Replay du lundi 25 mai 2020

Serge Taboulot, ancien patron de Météo France pour les Alpes du Nord

Nos thermomètres ont chuté de 15° samedi dernier par rapport à vendredi ; la météo n’est pas un peu folle en ce printemps ?

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Mais non, Christophe, perdre 10 ou 15° en une journée, ça n’a rien de rare… J’aurais même tendance à dire que ces fortes variations, c’est une des caractéristiques de nos climats pendant les intersaisons, le printemps et l’automne. C’est d’ailleurs ce qui fait toute le charme et la diversité de notre climat dauphinois ! Et le vrai événement météo de la semaine dernière, c’est le retour très précoce des journées de fortes chaleurs : jeudi et vendredi, les températures mesurées sous abri ont largement dépassé les 30°en Isère, et même plus de 33° vendredi à Grenoble. J’avoue que ça m’inquiète un peu…  : Inquiet Serge ? Par le retour du soleil et de la chaleur qui semblent s’installer de nouveau cette semaine ? C’est exactement ça, Christophe. Le soleil va encore dominer cette semaine, et nous devrions retrouver dès mercredi ou jeudi ces 30° sous abri. Mon regard de climatologue est clair : ces fortes chaleurs ne devraient pas survenir aussi tôt dans la saison. Les bonnes pluies de samedi vont donc s’évaporer, leur effet disparaîtra bien trop vite … D’autant que toutes les projections climatiques des 3 ou 4 prochains mois vont dans le sens d’une poursuite d’un temps chaud pour la saison. Je serais presque ravi que pour une fois, ces prévisions ne se vérifient pas, tant la sécheresse menace pour cet été ! Il faut bien se rendre compte du contexte : avec le dernier bilan du mois d’avril, nous en sommes au 11 ème mois d’affilée plus chaud que la normale, c’est encore de l’inédit durable !  Bon, Serge, ce n’est pas la première fois que vous nous dites que nous sommes déjà en plein réchauffement climatique. Mais que peut-on vraiment faire pour arrêter ça ? C’est bien tout le problème actuel, Christophe. Toutes les recherches sur le climat convergent : quoi que nous fassions, le réchauffement va grosso modo se poursuivre au rythme actuel dans les 30 prochaines années. En Isère où le réchauffement est plus fort que moyenné à l’échelle du globe, ça veut dire qu’on va encore gagner environ 1°5 en 3 décennies. Pour illustrer ce qui nous attend quoiqu’il arrive, le climat de 2050, c’est comme si les Alpes perdaient 250m d’altitude, ou comme si 1 mois de précipitations disparaissaient en fumée…Donc si je comprends bien, les mesures qu’on peut prendre maintenant pour limiter le réchauffement n’auront pas d’effet avant 2050 ? Oui, Christophe, et c’est bien pour cela qu’elles sont difficiles. Vous savez, pendant la crise du coronavirus, le monde a nettement réduit ses émissions de gaz à effet de serre. Et bien c’est qu’il faudrait faire tous les ans pour respecter les fameux accords de Paris de limitation du réchauffement global à 2°. Ca démontre l’importance de l’ effort économique indispensable, avec une forte influence sur nos modes de vie. Le consensus sur les mesures à prendre est donc très délicat, puisque nos actions d’aujourd’hui ne seront utiles que pour une timide préservation du climat... de nos arrières petits enfants ! Pourtant, je suis totalement convaincu de cette urgence climatique. Coté mobilités par exemple : Covoiturage, vélo, télétravail, … tout cela va dans le bon sens. Par contre, quand je constate avec effroi que le poids de nos voitures a augmenté de 60 % en 60 ans, ou que pour le rédemarrage des transports, on souhaite remplir au plus vite les avions alors qu’il est archi-logique et urgent de privilégier le train, le climatologue que je suis a du mal à garder son calme ! 

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