Replay du mardi 30 mars 2021

Procès du Médiator : "une prime à recommencer" pour Martine Verdier, avocate orléanaise de parties civiles

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Un jugement en demi-teinte, estime ce mardi matin l'avocate orléanaise Martine Verdier, qui a défendu des parties civiles au procès du Médiator. Les laboratoires Servier, l'ex numéro 2 du groupe et l'Agence nationale du médicament ont été condamnés par la justice.

L'avocate Martine Verdier au palais de justice de Paris
L'avocate Martine Verdier au palais de justice de Paris © Radio France - Xavier de Torrès

C'est un jugement en demi teinte, estime ce mardi matin sur France Bleu Orléans l'avocate Martine Verdier, qui a défendu une centaine de parties civiles au procès du Médiator, ce médicament utilisé comme coupe-faim et accusé d'avoir fait des centaines de morts. Le groupe Servier a été condamné à 2,7 millions d'euros d'amende, l'Agence nationale du médicament à 303 000 euros. Jean-Philippe Seta, l'ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique et ancien bras droit du tout-puissant Jacques Servier, décédé en 2014, a lui été condamné à quatre ans d'emprisonnement avec sursis. 

"Le ministère public avait demandé une peine de trois années de prison ferme et une amende de 200.000 euros. Jean-Philippe Seta va être condamné à une peine de quatre ans d'emprisonnement avec sursis et environ 90 000 euros d'amende", rappelle Martine Verdier. "Je ne suis pas particulièrement pour la prison ferme, loin s'en faut, Monsieur Seta était délinquant primaire, il n'avait pas de casier judiciaire, mais nous étions dans un dossier qui était exceptionnel avec des milliers de victimes. Les victimes attendaient, au moins dans le principe, une peine de prison ferme. On sait qu'évidemment Monsieur Seta ne serait pas allé en prison compte tenu de son âge, de son casier. Mais prononcer une peine ferme pour les victimes aurait tout de même été un symbole au regard des morts qui ont été délibérément acceptés par le laboratoire."

Des dommages et intérêts, "une goutte d'eau", "cela ne coûte pas cher de se faire prendre"

L'autre déception concerne cette fois le montant des dommages et intérêts infligés au groupe Servier. Le laboratoire va devoir verser environ 180  millions d'euros aux parties civiles. Les préjudices ont été fixés entre 10 000 et 60 000 euros en fonction des durées d'exposition Médiator. "Ce sont des indemnisations qui, effectivement, sont très au delà de ce qu'on attend dans le barème civil", reconnait l'avocate. "Mais on est sur une réparation qui, pour le groupe , est décorrélée de la réalité, du profit économique, de la commercialisation d'un médicament toxique. Je rappelle que sur la période de commercialisation, les laboratoires vont tout de même encaisser 578 millions d'euros." Pour Martine Verdier, "c'est une goutte d'eau. Quand on n'a pas d'éthique, c'est une prime à recommencer, parce que cela ne coûte pas cher de se faire prendre"

L'Agence nationale du médicament, qui, pour le tribunal, "a failli dans son rôle de police sanitaire et de gendarme du médicament" a été condamnée à la  peine maximale de 225 000 euros pour "homicides et blessures involontaires" par négligence. "C'est important. Dans le dossier du Médiator, il est acquis, et maintenant il est jugé, qu'à partir des années 90, l'Agence du médicament avait tous les éléments pour suspendre le produit, voire l'interdire. L'Agence a été négligente, c'est une évidence."