La carte blanche à ...

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Le Loup en Isère avec Jean Marc Emprin

Diffusion du lundi 2 mars 2020 Durée : 3min

Suivez l'histoire de Jean Marc Emprun, rédacteur en chef de Terre Dauphinoise

Aujourd’hui, je vais vous parler de délinquance. Hé oui, Terre dauphinoise en est capable. Je vais vous raconter l’histoire d’un citadin qui doit aller à son travail, tous les jours, et qui pour cela doit prendre sa voiture. Un matin, il s’aperçoit qu’on lui a volé une roue. Il met la roue de secours. Et tout va bien. Le lendemain, au moment de partir au travail, rebelote, il lui manque une roue, mais là il n’a plus la roue de secours. Vous me suivez ? Alors il prend son vélo. Pas de bol, dans la journée, un malotru soustrait la selle de son engin, mais il arrive à revenir chez lui, tant bien que mal.  

C’est de la délinquance ordinaire, mais où voulez vous en venir ? 

En fait je suis en train de vous raconter l’histoire d’un éleveur de moutons, ou de bovins, voire même d’équins, qui a eu son troupeau attaqué par le loup. Ou une meute. Et qui perd des brebis, mortes tuées net, d’autres blessées à qui il manque une partie de la gorge ou une cuisse entière mais qui sont encore vivantes. Il y a celles aussi qui sont pleines, prêtes à mettre bas, mais qui finalement ne le feront jamais, ou plutôt perdront le petit avant terme, celles qui parce qu’elles sont traumatisées resteront infertiles, donc qui perdront un an pendant lequel l’éleveur va les soigner mais à perte. Parce que l’éleveur, il est comme ce citadin avec sa voiture ou son vélo. Il est démuni face à un aléa qu’il ne peut contrôler, pourtant il va le subir et travailler de moins en moins bien parce que le troupeau qu’il a mis si longtemps à constituer, comme le citadin à acquérir sa voiture, ne sera pas aussi efficace, rentable, utile. L’éleveur va travailler comme il peut, en essayant de trouver une solution, en se disant que c’est un coup de pas de chance, que c’est passager, puis ça recommence. Il se fatigue, son troupeau devient moins bon et pourrait disparaître. L’investissement qu’il a fait pendant des années, avec des sacrifices familiaux, en se levant la nuit pour aider ses brebis à mettre bas, tout cet investissement humain, en temps, en argent, reste très fragile. 

Ce sont donc de vrais drames humains

Exactement. Récemment, une éleveuse de chevaux, en Drôme, a perdu 4 d’entre eux, sur les six qu’elle possédait. Ils lui servaient à promener des touristes dans le Diois en été, un atelier complémentaire à celui de son compagnon à la tête d’un troupeau de moutons. Cette jeune femme est traumatisée. Elle perd son gagne-pain car les deux chevaux qui restent sont effrayés à la simple vue d’un chien aujourd’hui. Alors elle, se demande comment elle va pouvoir mettre de nouveau des touristes sur leur dos. 

Ce témoignage a été entendu lors de la projection du film Marche avec les loups à La Mure. On peut aimer l’animal, le trouver beau. On peut en faire un film. Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier que là où il est, la vie des éleveurs n’est pas facile. Et que eux n’ont pas un discours d’éradication. Qu’ils peuvent le tolérer mais à la condition que leur propre vie, celle de leur famille, de leur entreprise n’en pâtisse pas. Ceux qui ne comprennent pas cette attente, devraient penser plus souvent à la fable du citadin, de sa voiture et de la bicyclette.