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Julie Daubié première, bachelière de l’Histoire et Olympe de Gouges, auteure de la « Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne »
Julie Daubié première, bachelière de l’Histoire et Olympe de Gouges, auteure de la « Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne » - Julie Daubié © Maxppp . Olympe de Gouges © Getty Images

Semaine droits des femmes : Olympe de Gouges et Julie Victoire Daubié

Diffusion du jeudi 8 mars 2018 Durée : 5min

Souvenons-nous d'Olympe de Gouges. Elle qui fut à l’origine de « la déclaration universelle des droits de la Femme et de la Citoyenne » lors de la Révolution Française. Nous nous souviendrons également de la première femme à avoir obtenu son baccalauréat. Elle s’appelait Julie Victoire Daubié.

Olympe de Gouges force le respect. Elle qui s’est battue, entre autres, pour qu’on reconnaisse que la femme est l’égale de l’homme. Ah c’est sûr de nos jours c’est évident, mais quel combat pour en arriver là. Et ce combat est passé par la vie de Marie Gouze. Ah oui, Olympe de Gouges est un nom de plume. Marie Gouze, fille de petit commerçant de Montauban s’est mariée très jeune. À 17 ans avec un mari brutal et idiot qui la libérera des obligations du mariage en se noyant malencontreusement dans les eaux du Tarn. Devenue maman, Marie s’est découvert une passion pour l’écriture. La Loi de l’époque interdisant à une femme de publier sans l’accord de son mari, elle préfère rester veuve pour pouvoir écrire librement. Elle quitte Montauban pour monter à Paris où elle devient Olympe de Gouges, fréquentant les salons à la mode, lançant son propre théâtre et surtout écrivant. On lui doit l’un des premiers ouvrages contre l’esclavage en 1785. Elle sera d’ailleurs citée par l’Abbé Grégoire dans la liste, je cite « Des hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux noirs ». Oui des hommes. Si elle n’était pas morte avant la sortie de cette liste, elle aurait hurlé en lisant l’abbé Grégoire tant elle a lutté pour qu’on reconnaisse qu’une femme est l’égale de l’homme. 

Engagé dans la Révolution Française, elle prône le droit au divorce et sera d’ailleurs exaucée en 1792, mais elle sidère les élus en sortant sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle y affirme dans l’article premier « La femme naît et demeure l’égale de l’homme en droit ». Ou encore dans l’article 10 « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune ». Elle aura effectivement le droit de monter à l’échafaud, à l’âge de 45 ans, le 3 novembre 1793 après s’être écriée « Enfants de la Patrie vous vengerez ma mort ». Son vœu de voir les femmes monter à la tribune ne sera exaucé que le 21 octobre quand les trente-trois premières femmes élues députées feront leur entrée à l’Assemblée Nationale. 156 ans après la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée par Olympe de Gouges.

Julie-Victoire Daubié

17 août 1861. Devant Julie-Victoire Daubié les examinateurs sortent les boules qui révéleront le résultat. Boule blanche pour dire oui. Boule noire pour dire non et boule rouge pour s’abstenir. 6 boules rouges. 6 abstentions. 1 boule noire déjà. Mais aussi une boule blanche. L’avant dernier membre du jury sort… une boule blanche. C’est donc fait. Par 3 votes pour, 1 vote contre et 6 absentions, Julie-Victoire Daubié, née le 26 mars 1824 à Bains-les-Bains dans les Vosges, devient donc la première femme à obtenir le baccalauréat. Depuis le XIIIe siècle et les premiers bacheliers, ou même plus récemment depuis le décret du 17 mars 1808 par Napoléon, on n’avait jamais vu une femme non seulement se présenter mais en plus remporter l’examen. Il faut dire qu’elle n’a jamais rien lâché Julie-Victoire.

Elle a obtenu d’être institutrice en passant son certificat de capacité, à l’âge de 18 ans. Certificat obligatoire pour permettre à une femme laïque d’enseigner. Et Julie-Victoire de dénoncer le fait que les religieuses pouvaient enseigner sans avoir à passer ce fameux certificat. Comme si leur condition de religieuse leur donnait le savoir et le don d’enseigner. Très jeune, elle écrit beaucoup. Son manuscrit sur « La femme pauvre au XIXe siècle par une femme pauvre » est récompensé par l’Académie de Lyon. Elle devient l’une des premières femmes journalistes, et lors de l’Exposition universelle de 1867, on lui remet un prix spécial pour l’ensemble de son œuvre. 

La légende dit que le ministre de l’instruction Gustave Rouland n’aurait pas voulu signer le diplôme du baccalauréat obtenu par Julie-Victoire Daubié, parce qu’il craignait de ridiculiser l’institution en permettant à une femme de l’obtenir. On dit que c’est l’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, qui serait intervenue personnellement pour forcer le ministre à faire son devoir. Revenue en Lorraine, Julie-Victoire Daubié écrira encore beaucoup autour de, je cite « L’émancipation progressive de la femme » avant de disparaître à seulement 50 ans. Elle serait heureuse, je crois, de savoir qu’au moins sur le papier, aujourd’hui on enseigne aux femmes autant qu’aux hommes.

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