Replay du vendredi 9 octobre 2020

François Hollande, ancien président de la République, invité aux RDV de l'Histoire de Blois

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L'ancien Président de la République participe aux Rendez-Vous de l'Histoire à Blois, à travers une "carte blanche". Il donnera une conférence ce samedi 10 octobre à la maison de la magie de Blois, sur "la gauche et le pouvoir". Un sujet dans le thème de cette année : "Gouverner".

François Hollande lors d'une conférence à Rennes.
François Hollande lors d'une conférence à Rennes. © Radio France - Benjamin Fontaine

François Hollande, l'ancien Président de la République, est l'un des invités des Rendez-Vous de l'Histoire, qui se déroulent jusqu'à ce dimanche à Blois. Le thème de son intervention : "la gauche et le pouvoir". Ces rencontres de Blois se déroulent dans un contexte particulier, sur fond d'épidémie de Covid 19. Etait-il raisonnable de les maintenir ? "Oui" répond François Hollande, "et notamment sur ce sujet, parce que gouverner, quand on ne peut pas tout prévoir, c'est au moins pouvoir maintenir ce qui doit être l'essentiel. Or ce colloque, ces rencontres, c'est l'essentiel, non seulement pour la ville de Blois, mais pour la réflexion. Et en prenant toutes les précautions sanitaires, je pense que ces débats, ces échanges, pourront être très utiles, y compris pour la compréhension de la période que nous vivons, et pour l'explication de la prise de décision". 

La crise sanitaire pose la question du rapport entre les politiques et les experts, les scientifiques ont-ils pris le pouvoir dans la gestion de l'épidémie ?

"J'ai pu avoir ce sentiment, notamment au début de la période, lorsqu'il y avait beaucoup d'inconnues sur ce virus, et qu'il y avait besoin d'aller chercher l'avis des scientifiques, d'où la création par Emmanuel Macron de ce conseil scientifique. Ensuite je pense que les politiques ont dû reprendre leurs responsabilités et l'initiative, car j'ai vécu d'autres crises, avec d'autres experts, à l'époque c'étaient des experts militaires ou des experts de la lutte contre le terrorisme. Et à un moment, une fois qu'on a recueilli les avis, et qu'on essayé d'avoir toutes les informations utiles, il faut, et c'est ce qui fait la noblesse de la tâche du politique, et sa responsabilité, prendre la décision". 

Mais le gouvernement a-t-il pris suffisamment de distance vis-à-vis de ces experts ?

"De la distance, c'est nécessaire à mes yeux. Pas forcément une séparation, une coupure. On ne peut pas imaginer un président de la République qui ignorerait complètement les avertissements, les alertes des scientifiques. Le devoir du chef de l'Etat, j'ai été dans cette situation, c'est d'être entouré par des conseillers qui ont toute connaissance d'un sujet, mais à un moment, c'est de se mettre à distance et de prendre le risque. Parce que ce qui fait aussi l'honneur de la politique, c'est le risque. Tout ne peut pas forcément donner de résultat, mais comme le disait un ancien chef de gouvernement : "il n'y a pas de politique sans risque, il y a des politiques sans chances". Et si on ne prend pas de risque, on ne peut pas avoir de chance". 

Durant votre quinquennat, avez-vous été amené à prendre des décisions contre l'avis des experts ?

"Non, pas contre, mais quelquefois sans que les experts me disent que j'avais nécessairement raison. C'est-à-dire qu'ils me disaient : "nous ne voulons pas nous mettre à la place du chef de l'Etat, c'est vous le chef de l'Etat, mais nous vous mettons en garde". Moi par exemple sur la Syrie, je voulais une intervention militaire contre le régime syrien. Les experts militaires n'étaient pas forcément sur cette position mais quand j'ai dit : "c'est cette décision que nous allons prendre", ils se sont immédiatement mis au service du chef de l'Etat. Parce que c'est aussi cela qu'on attend de conseillers ou d'experts, ils doivent dire les risques, mais une fois que la décision est prise, tous ces cortèges d'experts doivent appliquer la décision". 

Vous parlerez de la gauche lors de ces rencontres, pensez-vous qu'il faut une gauche unie dès le premier tour à la présidentielle de 2022 ?

"Pour qu'il y ait un candidat commun, il faut qu'il y ait une pensée commune, un programme commun, des propositions qui unissent les forces politiques qui décident de se mettre ensemble pour présenter une candidature. Prétendre qu'on va présenter d'abord une candidature et puis qu'après on va réfléchir à un programme, cela me paraît inverser l'ordre des choses. Donc moi je préférerais, c'est comme ça que j'ai toujours conçu mon action politique avant d'être président, qu'on recherche ce qu'il y a de commun, et de voir les différences. S'il y a plus de choses communes, et une capacité à pouvoir se rassembler, bien sûr qu'il faut prendre cette position. S'il y a des différences, il faut assumer ces différences, et de ce point de vue, je pense, puisqu'on parle du Parti Socialiste, sa responsabilité c'est de redevenir une force majeure. Et pour ça, il ne s'agit pas simplement de rappeler le passé, il faut faire des propositions pour l'avenir, et si on ne fait pas de propositions, le risque c'est d'être effacé".

Dans un livre tout juste publié Jean-Pierre Jouyet écrit qu'il n'avait pas vu venir l'ambition d'Emmanuel Macron. Vous diriez la même chose ? 

"Moi je n'ai jamais rien eu contre l'ambition. L'ambition, quand elle est collective, au service d'une cause, d'un pays, elle est légitime. Ensuite il ne faut pas que l'ambition contrarie le collectif, justement, et qu'elle soit au détriment de la solidarité. Ce que Jean-Pierre Jouyet a voulu montrer, c'est que cela a pu arriver, notamment du côté d'Emmanuel Macron". 

François Hollande est à la maison de la magie à Blois de 11h à 13h, samedi 10 octobre pour une carte blanche sur "la gauche et le pouvoir" avec Gilles Finchelstein, le directeur général de la Fondation Jean Jaurès