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L'invité de France Bleu Orléans

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Pierre Allorant : "On a l'impression que la main du pouvoir jupitérien tremble un peu"
Pierre Allorant : "On a l'impression que la main du pouvoir jupitérien tremble un peu" - François Guéroult

Pierre Allorant, politologue à Orléans, sur le remaniement gouvernemental : "Etre ministre n'est plus attractif"

Diffusion du mercredi 10 octobre 2018 Durée : 6min

Alors que c'est toujours le flou, ce matin, sur l'ampleur et le calendrier du remaniement gouvernemental, le politologue Pierre Allorant, doyen de la face de droit d'Orléans, nous donne son sentiment sur cette situation assez inédite et pointe le manque d'attractivité de la fonction ministérielle.

Un remaniement imminent mais sans cesse repoussé : c'est le scénario politique de ces derniers jours, et ça dure depuis une semaine ! "C'est une situation inédite sous la Ve République, relève le politologue Pierre Allorant, doyen de la faculté de droit à Orléans, il était l'invité ce matin de France Bleu Orléans. Mais ce n'est pas si inédit pour le pouvoir d'Emmanuel Macron, on a déjà attendu Godot, on a déjà attendu Benjamin Griveaux (le porte-parole du gouvernement) ! Mais l'impression est étonnante et ennuyeuse pour l'exécutif actuel : le remaniement visait à sortir de la séquence d'amateurisme, d'hésitation et de discordance avec l'affaire Benalla et les démissions de Nicolas Hulot puis de Gérard Collomb - or on est toujours dans l'hésitation et l'incertitude !"

Un mandat local, plutôt qu'un poste de ministre

Pour Pierre Allorant, plusieurs facteurs peuvent expliquer la difficulté à trouver des ministres : le manque de personnalités marquantes au sein du mouvement En Marche - "le vivier s'épuise très vite" - ; un problème probable de discordance entre l'Elysée et Matignon sur l'ampleur que doit revêtir ce remaniement ; un problème d'attractivité de la fonction ministérielle - "Etre ministre pour quoi faire ? et alors que le poste est désormais déconnecté du mandat local, et on sait que c'est le mandat préféré des élus politiques que d'être maire ou président d'une grande collectivité locale". Le fait enfin qu'il faille passer au crible la situation fiscale et débusquer les éventuels conflits d'intérêt ralentissent aussi le processus des nominations.

25 ans de disette ministérielle pour le Loiret

D'un point de vue local, cela fait 25 ans qu'il n'y a pas eu de ministre issu du Loiret - le dernier en date, c'est Jean-Pierre Sueur, secrétaire d'Etat aux collectivités locales de 1991 à 1993. "Un quart de siècle, c'est beaucoup ! et c'est totalement inédit souligne Pierre Allorant, car le Loiret a longtemps été proche du pouvoir : sous la IIIe République, il y avait toujours pratiquement un ministre originaire du Loiret - Jean Zay est le plus illustre - et cela s'es poursuivi sous la IVe République (Pierre Chevallier, Claude Lemaître) et sous la Ve République (Henri Duvillard,  Jacques Douffiagues, Jean-Pierre Sueur, et depuis plus rien... Peut-être par choix de responsabilités plus locales, effectivement, déconnectées d'un leadership sur un parti national...  On peut avoir des surprises aujourd'hui, mais cela semble improbable, et c'est embêtant, tout de même, pour notre territoire d'autant que l'Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher continuent d'avoir des ministres."