.

Si le cheval barbe porte ce drôle de nom, ce n’est pas parce qu’il est barbu. C’est parce qu’il vient du pays des barbares. Mais, là non plus, il ne faut pas confondre : au départ, l’expression « barbare » ne s’appliquait pas à des populations spécialement sauvages. D’origine grecque, le mot servait seulement à désigner tous ceux qui n’étaient pas Grecs – et en particulier les habitants de l’Afrique du nord, qu’on appelle aujourd’hui, par déformation encore, les Berbères. Le barbe est donc le cheval des Berbères. Leur histoire, leurs destins, sont indissociables.

Cela commence bien avant l’ère chrétienne. Lorsque le grand chef carthaginois Hannibal envisage d’aller frapper l’empire romain en plein cœur, il ne se contente pas d’utiliser une quarantaine d’éléphants, le char d’assaut de l’époque (qui mourront presque tous lors du franchissement des Alpes) : il est accompagné d’une puissante cavalerie composée de Numides – tribus berbères – grâce à laquelle il parvient, en 211 avant Jésus-Christ, aux portes de Rome.

Neuf siècles plus tard, les Arabes utiliseront à leur tour des cavaliers berbères pour partir à la conquête de l’Europe. Ce seront cette fois des Zénètes, qui laisseront des traces profondes, au moins dans le vocabulaire : de nos jours encore, en Espagne, un cavalier est un jinete (déformation probable du mot zénète). Et le magnifique produit du métissage entre les barbes et les chevaux ibères sera appelé, par dérive de prononciation, le genet d’Espagne.

C’est ce cheval que les conquistadores importeront en Amérique : du sang barbe coule dans les veines des chevaux des cow-boys et des Indiens ! Il en coule aussi dans les veines du cheval qu’on appelle le pur-sang anglais, une race créée au milieu du XVIIIème siècle à partir de trois étalons orientaux. Parmi eux, un barbe, Godolphin, qui avait été offert au roi Louis XV par le bey de Tunis.

De nos jours, le cheval barbe connaît une véritable renaissance, spécialement au Maroc, où il est utilisé aussi bien dans les sports et le tourisme qu’à l’occasion des fêtes traditionnelles.