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L'invité du soir de France Bleu Lorraine Nord

Du mardi au vendredi à 18h15.

Thierry Coignard
Thierry Coignard

Thierry Coignard, J'ai failli être une star.

Diffusion du vendredi 29 mars 2019 Durée : 6min

40 ans de délinquance beaucoup de prisons et même pas mal

Qu’est-ce qu’on peut bien faire à 53 ans, sans autre formation que celle de la rue, avec pour unique diplôme un casier judiciaire ballasté de 21 ans de prison et quand on s’appelle Thierry Coignard ? Ben, un one-man-show dans lequel le Messin a repeint à l’humour, ce 3 février sur la scène du Gueulard à Nilvange, 40 ans de chaos. « Les gens me disaient : “Tu as une façon de raconter les histoires, tu devrais faire du spectacle.” » Pourquoi pas. Peut-être. Il laisse filer l’idée jusqu’à cette rencontre, en 2011, avec le footballeur Tony Vairelles, placé en détention provisoire dans sa cellule à Metz-Queuleu. En cinq mois de cohabitation, les deux hommes nouent une solide amitié, et l’ancien joueur international aide Thierry Coignard à croire en lui et lui ouvre son carnet d’adresses. Tout est parti de là. Même s’il est fâché, de temps en temps, avec la grammaire, le Mosellan commence à prendre la plume, trouve des contacts, rencontre Ghislaine Gracieux (venue le voir à Nilvange) dont la société gère les intérêts de la succession du cinéaste Henri- Georges Clouzot et arrive même jusqu’à Jean-Pierre Mocky avec lequel il signe pour un second rôle (de tueur) dans un prochain film que le réalisateur tarde à tourner. Voilà pourquoi Thierry Coignard a titré son spectacle « J’ai failli être une star ». De la pure autodérision mise au service de son comique naturel. Il n’a jamais pris un cours de comédie, « sauf une fois, aux Baumettes » (Marseille) où il est passé à 19 ans. Tout excellent conteur qu’il est, il ne s’est pas épargné de bosser son texte, dans lequel il s’amuse des maladresses de ses premiers pas délinquants, passe la robe d’avocat (prêtée par l’un de ses défenseurs), se fait procureur ou flic, étrille Dieudonné qu’il a beaucoup aimé jusqu’à son virage douteux sur les juifs et puis pose de vraies questions. « Sarko c’est notre modèle. On voudrait savoir sa recette pour éviter la prison avec quatorze affaires sur le dos quand pour nous, il suffit d’une seule. » Il avait écrit de quoi tenir 60 minutes sur les planches, mais les a squattées pendant 1h30 à force d’improvisations devant une salle bidonnée. « Je me suis pris pour un autre […] Il y a eu une communion avec le public. C’est lui qui m’a donné confiance malgré le trac. » Et il l’a eu, bien plus puissant que la trouille avant de braquer. « Je n’ai jamais eu les jambes qui tremblaient » comme ce soir-là. Il en espère d’autres. Ils pourraient venir assez vite parce que Thierry Coignard a changé d’esprit. « Avant je prenais, maintenant je donne », assure-t-il, avec à la clé ce petit conseil aux jeunes tentés par le mauvais coup : ne jamais commencer à déconner. Pour lui, « il est bien plus excitant de monter sur les planches que de monter au casse ». Frédéric CLAUSSE ( R;L )