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L'invité du matin

Nora Bussigny
Nora Bussigny © Radio France - Martine Bréson

"Ce ne sont plus des enfants même s'ils en ont l'âge" : Nora Bussigny

Diffusion du jeudi 19 avril 2018 Durée : 8min

Nora Bussigny, auteur de "Survaillante", était l'invitée de France Bleu Paris à 8h15. Dans son livre, elle raconte son travail de pionne dans un collège difficile de la banlieue parisienne.

Il faut être vaillante pour être surveillante aujourd'hui, confirme Nora Bussigny. Elle a travaillé en Seine-et-Marne dans un collège qui ressemble à beaucoup de collège de banlieue, des collèges REP (Réseau d'Education Prioritaire). "Je m'attendais à des élèves gentils un peu chahuteurs, en crise d’adolescence et je me suis retrouvée complètement immergée dans quelque chose que je ne connaissais pas du tout, un environnement que je connaissais pas".

Ce ne sont plus des enfants même s'ils en ont l'âge, dit-elle "que ce soit par l'expérience qu'ils acquièrent au quotidien ou par leur comportement, pour moi ils sont même parfois plus matures que la plupart des adultes que j'ai pu connaître".

"Si on a beaucoup de témoignages de professeurs, on entend peu ou pas  la voix de ceux qui font partie de la vie scolaire et qui sont en première ligne pour le contact avec ces adolescents. Et je pense que les témoignages qu'on peut recevoir de ces élèves sont complètement différents de ceux des enseignants. Et nous en plus on n'a pas le côté pédagogique. On a le côté disciplinaire. C'est donc un point de vue qui diffère et qui peut être très intéressant".

Elle affirme que le manque de moyens est "criant. C'est même de pis en pis avec des suppressions d'effectifs. On peut être 6 assistants d'éducation pour 800 élèves ".

Elle raconte comment un mercredi matin alors qu'ils étaient deux, ils ont dû faire face à 10 bagarres qui se sont déclenchées en même temps. Et elle a reçu un coup (involontaire) qui l'a mise ko. 

Elle a souvent voulu démissionner et à chaque fois elle se disait "on ne m'aura pas, ils ne m'auront pas mais "ils" ce n'était pas forcement ces enfants-là, c'est peut-être aussi l'Education nationale qui laisse considérablement tomber les conseillers d'éducation". Elle a quand même un peu décidé d'abandonner, de faire "le minimum syndical" et elle reconnait qu'on lui a reproché "un laxisme volontaire. J'ai complètement baissé les bras". C'est de la survie, avoue-t-elle. "Au bout d'un moment, on ne tient plus car on ne peut pas ou très peu sanctionner les jeunes. Et à force, je ne voyais pas quoi faire si ce n'est me protéger moi-même et faire le minimum attendu".

Un livre témoignage publié aux éditions Favre. - Radio France
Un livre témoignage publié aux éditions Favre. © Radio France - Martine Bréson

Elle pense que tout n'est pas perdu, qu'il faut "renouer le dialogue avec ces adolescents. Chaque fois qu'on arrive à tisser des liens avec ces adolescents, j'ai l'impression qu'on peut avoir une influence qui peut être bénéfique. Ils sont très secrets, ils parlent entre-eux, ils parlent beaucoup sur les réseaux sociaux mais au final, se livrer ce n'est pas la même chose je trouve et ce n'est pas le cas".

Sur les réseaux sociaux, ces ados montrent une image, une façade dit-elle, c'est un paraître mais ils ne montrent pas leur véritable peine ou ce qui peut les affecter quotidiennement.

Elle souhaitait enseigner mais aujourd'hui, elle ne l'envisage plus. Cette expérience l'a complètement déboussolée. 

Regardez son interview