Replay du mardi 25 février 2020

Philippe Gonnet au sujet d'un concours d'éloquence à Grenoble

Philippe, qu’est-ce qui vous a frappé, indigné ou enchanté ces derniers temps ?

© Getty

Eh bien, s’il m’arrive de pousser, parfois, des coups de gueule à ce micro, je voudrais dire cette fois tout le plaisir, tout l’infini plaisir que j’ai eu à accepter de faire part du jury du concours d’éloquence, organisé mercredi dernier par les Lions Club de l’Isère, à l’Hôtel Europole de Grenoble. 

J’y suis allé un peu à reculons, « pour rendre service », mais j’ai été conquis et suis d’ores et déjà volontaire pour remettre ça l’année prochaine…

Et qu’est-ce que cela avait de si formidable ?

Plusieurs choses ! 

D’abord le thème ! Ces jeunes gens – les concurrents allaient de la classe de seconde à bac plus un – avaient une petite dizaine de minutes pour traiter de la phrase d’Averroès, ce mathématicien, théologien et philosophe, andalou et musulman, qui affirmait au XIIe siècle : « L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, et la haine mène à la violence. » 

Il n’est déjà pas inutile de rendre hommage à cet intellectuel européen et musulman du Moyen Âge, surtout si l’on ne peut que regretter qu’il n’ait pas eu l’influence qu’aura plus tard un saint Thomas d’Aquin dans le christianisme…

Ensuite le nombre de ces jeunes gens, et le nombre d’établissements qu’ils représentaient ! 

Ils étaient en effet quelque soixante issus d’une douzaine d’établissements du département à rivaliser d’éloquence – c’est le cas de le dire… – avant que les meilleurs se retrouvent pour cette petite finale départementale, censée dégager celle qui tentera de franchir ensuite l’échelon régional. Puis – qui sait ? – de remporter la finale nationale…

Ils ont aussi la chance d’avoir des enseignants – et il faut leur rendre hommage… – qui ont compris que l’éducation pouvait passer aussi par de telles initiatives !

Celle… C’est donc une jeune fille qui a gagné ?

Deux jeunes filles pourrait-on dire, puisque, si Justine Scordel a fini première, Salomé Tostain termine deuxième en remportant en outre… le Prix du public ! Et je tiens à les nommer toutes les deux, dans la mesure où Justine Scordel n’a que… seize ans – rendez-vous compte ! – et où nous avons eu du mal à les départager. 

J’en profite d’ailleurs pour noter d’une part que ces lycéennes ont devancé les étudiantes – c’étaient aussi des filles… – de Sciences Po, et d’autre part pour rendre hommage à leur persévérance, puisqu’elles avaient respectivement terminé troisième et quatrième l’an passé…

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, et la haine mène à la violence »… 

Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas si j’aurais été capable de tenir dix minutes, sans notes, sur ce sujet, à seize ans.

Et quand je dis je ne sais pas, c’est que je suis en fait persuadé que je n’en aurais pas du tout été capable…

Alors, certes, tous les jeunes Isérois ne sont peut-être pas comme Justine Scordel et Salomé Tostain ; mais Dieu que cette jeunesse fait du bien à voir – et surtout à écouter !   

En attendant, arrêtons, s’il vous plaît, de dire que C’était mieux avant

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