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Manifestation devant la Maison de la Radio à Paris, le 8 juin 1968.
Manifestation devant la Maison de la Radio à Paris, le 8 juin 1968. © Getty

Mai 68 : des médias et des hommes

Diffusion du vendredi 11 mai 2018 Durée : 5min

Soumise à l’État qui la commande, la radiotélévision, connue sous le nom d’ORTF, verra nombre de ses journalistes choisir de dire les choses telles qu’elles sont au risque de perdre leur emploi.

Ah les médias. Qu’ils parlent on leur reproche. Qu’ils ne parlent pas on leur reproche aussi. Et mai 68 n’échappe pas à la règle. La presse écrite couvre évidemment les événements, les manifestations. 

En ce qui concerne la télévision, il n’y a que deux chaînes et leur structure est publique : c’est l’ORTF. Au départ, elle qui dépend directement du gouvernement, n’aborde que légèrement les événements. Elle en donne une version édulcorée voire contre les manifestants, ce qui donne naissance à la célèbre affiche : ORTF 20H la police vous parle. Elle est aussi parfois touchée par la grève de son propre personnel. 

Ce qui révèle Mai 68 aux Français c’est décidément la radio. On découvre les reportages en direct. Des appareils permettent aux journalistes de faire leurs papiers au plus près des événements, on entend pétarder au loin quand le journaliste décrit ce qu’il voit. Le conflit devient réel. Humain. Proche. Les radios prennent la main, et les auditeurs prennent les radios. On l’a dit mai 1968 c’est l’époque de la prise de parole, et elle se fait aussi à l’antenne. Si au départ ce sont les radios périphériques qui couvrent le plus mai 1968, les journalistes du service public prennent la parole à leur tour et refusent de donner un seul point de vue. Ils mettent même en place un comité des 5 qui doit veiller à la pluralité des opinions sur les événements. 

Le premier ministre Georges Pompidou est furieux. Il déclare à l’Assemblée nationale le 14 mai « Je ne peux pas ne pas souligner le rôle néfaste, de radios qui, sous prétexte d'information, enflammaient quand elles ne provoquaient pas ! Entre le souci de recueillir les explications des manifestants et l'appel à la manifestation, il n'y a qu'un pas et qui fut franchi parfois allègrement ». 

De son côté, le général a dit au ministre de l’information Georges Gorse « Pour l’ORTF vous reprenez les choses en mains, vous mettez les trublions à la porte et voilà ». Qu’importent les conséquences, les journalistes iront au bout de leur métier en bricolant côté technique. Ils ont été prévenus et certains le paieront cher. Ils sont plus de 60 à être virés par le gouvernement.

Cette mainmise de l’Etat sur les médias marquera profondément les esprits. Elle aboutira des années plus tard à la naissance des radios libres.