Replay du vendredi 22 février 2019

L'Aiglon, la salle de spectacle de Bordeaux

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L’Aiglon ? Cela vous dit quelque chose ?

La jeunesse des années 50 veut oublier la guerre
La jeunesse des années 50 veut oublier la guerre

C'était une salle de bal et de spectacle, utilisée aussi pour des conférences, située au premier étage d’un bel immeuble de la Place Puy Paulin à Bordeaux, qui avait pris le nom du fils de Napoléon, l’Aiglon, titre aussi de la pièce d’Edmond Rostand racontant le destin de ce garçonnet au main du ministre autrichien Metternich et veillé par un grenadier de la garde du nom de Flambeau. Cela ne s’invente pas, sacré Edmond va ! Il n’a pas eu son pareil pour cultiver en 1900, la fibre patriotarde et tricolore. Mais revenons à L’Aiglon, place Puy Paulin à Bordeaux, qui accueille dans les années cinquante et soixante, jusque dans les années 70, des baloches le dimanche après-midi où des jeunes filles sages attendent qu’on les invite, où des marins à pompons et des soldats en goguette viennent chercher l’émotion fugitive d’un slow au corps au corps. 

Mais cette belle salle au parquet impeccable a vu aussi la Fête du Têt des vietnamiens de Bordeaux, des conférences de Roger Garaudy sur un Réalisme sans rivage ou des soirées anticolonialistes pleines de discours indignés chaque 21 février. En avril 1961, le poète Arthur Adamov y vint parler de sa pièce de théâtre « Printemps 71 »  écrite et jouée pour les 90 ans de la Commune de Paris. A Alger,  le putsch d’un quarteron de généraux menaçait la République et Adamov avait ce soir là transformé la tribune de l’Aiglon en barricade virtuelle. Heureux temps où la vie publique avait un sens !