Replay du vendredi 29 mai 2020

Patrick Souillot et la situation des intermittents du spectacle

l’intermittence est-elle trop généreuse ?

Patrick Souillot
Patrick Souillot

 Rien qu’en tapant « intermittent profiteur » sur google, je suis tombé sur une flopée d’articles : le point, le nouvel obs, le monde… Des articles qui abordent tous la question sous le même angle, l’intermittence est-il un système trop généreux ? 

Alors au lieu d’alimenter le même moulin, je préfère répondre avec quelques éléments de compréhension pour les auditeurs de France Bleue ce matin. 

D’abord  pourquoi a-t-on fait ce régime si particulier ?

Parce que pour les artistes notamment, le temps de travail rémunéré ( la représentation, le  concert..) représente 1/100 ou 1000eme du travail. On ne pourrait donc pas aller voir un concert s’il fallait rémunérer  à un tarif décent les  heures de travail des artistes…C’est donc bien un cas particulier.

Ce régime spécifique permet à un salarié du spectacle vivant, du cinéma ou de l’audiovisuel qui travaille suffisamment de bénéficier d’une sécurité sur ses revenus. Moyennant des cotisations près deux fois plus élevée, les intermittents bénéficient de l’assurance d’un revenu journalier, déclenché s’ils n’ont pas suffisamment de rentrées d’argent. 

Ce régime concerne 110 000 personnes indemnisées chaque année, pour 270 000 prétendants.  62% ne travaillent pas suffisamment pour être éligibles. Il n’est donc pas si simple d’être intermittent.

Alors que reprochent les détracteurs au système ?  

D’abord leur coût. Et c’est là que tout se complique. Comment calcule-t-on le coût du régime puisque le chômage par définition est un mécanisme de solidarité interprofessionnel ? 

La première chose c’est que SEULS les intermittents cotisent pour le régime des intermittents, alors que tous les salariés cotisent pour les autres chômeurs..

La cour des comptes estime son coût à 866 millions, puisque c’est la différence entre le montant des cotisations et les indemnisations des salariés intermittents. 

Seulement voilà, cette réalité ne fait sens que si l’on supprime les intermittents eux-mêmes ! Si on supprime l’intermittence, la plupart seront tout de même éligibles au chômage dans le régime général. Le reliquat n’est plus que 300 millions.  A cela, il faut encore retrancher les cotisations de ceux qui cumulent plusieurs travaux, le montant du RSA versé à ceux qui se retrouvent sans revenu… Bref, un coût net bien inférieur en réalité. 

Par comparaison, le CDD « coûte » à l’état 5,6 milliards d’euros au contribuable, alors qu’il ne représente que 15% de la totalité des contrats, va-t-on résorber ce trou en supprimant le CDD ? 

Certes Patrick, mais dans profiteurs il y a la notion d’abus.

Malheureusement, comme dans tous les systèmes,  il y a des abus, et je pense que le fond du débat est plutôt là. Le coût est supportable, l’abus n’est pas tolérable. Une seule étude sérieuse menée sur plusieurs années a pris le temps de mesurer l’ampleur des profiteurs. Résultat, ils ne sont qu’une infime partie, autant que dans les autres régimes. La nature humaine en somme.