Replay du jeudi 19 novembre 2020

Carte Blanche iséroise à Alain Manac'h : hommage à André Béranger

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Pour sa nouvelle Carte Blanche Iséroise, Alain Manac'h a souhaité rendre un hommage poignant à son"ami, mais surtout un compagnon" : André Béranger. Nous avons fait le choix de retranscrire en intégralité cet hommage, sans y ajouter quoi que ce soit. Ecoutez.

André Béranger
André Béranger - Alain Manac'h

Décidément cette Villeneuve…

Oui. Ce quartier n’est pas qu’une architecture parfois controversée. Ce quartier est un être vivant. Un espace qui respire, qui grandit, qui souffre. Un quartier, ce quartier, est capable du pire comme du meilleur. Le pire qu’on se délecte souvent à relater, sans se rendre compte que parfois on souffle sur des braises, alors qu’on a du mal à traiter « le meilleur » car il est souvent ordinaire, quotidien.

Souvenez-vous de cet été, notre quartier a été traversé par des faits et donc des émotions assez contradictoires. Si on fait la liste de ce qui s’est passé : deux assassinats mafieux, un sauvetage héroïque, des comportements délictueux, une opération « Villeneuve plage », une fête de quartier réussie. C’est un petit inventaire rapide sur des faits qui maillent notre quotidien.

Et puis tout d’un coup, un autre moment, exceptionnel celui-là que je rattache pourtant aux autres de l’été et de tous les jours : le décès d’André Béranger. 

André, ancien directeur de l’école des Charmes, militant du quartier depuis toujours s’est donné la mort Dimanche. « Je tire ma révérence » nous a-t-il écrit. La dégradation continuelle de mon état de santé (…) est insupportable pour moi comme pour mes proches »

La veille ses enfants avait invité par SMS ses amis, les habitants du quartier, et d’ailleurs, ceux qui avaient croisé le chemin d’André dans ses différents engagements. Nous vous proposons de lui faire un dernier adieu. Nous étions facilement 300 en bas de chez lui pour ce dernier hommage. Et quelques-uns seulement connaissaient sa détermination à en finir. Rien de prévu juste un énorme cœur en bougie. Et tout s’est déroulé dans une improvisation harmonieuse. Passant des larmes aux rires, des chants aux applaudissements. Rien ne s’est dit, mais tout s’est fait tout seul. 

André, ce « vieil instit » dont un ancien de ses élèves dit   : « Mon premier  « maître » comme on disait à l’époque. (…) Avec L'apprentissage de la lecture, les classes vertes, le carnaval, et bien d'autres.  Et ce même ancien élève d’évoquer : « Cette belle époque où on pouvait tutoyer son maître et l'appeler par son prénom. Aujourd'hui j'aurai voulu pouvoir te dire comme il y a très longtemps : André s'il te plaît, tu peux nous raconter encore une histoire...

Toutes les luttes qu’a portées André montrent combien il aimait profondément les Personnes pour ce qu’elles sont, comme elles sont. Il ne souhaitait qu’une chose c’est que nous apprenions la vie. Ensemble. Réciproquement dans un échange et la confrontation. Pour André l’Éducation c’est un souci permanent d’éveiller des personnes, de les révéler à elles-mêmes dans le respect de leur enracinement et de ce qu’elles sont… 

Et en fait, la dernière histoire qu’il nous a racontée nous l’avons racontée ensemble. C’était samedi soir au pied de chez eux. Nous en bas et à leurs fenêtres lui et Ariane leurs enfants. André aimait profondément la vie et pourtant il a bravé la législation du moment. Il faudrait d’ailleurs arriver à adapter cette législation, pour que ceux qui le souhaitent puissent quitter le monde de souffrances dans lequel ils se trouvent (…) dans la dignité. 

Cette époque est troublée : il ne faut pas que la peur de la mort l'emporte sur l'amour de la vie. André, lui, a fait de sa mort un acte de vie et nous ne sommes pas près de l’oublier ! Il restera vivant, longtemps dans ce quartier et dans nos engagements

André était pour moi, certes un ami, mais surtout un compagnon… Celui avec qui on partage un chemin… On va ensemble au même endroit. Et Dieu sait que la route est longue, semée d’embuches. Un compagnon, c’est celui qui est capable de vous bottez les fesses parce que vous n’avancez plus assez, mais qui décide de porter votre sac parce qu’il est trop lourd. C’est celui qui vous remercie d’avoir su déjouer les pièges de la route alors que lui ne les avait pas vu. Compagnon… c’est le mot choisi pour parler des grands résistants. Je n’ai aucun pouvoir mais si je le pouvais je donnerais ce titre honorifique à André à Ariane et sa famille. 

Et pour finir la citation habituelle. C’est Albert Camus : 

Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n'est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin.

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