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"Et tu n'es pas revenu" de Marceline Loridan-Ivens éditions Grasset

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"Et tu n'es pas revenu" de Marceline Loridan-Ivens éditions Grasset

Coup de coeur de Cécile de la Librairie "Les 3 souhaits" à Morteau "Et tu n'es pas revenu" de Marceline Loridan-Ivens «Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas», lui a dit un jour son père, alors qu'à Drancy, au début de l'année 1944, ils attendaient, parmi des centaines, des milliers d'autres Français juifs, le convoi qui allait bientôt les emmener vers l'est... Et tu n'es pas revenu est ainsi une lettre au père, dans laquelle Marceline Loridan-Ivens - à quatre mains avec la journaliste et romancière Judith Perrignon - raconte à celui qui n'est pas rentré sa propre captivité, son retour en France, sa vie d'après. Plus exactement, l'impossibilité d'une vie après. Le constat est laconique, tranchant, sans nul espoir, et Marceline Loridan-Ivens le dresse inconsolée, mais les yeux secs...

Marceline Loridan-Ivens signe Et tu n'es pas revenu, soixante-dix ans de remémoration sans un mot en trop. Elle a 86 ans et elle regrette le temps qui passe. Pas celui qui la rapproche de sa propre fin ; non, c'est bien plus grave ; elle regrette le temps qui la ramène aux pires heures de sa jeunesse, le temps de l'antisémitisme éternel et réinventé, le temps de la violence barbare, le temps des rejets, celui de ces enfants d'aujourd'hui qui font grincer leur stylo pour ne pas entendre son témoignage sur ­Auschwitz-Birkenau. Si certains mots ne sont plus audibles, gravons-les sur des feuilles de papier, pixélisons-les dans des mémoires informatiques ! Ceux de Marceline Loridan-Ivens, mis en scène par Judith Perrignon, ont une force exceptionnelle. Il faudrait les lire entouré du ­recueillement qui convient, mais en fait peu importe : dès la première ligne, le silence se fait, plus rien ne compte jusqu'à la dernière ligne, et ces mots, nul ne pourra les oublier.