Replay du vendredi 26 mars 2021

Pédophilie dans l'Eglise : "Il faut sortir de l'entre-soi" pour Olivier Savignac, victime du père de Castelet

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Les membres de la Conférence des évêques votent ce vendredi matin sur des résolutions pour lutter contre la pédocriminalité dans l'Eglise. Il faut "sortir de l'entre-soi", estime Olivier Savignac, membre du collectif Foi et Résilience, invité de France Bleu Orléans.

"Il faut sortir de l'entre-soi", plaide Olivier Savignac, alors que l'Eglise catholique de France doit présenter ses résolutions sur la pédocriminalité en soin sein.
"Il faut sortir de l'entre-soi", plaide Olivier Savignac, alors que l'Eglise catholique de France doit présenter ses résolutions sur la pédocriminalité en soin sein. © Maxppp - VINCENT PEREIRA/PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP

"Responsabilité", versement d'une "contribution financière" et écoute promise aux victimes : les évêques catholiques doivent se prononcer ce vendredi sur plusieurs "résolutions" en matière de lutte contre la pédocriminalité dans l'Eglise.  Leur vote vient clore les travaux, entamés mardi, des quelque 120 membres de la Conférence des évêques de France, réunis en assemblée plénière. Ce vendredi matin, Olivier Savignac, membre du collectif de victimes Foi et Résilience, appelle à "sortir de l'entre-soi". "C'est important d'aller vers l'extérieur et des gens qui ne sont pas concernés par ces agressions", estime-t-il sur France Bleu Orléans. 

Qu'attendez-vous des annonces à l'issue de cette assemblée plénière ? 

Nous attendons que les évêques puissent acter leur prise de conscience, qui a été régulière au cours des années précédentes. Ça commence d'abord par la reconnaissance des faits : que l'Église reconnaisse publiquement le fait qu'elle a eu un rôle dans ce phénomène de pédocriminalité qui a évolué en son sein, qu'elle a laissé des actes aussi criminels se dérouler pendant des décennies. On attend aussi qu'ils se puissent se positionner "sur un processus de réparation"; que les évêques puissent se dire oui, "nous allons porter assistance aux personnes victimes" Par contre, nous allons surtout d'abord et avant tout attendre le rapport de la Commission d'enquête indépendante sur les abus sexuels pour qu'on puisse avoir un peu plus de données quantitative et qualitative. 

Monseigneur Ravel, l'évêque de Strasbourg, évoquait jeudi une "contribution financière pour la reconstruction des victimes", mais pas une indemnisation.

Cela ne suffit pas. Ce n'est pas seulement un geste ou une contribution, c'est péjoratif, mais une indemnisation au sens où l'Eglise reconnaît pleinement ses responsabilités dans ce climat puisqu'elle a été complice active et passive. Il faut qu'elle en prenne acte et du coup, ajuste une indemnisation, une indemnité en fonction du traumatisme subi par la personne. Cela veut dire prendre en compte personnellement chaque victime. 

Autre proposition qui pourrait être adoptée, la mise en place d'une équipe nationale d'écoutants. Dans le Loiret, qui a été secoué par les affaires du Père de Castelet puis de l'Abbé de Scitivaux, on a justement une cellule d'écoute. Elle a été montée en 2014.  Aujourd'hui elle a du plomb dans l'aile ? 

Oui, elle a du plomb dans l'aile. Dès 2016, nous avions fait un testing. Cette cellule n'avait pas répondu à notre coup de fil. On avait appelé en tant que victime et cela avait mis huit jours avant de répondre à quoi que ce soit. Mais c'était huit jours parce que j'avais contacté personnellement l'évêque à l'époque. En 2018, une famille que je renvoie vers la cellule d'écoute me dit qu'elle ne peut pas la joindre, et que rien ne s'est passé. Si c'est comme cela à chaque fois, ça ne peut pas fonctionner. Et aujourd'hui encore, il y a énormément de choses qui ne fonctionnent pas. C'est de l'entre soi et il faut sortir de l'entre soi. Si un personne victime veut témoigner,  plutôt que de s'adresser à l'Eglise directement, qui va être concernée et mêlée à des questions de loyauté parce que c'est compliqué de dénoncer un prêtre local quand on le connaît bien, il faut aller vers l'Association des victimes du Loiret, du réseau France Victimes, qui est une association composée de professionnels qui recueillent la parole. 

Vous dites qu'aujourd'hui, on ne peut pas se confier correctement au sein de l'Eglise ?

On ne peut pas se confier correctement parce qu'il y a toujours des questions de loyauté vis-à-vis des prêtres fautifs, même s'il y a une reconnaissance de ce phénomène là, c'est toujours très compliqué d'avoir à gérer des gens dans son diocèse qui ont fauté. C'est important d'aller vers l'extérieur et des gens qui ne sont pas concernés par ces agressions. C'est aussi important de s'adresser à des professionnel :  le problème de la cellule d'écoute, notamment Orléans, c'est qu'elle n'est pas professionnelle et même s'il y a quelques professionnels à l'intérieur, ce sont des professionnels bénévoles. Pour moi, on ne peut pas travailler de la même manière que lorsque l'on est accueilli par une association composée de professionnels. 

Cette réunion des évêques de France, coïncide, presque jour pour jour, avec la fin de l'association de victimes La parole libérée, vous, vous allez continuer le combat ? 

Nous allons continuer le combat tant qu'on aura les forces. Ce n'est pas facile et je comprends très bien pourquoi 'La Parole libérée" jette l'éponge. Ce n'est pas évident. Je veux vraiment leur rendre hommage car ils ont été le fer de lance de ce combat là. Je crois que nous n'en serions pas là. 

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