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Nicolas Mathieu est en lice pour le prix Goncourt notamment
Nicolas Mathieu est en lice pour le prix Goncourt notamment © Radio France - Cédric Lieto

Nicolas Mathieu : "Le Goncourt, c'est comme le loto, on peut en rêver mais il ne faut pas trop y compter"

Diffusion du mardi 2 octobre 2018 Durée : 5min

La deuxième liste du prestigieux prix Goncourt sera connue ce mardi 2 octobre. L'auteur lorrain, installé à Nancy, Nicolas Mathieu faisait partie de la première liste pour son deuxième roman "Leurs enfants après eux" chez Actes Sud. Comment vit-il cette aventure ? Rêve-t-il du prix ? Entretien

France Bleu Lorraine : On connaîtra ce mardi la deuxième liste des livres retenus pour le Prix Goncourt. Est-ce qu'il y a un stress particulier ?

Nicolas Mathieu : Un stress particulier ? Non. C'est simplement qu'on s'y trouvait bien, on aimerait bien rester encore un peu plus longtemps. Tant qu'on reste dans cette liste, il y a une attention qui s'exerce sur nous qui est profitable au livre. Donc on espère que ça va durer un petit  peu.

Depuis que la première liste est sortie lors du "Livre sur la place" début septembre, est-ce que votre vie a changé ? 

C'est difficile de mesurer l'effet de cette liste, l'effet de la rentrée, l'engouement des libraires autour du livre...Mais oui, je vois bien que dans le regard de certaines personnes, il y a des choses qui ont changé. Ca donne un supplément de légitimité. On est adossé à une institution qui est très prestigieuse. Quand je demande un congé à mon chef pour pouvoir aller en librairie ou faire un salon, c'est vrai que je n'ai pas tellement de problèmes.

Parce que le prix Goncourt parle à tout le monde ? Même à celui qui ne lit pas forcément 25 livres par an ?

Oui, c'est très prestigieux. Je ne m'en étais pas vraiment rendu compte avant mais c'est une chance énorme et on vous accorde à partir de là beaucoup d'attention.

Est-ce que l'on fait campagne pour le prix Goncourt ?

Moi, je n'ai pas fait campagne. Je n'ai fait campagne pour rien du tout et je ne sais pas comment ça se passe. Honnêtement, ce n'est pas pour faire le paysan qui monte à Paris mais je suis un petit peu loin de ça. J'habite à Nancy, je ne vais pas dans les pince-fesses ni les cocktails. J'imagine que l'éditeur joue sa partition et c'est de bonne guerre. Je n'en sais pas beaucoup plus. En revanche, ce qui va se passer, c'est que quand on est dans la liste du Goncourt, on est automatiquement versé dans celle du Goncourt des lycéens. Je vais aller voir des lycéens dans les bahuts comme d'autres auteurs. Au mois d'octobre, je vais en faire quelques-uns comme ça. C'est moins une campagne qu'une rencontre avec les lecteurs et puis avec comme secret espoir qu'à la fin, ça porte des fruits.

On se prend un petit peu au jeu"

Est-ce que vous pensez que la présence de Lorrains dans le jury Goncourt, Philippe Claudel et Virginie Despentes, qui connaissent cette réalité que vous décrivez dans vos livres, peut vous favoriser ou en tout cas faire que l'aventure se poursuive encore ?

Oui, il y a des effets de proximité c'est sûr. Claudel, il a bossé sur ces mêmes territoires, parfois sur les genres de population auxquels je m'intéresse, qui me travaillent. Despentes, j'adore en plus ! Donc oui, ça a forcément compté, après je ne sais pas jusqu'à quel point. Je sais que Claudel,  j'ai eu l'occasion de le croiser depuis, je sais qu'il a aimé le livre. Après, j'ose espérer que ce sont les qualités du livre et pas la proximité géographique qui font l'éventuel soutien de ces jurés.

Est-ce qu'il vous est arrivé de rêver de ce prix Goncourt ?

Avant d'être dans cette liste, jamais ! Je n'ai jamais acheté un livre parce qu'il venait d'obtenir le Goncourt. Il faut imaginer le truc. Je l'ai appris, j'étais au "Livre sur la place", les gens venaient me taper dans le dos en me disant "Bonne chance, on est avec vous". On se prend un tout petit peu au jeu. Honnêtement, c'est comme gagner au loto, on peut en rêver mais il ne faut pas trop y compter.

Vous n'avez jamais envié cette place, celle de l'auteur dans une forêt de micros, le jour de la remise du prix ?

S'il y a un truc qui me fait envie dans le Goncourt, ce n'est pas ce moment-là. Ce qui est éventuellement excitant, c'est que d'un coup, on sait que le livre va rencontrer des lecteurs qui ne seraient jamais venus à lui autrement. Ca, c'est une chose. Et puis, quelque part, on se dit "tiens, cette petite maison sur le bord de l'océan..." (rires). Ca vous délivre d'un certain nombre de considérations économiques pendant un petit moment. Ce qui est toujours sympa parce que vous voyez, on est chez moi, dans un petit appartement à Nancy, écrire c'est aussi faire des sacrifices. Je n'ai jamais gagné beaucoup de pognon à cause de ça parce qu'au lieu d'avoir un job lucratif, j'étais dans mon coin, dans ma chambre et j'écrivais des histoires. Il y a aussi ce truc-là de jackpot. Mais je vous réponds ça parce que vous me le demandez. Ce ne sont pas des choses qui me torturent toute la journée.