L'histoire du jour de Michel Cardoze

Du lundi au vendredi à 7h55 et 12h50

Mai 1968 c'était aussi à Bordeaux et en Gironde
Mai 1968 c'était aussi à Bordeaux et en Gironde - France Bleu

Comparaison n'est pas raison ! Et c'est vrai aussi pour les événements de 1968 et de 2018

Diffusion du mardi 11 décembre 2018 Durée : 2min

Hasard des anniversaires, les Archives Départementales de la Gironde saluent le cinquantenaire des événements de Mai-Juin 1968 en Gironde par une belle exposition.

Utile aussi, car le printemps 68 est à la fois oublié dans les détails, dans sa longue gestation, et présent dans les mémoires un peu comme une sorte de mythe. En terme de violence au sens strict du terme, mai 68 à Bordeaux a connu deux moments hors du commun: l’occupation du Grand Théâtre et une nuit de barricades vite balayées. L’occupation du Grand Théâtre a été l’occasion d’une scène peu ordinaire : le préfet Gabriel Delaunay est allé au contact, montant sur la scène du Théâtre, faisant état de sa propre histoire de résistant, donc révolté, face à l’occupant nazi,  et disant aux manifestants : « je ne peux vous donner ce Théâtre, car il ne m’appartient pas ». Les manifestants ont quitté les fauteuils rouges sans dommage. Plus tard, 26 mai, après un discours du Président de Gaulle, les cortèges de manifestants seront aux prises avec les forces de police. Heurts jugés violents, des groupes tentent de forcer les portes de l’Hôtel de ville, il s’en suit une vigoureuse riposte policière. On parlera d’une nuit des barricades. Avec blessés. On ouvrira un poste de secours médical au Café des Arts.  Mais ce printemps 68 à Bordeaux, comme ailleurs, ce sont surtout d’imposants cortèges ouvriers, d’importants cortèges étudiants, une place de la Victoire noire de monde, des usines, des grands magasins, des administrations occupées et gardées jalousement, la culture dominante était alors celle de la préservation de l’outil de travail, on l’entretenait même pendant les grèves. Les temps ont changé et il est parfois douloureux de penser ces changements,  sociaux, économiques certes, mais à mon avis culturels au premier chef. La production de biens matériels par le travail, les biens matériels eux même, tout cela domine-t-il encore notre culture? Le chaos de ces samedis passés, est peut-être une métaphore caricaturale d’une distance prise avec le travail lui-même, une sorte de ricanement morbide de l’ère du trop plein, du gaspillage, du jetable et du déchet. Pour en savoir plus sur l'exposition aux archives départementales suivez le lien.