Replay du lundi 10 mai 2021

Orléans: Mitterrand "m'a dit vous m'avez bluffé, je vous mets dans le gouvernement", raconte Jean-Pierre Sueur

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"Ça a été une explosion de joie, un choc", se souvient le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, à l'occasion des 40 ans de l'élection de François Mitterrand. Celui qui fut aussi secrétaire d'état de 1991 à 1993, était l'invité ce lundi de France Bleu Orléans.

Jean-Pierre Sueur, ancien secrétaire d'état de François Mitterrand, est revenu ce lundi sur l'élection du 10 mai 1981, invité de France Bleu Orléans.
Jean-Pierre Sueur, ancien secrétaire d'état de François Mitterrand, est revenu ce lundi sur l'élection du 10 mai 1981, invité de France Bleu Orléans. © Radio France - Pierre-Antoine Lefort

Le soir du 10 mai 1981, "ça a été une explosion de joie, un choc", raconte ce lundi matin Jean-Pierre Sueur, invité de France Bleu Orléans. 40 ans après l'élection de François Mitterrand, le sénateur socialiste, ancien maire d'Orléans, se souvient également du jour où il est appelé à rejoindre le gouvernement, en 1991, après son élection à la mairie. "Quand j'ai été élu, François Mitterrand m'a dit vous m'avez bluffé, je vous mets dans le gouvernement.

Vous faisiez quoi le 10 mai 1981, à l'annonce des résultats ? 

Eh bien, j'attendais comme tout le monde et avec espoir. Parce qu'on avait tellement attendu depuis si longtemps que j'avais comme un pressentiment. Et je dois dire que ça a été un choc de se retrouver tellement nombreux dans la petite rue de Châteaudun, où était le siège du Parti socialiste, au rez-de-chaussée. On était tous là et quand est apparu le crâne, à la télévision, -ils étaient tous les deux un peu dégarni au sommet, si je puis dire-, on s'est demandé encore pendant un dixième de seconde. Et puis on a vu arriver la figure de François Mitterrand. Ça a été une explosion de joie, un choc

Explosion de joie, choc à gauche, à droite, on nous promettait les chars russes, ils sont en retard.

Oui, c'était c'était ridicule. Et d'ailleurs, il y a eu des réactions ridicules, y compris à Orléans, puisque comme la rue de Châteaudun était quand même un peu petite et le local aussi, on s'est retrouvés place du Martroi. Là, il y a eu une grande fête. Tout le monde s'embrassait et beaucoup de gens pleuraient. Je dois dire que beaucoup de gens pleuraient parce que cette victoire, on l'attendait quand même depuis 23 ans. Mitterrand, certains disent qu'il a parfois été opportuniste, mais pour le coup, il n'a pas du tout été opportuniste. Attendre 23 ans pour lui, qui avait été plusieurs fois ministre avant... mais c'est parce qu'il avait cette conviction que la gauche devait être à gauche et devait gagner.

Vous n'aviez pas forcément toujours les mêmes opinions avec François Mitterrand, vous n'êtes pas mitterrandien, plutôt rocardien. Vous avez été secrétaire d'État durant le second mandat. C'était facile de travailler avec lui ? 

Oui, et je vais même vous dire comment ça s'est passé. Figurez vous que François Mitterrand était venu à Orléans avant que je sois élu maire. Et il m'avait dit : "Vous n'y arriverez pas. Je regrette beaucoup, mais vous savez, Orléans, c'est quand même très à droite, plus à droite que la moyenne française et ce sera très difficile". Et après quand j'ai été élu, François Mitterrand m'a dit "vous m'avez bluffé je vous mets dans le gouvernement". C'est ainsi que je me suis retrouvé dans deux gouvernements, le gouvernement d'Edith Cresson et le gouvernement de Pierre Bérégovoy, grand ami, malheureusement disparu. Et là, j'ai eu la chance de faire vraiment de grandes lois, la loi qui a créé les communautés de communes, la première loi sur les mandats locaux et une loi sur la culture aussi.  

Vous étiez au Creusot ce weekend en Saône-et-Loire pour célébrer Mitterrand, penser peut-être au retour de la gauche aux affaires. C'est le dernier baroud d'honneur des socialistes?

Ah non. Vous savez, c'est une ville ouvrière, Le Creusot. J'étais à côté du maire Camille Dufour, qui fut le premier ouvrier, élu maire du Creusot. L'ambiance était très chaleureuse. Il y avait beaucoup de jeunes et moi, si vous voulez, je ne perd absolument pas espoir. Je veux donner ici un message d'espoir. Jacques Brel chante une chanson "pourvu que nous vienne un homme". Un homme ou une femme. Après tout, les présidentielles ne se sont jamais passées comme on disait qu'elles se passeraient un an avant. Sinon, on aurait eu Rocard, on aurait eu Balladur.

Les scènes de liesse comme en 81, on ne les reverra pas en 2022. Les socialistes, vous êtes même pour l'instant absents du second tour. 

Oui, dans les sondages, mais vous savez, les sondages, quand il n'y a pas de candidats déclarés, ça n'a pas beaucoup de valeur. Ce dont je suis sûr, c'est que les gens ne veulent plus d'un face à face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il faut que la gauche existe, la sociale démocratie moderne européenne à laquelle je crois de toute mon âme parce qu'elle est tout à fait cohérente aussi avec le bien commun qu'est l'écologie. Vous savez, le socialisme, c'est bien commun. L'Écologie, c'est bien commun de la planète, de l'humanité. Il faut qu'on trouve une solution et que tous ceux qui ont leur ego au dessus de leur tête et qui ont la chicaya en permanence arrêtent, qu'on dise que l'enjeu est trop important, il faut proposer une alternative, un espoir aujourd'hui. Vous savez, en 69 Gaston Defferre et Pierre Mendès France ont fait moins de 5% aux présidentielles. Tout le monde a dit c'est fichu. Et après, Mitterrand devient président. 

Emmanuel Macron doit réunir les anciens conseillers de François Mitterrand à l'Elysée. C'est de la récupération ?

Non, on en a parlé hier, certains iront, certainement par esprit républicain et on vit en République, ne l'oublions jamais. J'ai l'occasion aussi d'échanger quelquefois avec le président de la République. On peut parler, on peut échanger dans la République.