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Ils ont fait l’Histoire !

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Mme Anna Coleman Ladd travaille sur un masque de prothèse porté par un soldat français pour dissimuler sa défiguration, subie pendant la Première Guerre mondiale, en juillet 1918.
Mme Anna Coleman Ladd travaille sur un masque de prothèse porté par un soldat français pour dissimuler sa défiguration, subie pendant la Première Guerre mondiale, en juillet 1918. © Getty - Interim Archives

Sculptrice, elle réalise des masques pour les « gueules cassées »

En 1918, la guerre ne s’est pas arrêtée d’un coup d’un seul pour de nombreux Français. De nombreuses familles ont pleuré des proches emportés par la tourmente qui a tué 1 500 000 soldats Français. Il y a autant blessé. Parmi eux « les gueules cassés ».

Environ 15000 hommes dont le visage a été irrémédiablement abîmé lors des combats. C’est d’ailleurs à cette époque que naissent les prémices de ce qu’on appelle la chirurgie esthétique. Beaucoup de ces gueules cassées ne peuvent pas sortir de chez eux. Fuyant le regard effrayé des passants. Les pleurs des enfants. La tristesse de leurs proches. C’est dire si ce que va faire Madame Anna Coleman sera utile. 

Anna Coleman Ladd, américaine, née à Philadelphie en 1878, passe sa jeunesse en Europe où elle apprend la sculpture avant de gagner Boston où elle épouse un médecin. Elle continue à sculpter. Des fontaines, des nymphes, des lutins. L’une de ses œuvres, « triton babies » est même montrée lors de l’exposition universelle de Chicago en 1915. Pendant la Grande Guerre, son mari, le docteur Ladd, membre de la Croix Rouge, s’installe en France pour aider. Et Anna découvre l’indicible souffrance des gueules cassés. Touchée au cœur par ces soldats défigurés, elle veut les aider. Elle entend parler de Francis Derwent Wood, un artiste anglais qui s’emploie à fabriquer des masques pour cacher les mutilations et rendre un visage acceptable aux soldats. Anna trouve l’idée géniale, et elle s’emploie aussitôt à faire la même chose à Paris. 

Une histoire racontée par Jérôme Prod'homme

Dans un studio, elle fabrique des masques correspondant aux parties manquantes du visage. Des masques qu’elle renforce au cuivre. Qu’elle corrige pour qu’ils ne fassent pas mal. Elle les peint de la couleur la plus proche de celle de la peau de l’homme qui porte son travail. Anna Coleman Ladd fabriquera 185 masques au total avant que son atelier ne soit fermé par la Croix Rouge faute d’argent en 1919. 

185 masques qui ont atténué la tristesse de vie brisée. Dont deux, au moins, ont permis à leur propriétaire de renaître à la vie pour l’un, d’épouser la femme de sa vie pour l’autre, comme l’attestent leurs lettres enthousiastes. Décorée de la Légion d’Honneur en 1932, Madame Coleman est morte en 1939 au soir d’une vie de talent. Un talent qu’elle a dédié aux autres.