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Me William Bourdon défend 7 des 9 Gilets Jaunes qui comparaissent cet après-midi pour avoir muré l'entrée du centre des impôts de Montargis
Me William Bourdon défend 7 des 9 Gilets Jaunes qui comparaissent cet après-midi pour avoir muré l'entrée du centre des impôts de Montargis © Maxppp - Aurélien Morissard

William Bourdon, avocat de gilets jaunes à Montargis : "Cette affaire de mur aurait dû relever du tribunal de police"

Diffusion du mercredi 3 avril 2019 Durée : 7min

William Bourdon, avocat parisien spécialiste des droits de l'homme, sera à Montargis cet après-midi devant le tribunal correctionnel pour défendre les gilets jaunes qui avaient muré le centre des impôts en novembre. "Une affaire qu'il faut remettre dans les proportions qu'elle mérite", estime-t-il.

Procès très attendu cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Montargis : 9 "Gilets Jaunes" comparaissent pour "dégradation du bien d'autrui avec 2 circonstances aggravantes" - en l'occurrence, ils avaient en novembre dernier muré l'entrée du centre des impôts de Montargis "pour dénoncer le matraquage fiscal". Ils risquent théoriquement jusqu'à 7 ans de prison.

Des faits parmi les plus légers qu'il soit"

"Il faut remettre cette affaire dans les proportions qu'elle mérite", souligne Me William Bourdon, le célèbre avocat parisien, spécialiste des droits de l'homme. Il défend 7 des 9 prévenus cet après-midi, et il était ce matin l'invité de France Bleu Orléans. "Il y a eu ailleurs des faits de violences graves, hautement condamnables : on n'est pas du tout dans ce périmètre-là. On est dans le fait d'ériger un mur éphémère dans une dimension symbolique, on est dans une gamme de faits parmi les plus légers qu'il soit, et je considère qu'ils relèvent davantage du tribunal de police que du tribunal correctionnel."

Au-delà du droit, il y a aussi "le jugement social, le jugement politique qu'on peut faire de cette affaire", soutient l'avocat. "En tant que citoyen, je condamne fermement les violences contre les personnes, les déclarations de haine, les déclarations xénophobes ; mais en tant que citoyen, je comprends aussi qu'il peut y avoir eu l'exaspération, le sentiment de ne pas être entendu, d'être méprisé qui peut conduire à une forme d'expression citoyenne un peu radicale et un peu spectaculaire. Mais comprendre, ce n'est pas forcément exonérer chacun de responsabilités..."

2 000 condamnations en 4 mois de Gilets Jaunes : on ne peut pas se réjouir de ce chiffre"

Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, la justice a prononcé 2 000 condamnations selon les chiffres du Garde des Sceaux Nicole Belloubet. 2 000 condamnations en 4 mois : ce chiffre est-il normal ou excessif ? "On ne peut pas faire une appréciation théologique de ce chiffre et dire : il est cohérent ou pas. Ce qui est sûr en revanche, c'est que dans ce pays, on a eu recours à des arrestations préventives et à des défèrements extrêmement rapides, parfois de manière abusive. Donc est-ce qu'il faut se réjouir de ce nombre ? la réponse est non. Il était légitime qu'il y ait des condamnations pour les personnes qui ont commis des violences, mais dans le lot, il y a eu des procédures à mon sens excessives sur la base de délits permettant des arrestations préventives, en amont de toute manifestation".

L'audience débute cet après-midi à 13h30, un rassemblement en signe de solidarité aux Gilets Jaunes est prévu à 13h devant le palais de justice de Montargis.