Replay du dimanche 30 mai 2021

Les produits phytosanitaires : anges ou démons ?

Souvent victime d’une confusion terminologique avec le mot "pesticide" dérivé de l'anglais "pest", récemment devenu à la mode, le produit phytosanitaire est un auxiliaire très souvent nécessaire pour défendre les cultures. Mais quel est sa réelle dangerosité ?

traitement phytosanitaire
traitement phytosanitaire © Getty

Qu’est-ce qu’un produit phytosanitaire ?

Le terme officiel définit dans la législation française est "produit phytopharmaceutique à usage agricole et assimilé" plus souvent contracté sous la forme "produit phytosanitaire" ou "phyto" dans le langage professionnel agricole.
Alors que le mot "pesticide" n’est pas défini dans cette même législation. Il prend donc plusieurs significations au gré de l’humeur de celui ou celle qui l’emploie.

De quoi est-il composé ?

En premier, d’une (ou plusieurs) "substance active" qui désigne la molécule utilisée. 

Y est souvent ajouté un "produit surfactant" neutre qui aide à la répartition et à la fixation du produit sur les plantes mais qui lui, n’est pas une substance active et d’un excipient (QSP) qui dilue la molécule.  

image 3D d'une molécule chimique
image 3D d'une molécule chimique © Getty

Comment est-il mis sur le marché ?

A l’exception des "substances de base", pour être commercialisé et utilisé en culture, toute spécialité commerciale doit disposer d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) délivrée par l’état. 

Pour obtenir une AMM, la firme candidate doit déposer un dossier complexe précisant le champ d’action du produit, les risques qu’il présente sur la santé et l’environnement et ses modes d’application. Mais auparavant la substance active doit avoir été approuvée par l’Union Européenne, elle aussi délivrée à la suite de nombreux tests réalisés par des organismes indépendants.
Cette AMM est donc une garantie sur une certaine "innocuité" du produit. 

Par exemple une AMM décrit précisément : 

Contre quel parasite le produit peut être utiliser,
Sur quelles cultures (espèces de plantes),
A quel stade de la culture, à quelle époque de l’année,
Les dimensions des Zones Non Traitées (ZNT),
Les délais de rentrée dans le champ traité (DR),
Les délais avant récolte (DAR),
Les limites maximales de résidus (LMR) autorisées.

En plus de cela les produits disposent de fiches de données de sécurité disponible aux acheteurs et utilisateurs en respect du règlement européen REACH.
Une AMM est délivrée pour une durée déterminée définie par la réglementation en vigueur. Elle peut être retirée à tout moment dès qu’un soupçon sérieux de dangerosité nouvellement découverte.   
L’emballage des produits porte obligatoirement des « phrases de sécurité » correspondant aux précautions à prendre pour l’utilisation du produit.
Le nom de produit indiqué dans l’AMM doit OBLIGATOIREMENT figurer sur l’emballage de tout produit phyto. 

Quelles sont les personnes qui peuvent utiliser, vendre ou conseiller un produit ?

Il y a, en France, une réglementation très contraignante sur les personnes ou les entreprises qui ont le droit de manipuler, vendre des produits phytosanitaires ou prodiguer des conseils en utilisation des ces produits. 

Les personnes physiques qui jouent un rôle dans la filière des produits phytosanitaires doivent être titulaires d’un certificat de capacité communément appelé CERTIPHYTO;
Les entreprises doivent être détentrice d’un agrément du service de la protection des végétaux.

Quels types de produits accessibles au grand public ?

Les jardiniers amateurs n’étant, en principe, pas titulaires d’un CERTIOHYTO, la liste des produits phytosanitaires qu’ils peuvent acheter et utiliser est très restreinte. Ce sont les spécialités commerciales qui bénéficient de la mention EAJ, emploi autorisé en jardins (amateurs).
Depuis 2019, ces produits sont obligatoirement inclus dans la liste des produits de biocontrôle. Par exception issue de la loi "Royal", les produits bénéficiant de la mention UAB, utilisable en agriculture biologique, peuvent avoir cette mention EAJ même s’ils ne répondent pas aux critères de sécurité et environnementaux exigés pour un produit de biocontrôle.

Les substances de base

La réglementation a créé une liste de "substances de base" qui est constituée uniquement de produits d’origine naturelles pouvant être fabriqués par une personne non professionnelle, sans équipement particulier. Par exemple le vinaigre d’alcool est une substance de base.
Une substance de base peut être commercialisée par des entreprises non agrées et des personnes non certifiées.
Cette liste est consultable sur : https://www.inao.gouv.fr/content/download/1772/17584/version/12/file/_19_02_04_Substance%20de%20base_V%C2%B0%20site_Copie%20non%20prot%C3%A9g%C3%A9e.xlsx 

Quelques explications sur la sécurité des produits. 

Les EPI, 

Les équipements de protection individuelle sont des équipement spéciaux, normalisés (masque homologué, gants, bottes, combinaison, tablier) nécessaires à la protection des personnes manipulant des produits phyto. 

opérateur vétu de ses EPI
opérateur vétu de ses EPI © Getty

Les étiquettes des emballages de produits phyto

Chaque emballage de produit phytosanitaire doit être muni d'une étiquette portant un certain nombre de mentions dont :
Le nom officiel du produit (celui de l'AMM),
La ou les substances actives entrant dans sa composition et leurs dosages.
Les "phrases de risque" (H) réglementaires ainsi que les phrases S de sécurité.
Eventuellement, suivant les phrases H un pictogramme de toxicité, ou d'écotoxicité.

Les ZNT,

Les zones non traitées sont des bandes de terrain en bordure des champs qui ne peuvent pas être traitées. La largeur des ces bandes est variable suivant les produits utilisés et de la proximité de points d’eau ou de zones naturelles pouvant abriter la faune sauvage. Maintenant il existe aussi une ZNT pour les habitations. La largeur de la ZNT est mentionnée dans l’AMM lorsqu'elle est supérieure à la distance minimale réglementairement obligatoire.

Les délais de rentrée,

Après un traitement, la zone traitée est interdite d’accès à toute personne non munie des EPI de traitement pendant une durée minimale de 6 heures, mais qui peut aller jusqu’à 48 heures suivant les produits ou en lieu cols (serre). Ce délai est mentionné dans la fiche de donnée de sécurité.

Les FDS

La fiche données de sécurité est un document officiel relevant du règlement européen REACH. Elle comporte 16 items parfois très techniques, ce qui la rend complexe et peu lisible pour un amateur. Elle est obligatoirement fournie à chaque acheteur professionnel.
Elle est intéressante car elle mentionne toutes les phrases de risque et les phrases de sécurité liées au produit.

Les DJA,

La DJA, dose journalière admissible est la quantité de substance active qu’un individu peut recevoir ou ingurgiter chaque jour sans avoir de troubles de la santé. Ces doses sont issus de calculs complexes à partir de résultats d’une batterie de test de toxicité. Elles intègrent des marges de sécurité très larges.

Les LMR,

La limite maximale de résidus est la quantité de produit pouvant rester dans une plante au moment de sa mise sur le marché. Cette limite est calculée en divisant la DJA au moins par mille. Une LMR s’exprime en général en microgrammes par kilo de végétal.

Les DAR

Le délai avant récolte est la durée minimale entre le dernier traitement effectué avec un produit phytosanitaire et la date de récolte. Ce délai est spécifique à chaque spécialité commerciale (AMM). Le délai le plus court est de 24 heures, il est applicable pour des produit dont la toxicité est extrêmement faible comme par exemple un produit à base de la levure Saccharomyces cerivisae souche LAS117 qui est une souche de levure de bière.

Les produits de biocontrôle,

Ce sont des produits d’origine naturelle peu transformés ou copiant fidèlement des produits naturels dont la toxicité et l’écotoxicité répondent à des limites strictes définies par arrêté ministériel.
Lien : https://ecophytopic.fr/reglementation/proteger/liste-des-produits-de-biocontrole
La liste de ces produits inclut des organismes vivants. Ils constituent un des piliers de la politique nationale de réduction des produits phytosanitaires.
La loi prévoit que tous les produits de cette liste sont éligibles à la mention EAJ.
Cette liste est remise à jour régulièrement.

Pulvérisateur à pression préalable pour jardiniers amateurs
Pulvérisateur à pression préalable pour jardiniers amateurs - Jacques Ginet

A noter : Cette liste est plus restrictive et plus sûre que la liste des produits UAB car elles aussi basée sur les risques que présentent ces produits, ce qui n’est pas le cas pour les produits UAB.

Posez toutes vos questions au cours de l’émission jardinage, le dimanche matin sur France bleu Isère de 9 heures à 10 heures, en appelant au 04 76 46 45 45

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