Replay du jeudi 6 mai 2021

"Dépakine et Médiator sont deux petits frères" estime l'avocate orléanaise Martine Verdier

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Alors que 15 à 30 000 victimes de la Dépakine ont été recensées en France, le jeune Téo, un loirétain de 13 ans, s'apprête à subir une nouvelle opération à coeur ouvert. Pour l'avocate orléanaise Martine Verdier, il a y eu, comme dans l'affaire du Médiator, des négligences.

L'avocate Martine Verdier au palais de justice de Paris
L'avocate Martine Verdier au palais de justice de Paris © Radio France - Xavier de Torrès

C'est un scandale qui touche entre 15 et 30 000 victimes en France : celui de la Dépakine. Téo, un jeune garçon de 13 ans, originaire de Saint-Jean-de-Braye, doit subir dans les prochaines semaines une nouvelle opération à coeur ouvert. Sa maman a, durant sa grossesse, pris de la Dépakine, alors que ce médicament contre l'épilepsie est accusé d'avoir entraîné de graves séquelles sur les fœtus. Le laboratoire Sanofi et l'Agence nationale du médicament sont tous deux mis en examen dans ce dossier. Pour l'avocate orléanaise Martine Verdier, "Dépakine et Médiator sur le plan de la pharmacovigilance, ce sont deux petits frères". Celle qui défend une dizaine de victimes en France pointe des négligences, elle était l'invitée de France Bleu Orléans ce jeudi matin. 

Vous ne défendez pas Téo ni sa famille, mais vous avez entendu leur témoignage ce matin. Ce jeune loirétain de 13 ans va devoir subir une nouvelle opération à cœur ouvert. Ce qui arrive à Théo, ce n'est pas un cas isolé ? 

Oui, tout à fait. Malheureusement, les enfants ont été exposés au Valproate de sodium, c'est-à-dire à la Dépakine, présentent des troubles moteurs, des troubles neurologiques et un certain nombre de pathologies qui nécessitent des interventions chirurgicales extrêmement lourdes. 

On parle de 15 à 30 000 victimes au total de la Dépakine, mais on en découvre encore aujourd'hui ?

Oui, bien sûr, les victimes découvrent au fur et à mesure cette bombe à retardement qu'est la Dépakine, puisque beaucoup de beaucoup de victimes ne sont pas forcément formées à ce qu'est l'autisme et ne mettent pas forcément des mots sur les troubles neurologiques de leur enfant et le lien avec cette Dépakine qu'elles ont pris pendant la grossesse.

Le groupe Sanofi a été mis en examen l'été dernier pour homicides involontaires. Depuis, est-ce que les choses bougent ?

Les choses bougent bien sûr. Il y a d'abord cette instruction à Paris. Vous savez qu'il y a eu effectivement des grandes évolutions dans cette procédure d'instruction puisque après la mise en examen de Sanofi en début d'année dernière, il y a eu la mise en examen de l'Etat, l'ANSM, notre agence du médicament. Au début, c'était une mise en examen pour tromperie aggravée, ensuite blessures involontaires, puis homicides involontaires. Et puis aujourd'hui, on a donc cette instruction qui poursuit son cours avec notamment beaucoup d'expertises qui sont en cours, puisque il faut évidemment faire le lien de causalité entre les pathologies des enfants et cette Dépakine prise par la mère. 

Plaintes en 2016, mises en examen en 2020, procès d'ici deux ans espèrent les parties civiles. Pourquoi c'est si long ? 

C'est long parce que d'abord, il y a beaucoup d'incidents de procédure qui sont menés par l'industrie pharmaceutique, qui est une spécialiste, puisqu'il y a une contestation systématique de tous les faits qui sont reprochés. Et puis, les instructions sont longues parce qu'il y a des expertises qui doivent être menées et que ces expertises sont individuelles. Donc, elles nécessitent évidemment un temps administratif qui, par essence est toujours long. 

La Dépakine est prescrite depuis années 60, les risques pour les fœtus ne seront mentionnés qu'à partir de 2006. Cela veut dire que le monde médical savait les dangers ? 

Vous savez, le problème, c'est que quand il y a un dossier de santé publique qui permet de reprendre a posteriori l'évolution d'un médicament et son suivi, et notamment le suivi de commercialisation par le laboratoire ou l'Agence du médicament, on se rend compte qu'effectivement, il y a souvent une omerta sur les effets secondaires des médicaments. Cela pose comme dans l'affaire du Médiator ou du Distilbène ou d'autres médicaments, vraiment la question de la garantie qu'on peut avoir d'un réel contrôle des médicaments sur le marché français. 

C'est la question qu'on a envie de vous poser. Est ce qu'on peut rapprocher le dossier de Dépakine et celui du Médiator? 

Bah oui, évidemment, Dépakine et Médiator sur le plan de la pharmacovigilance, ce sont deux petits frères. On a un problème de notification à l'Agence, un problème de vérification des effets secondaires. Vous savez que pour qu'on puisse avoir une réelle connaissance de la dangerosité ou de la toxicité d'un médicament, il faut qu'il y ait suffisamment de notifications à l'Agence du médicament et aux laboratoires et que ces notifications soient examinées avec cette notion de bénéfices/risques qui permet de maintenir un médicament sur un marché. Là, au cas particulier, ce système n'a pas fonctionné. C'est comme dans le Médiator. Cela ne veut pas dire qu'il n'a pas eu de notifications, mais elles n'ont pas fait l'objet d'une étude qui était suffisante. C'est ce qu'on appelle une négligence, c'est pour cela que l'Agence du médicament est mise en examen.

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