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M. Sellier, qui a donné le signal au clairon du "Cessez le feu" le 7 novembre 1918, a répété son geste au même endroit, à La Capelle, à la frontière belge, pour célébrer l'anniversaire de l'Armistice.
M. Sellier, qui a donné le signal au clairon du "Cessez le feu" le 7 novembre 1918, a répété son geste au même endroit, à La Capelle, à la frontière belge, pour célébrer l'anniversaire de l'Armistice. © Getty - Hulton Archives

Sellier, l’homme qui a sonné le cessez-le-feu en 1918

Diffusion du lundi 5 novembre 2018 Durée : 4min

Après plus de 1500 jours de guerre qui ont fait 1 500 000 morts, 300 000 blessés graves, c’est Pierre Sellier qui a fait claironner pour la première fois la voix de la paix au milieu des tranchées la veille de son anniversaire.

La Capelle, dans l’Aisne, QG du 171eme régiment d’infanterie, le 7 novembre 1918. Il est 20H20. Dans la pénombre on distingue la première voiture du convoi allemand qui arrive. Elle est surmontée d’un drapeau blanc qui claque dans l’air humide. Elle s’arrête devant le Capitaine Lhuillier qui a été chargé d’accueillir les représentants allemands venus négocier l’armistice, alors que l’armée allemande ne résiste plus aux coups de boutoir des alliés.

Le capitaine Lhuillier fait un signe au caporal Pierre Sellier. Le garçon aura 26 ans le lendemain. Mais le grand jour. Son grand jour c’est aujourd’hui. Il embouche avec émotion son clairon. Il en a sonné des ordres. Mais celui-là, c’est celui que chacun appelle depuis des années depuis le fond des tranchées boueuses : l’ordre de cessez-le-feu. Monté sur le marchepied de la voiture allemand, Sellier sonne à pleins poumons. Le convoi allemand traverse donc le front et personne ne tire puisqu’il a été ordonné de cessez-le-feu. Il continue sa route vers la forêt de Rethondes où les négociations devraient aboutir à l’armistice. Sellier l’espère. Au loin d’autres clairons ont repris son cessez-le-feu, puis, sans ordre, ils se sont mis à jouer la Marseillaise. À minuit, les combats reprennent. Il y aura encore des morts les 8, 9, 10 et même 11 Novembre.
Le Caporal Sellier reprendra son clairon une dernière fois, le 11 novembre 1918, comme des milliers d’autres clairons sur tout le Front, pour annoncer l’armistice. Devenu célèbre après guerre, Pierre Sellier n’a jamais cédé aux trompettes de la Renommée. 10 ans après, aux Américains qui lui proposaient une tournée triomphale aux États-Unis, Sellier a dit non. Quand ils lui ont proposé une somme folle pour lui acheter son clairon, Sellier a dit non. 

Il a offert son instrument au Musée de l’Armée. Il se trouve aux Invalides. Sellier a dit non et il a bien fait. Parce que ce clairon n’était pas le sien, mais le clairon qui annonçait la fin de 1561 jours de combats. C’était le clairon des 1 500 000 qui sont  morts pour la France, de leurs parents, femmes, enfants, des blessés, des poilus tous ensemble. En fait, le Clairon du Caporal Sellier appartient pour toujours à l’histoire et à la France.