Replay du jeudi 21 mai 2020

Philippe Gonnet : que sera la culture de l’après-confinement en Isère ?

La Carte Blanche du journaliste Philippe Gonnet est consacrée à l'avenir de la culture et du patrimoine isérois.

Sur l'esplanade du musée de Grenoble en juin 2013.
Sur l'esplanade du musée de Grenoble en juin 2013. © Radio France - Stéphane Milhomme

En ce premier jour férié de l’après-confinement, je voudrais, en mettant l’accent sur l’offre muséale, parler un peu de ce qui va...

En ces temps où tout – ou presque... – va mal, je note que les dix musées départementaux de l’Isère, en rouvrant lundi dernier, commencent à répondre, à leur façon, à la question : que sera la culture de l’après-confinement ? 

Si les festivals Jazz à Vienne, Berlioz à La Côte-Saint-André et Messiaen au pays de la Meije sont annulés – excusez du peu... –, je ne peux que vous inciter à découvrir aujourd’hui 

-      la vie et l’œuvre d’Hector Berlioz dans sa maison natale transformée en musée, 

-      les traitements de la Révolution française à Vizille

-      notre patrimoine médiéval à Saint-Antoine-l’Abbaye,

-      industriel à la Maison Bergès de Villard-Bonnot

-      d’art sacré à Saint-Hugues-de-Chartreuse

-      moderne et contemporain au musée Hébert de La Tronche – pour ne citer que ceux-ci...  

Sans oublier le parc du château de Vizille ou les jardins du Musée Dauphinois...

Et que nous disent-ils, ces musées ?

Par la diversité des pans de notre patrimoine qu’ils nous permettent de découvrir ou de redécouvrir, ils posent implicitement la question de l’offre et des pratiques culturelles.

A quoi doivent donc, aujourd’hui, servir les musées ?

Quels doivent être leurs fonctions artistiques, culturelles et sociales ?  

Ces questions, les professionnels de la culture se les posent depuis longtemps, et se proposent d’y apporter dès que possible des réponses nouvelles, comme en témoignaient les enquêtes publiées très récemment par le journal Le Monde.

Dans le petit livre Grenoble, Déplacer les montagnes que j’ai consacré à cette ville à l’automne – vous voudrez bien m’excuser de me citer, mais c’est en fait la directrice du Magasin des horizons que je cite –, Béatrice Josse déclarait notamment : 

Aujourd’hui, le système est devenu fou. 

Tout le monde est pris à la fois dans l’urgence de faire quelque chose (dans le sens de contribuer à partager du sens commun) et dans des injonctions contradictoires permanentes. 

Nous ne pouvons continuer à faire pour faire, sans réfléchir aux incidences à long terme de nos actions. 

Nous ne souhaitons pas tuer ces belles institutions françaises que le monde nous envie, mais les repenser à l’aune des changements sociétaux. 

Il est effarant de constater qu’il n’y a plus guère de domaines qui se pensent sur le temps long ! 

On exige de la visibilité, de la rentabilité dans un temps record. 

Or il faut donner du temps au temps pour que les choses changent doucement mais certainement. » (fin de citation)

Et comment les choses peuvent-elles donc changer ?

En rouvrant la semaine prochaine, le Musée de Grenoble va (enfin...) donner à voir l’exposition Grenoble et ses artistes au XIXe siècle, exposition qui, initialement prévue du 14 mars au 28 juin, sera finalement visible du 27 mai au 25 octobre.

Ce faisant, le Musée de Grenoble va renouer avec la tradition de ses expos d’été, dont on devine aisément la fonction sociale.

C’est donc un mal pour un bien, tant les crises économique et sociale qui vont inéluctablement succéder à la crise sanitaire – l’une n’empêchera d’ailleurs pas les autres... – montreront et démontreront le rôle de ces institutions, pour peu que la Ville de Grenoble ne continue pas à réduire comme peau de chagrin le budget d’acquisition du premier musée d’art moderne de France – hors Paris, bien évidemment... – dans des proportions tout à fait scandaleuses.

En inaugurant le Musée Champollion à Vif à l’occasion du bicentenaire en 2022 de la découverte des hiéroglyphes par... Jean-François Champollion, le Département de l’Isère portera à onze le nombre de ses musées, dont on voit bien qu’ils nous replacent dans l’histoire, la dynamique et le souffle de ce territoire.

Mais les choses ne pourront changer qu’à la condition de bien les nommer. 

En ces temps de réouverture, je voudrais rappeler que le verbe qui commande cette réouverture n’est autre que rouvrir – en français du moins...

Entendre jusqu’au ministre de la Culture dire réouvrir à longueur d’entretiens montre que ce n’est pas forcément gagné d’avance...