Replay du vendredi 20 novembre 2020

L’accès à l’emploi et le handicap dans les Pyrénées-Orientales

- Mis à jour le

Le télétravail, opportunité à long terme ou pas pour les personnes en situation de handicap ? Le rôle d’un ESAT.

Image d'illustration : handicap
Image d'illustration : handicap © Getty - Westend61

Semaine Européennes pour l’Emploi des Personnes Handicapées. Comment ça se passe chez nous ? Que dit la loi ? Est-ce que pouvoir travailler à distance c’est une chance quand on est en situation de handicap ? On s’intéresse aussi au handicap intellectuel avec un travail important mené par l’ESAT de Perpignan.

Nos invités : 

Daniel Dias, délégué AGEFIPH dans notre région.

Jean-Paul Borreill, directeur de l’UNAPEI 66.

Ce que dit la loi

Daniel Dias : 

Il y a une loi qui date de 1987 qui fixe une obligation d’emploi pour les entreprise de 20 salariés et plus qui doivent embaucher 6 % de travailleurs en situation de handicap et les entreprises qui ne s’acquittent pas de cette obligation d’emploi ou qui s’y acquittent de manière partiel versent une contribution à un fond et c’est l’AGEFIPH qui reçoit ces contributions. L’AGEFIPH va les réinvestir pour développer l’emploi des personnes en situation de handicap dans les entreprises privées en finançant des aides, soit destinées aux entreprises, soit destinées aux personnes handicapées en mettant en place des prestations d’accompagnement.

Quelle situation au niveau de notre région ?

Daniel Dias : 

Si on regarde dans le rétroviseur ce qu’il s’est passé sur ces 20 dernières années, on se rend compte que la situation de l’emploi des personnes handicapées, même si le taux le chômage reste trop important, il est encore aujourd’hui deux fois supérieur à celui du tout public. N’empêche que les choses ont évoluées. Il n’y a jamais eu autant de personnes handicapées en entreprises, dans celles qui sont assujetties, les plus de 20 mais aussi dans les petites entreprises, il n’y a jamais eu autant de personnes handicapées qui accèdent à de la formation professionnelle, qui se forment via les contrats d’apprentissages ou de professionnalisation donc la situation globalement elle est en train de s’améliorer puisque les entreprises ont une image et une idée de l’emploi des personnes handicapées qui aujourd’hui correspond plus à la réalité, à savoir des personnes handicapées compétentes, qui travaillent au même titre que les autres collaborateurs. Maintenant c’est vrai que les derniers chiffres, ceux d’avant la crise induite par la crise sanitaire, montraient une amélioration avec une baisse y compris dans notre région, y compris sur le département des Pyrénées-Orientales, une baisse du nombre de demandeurs d’emplois handicapés alors que le nombre de demandeurs d’emploi tout public, augmentait. Donc on voyait que la part des demandeurs d’emplois handicapés baissait. Evidemment cette crise elle est dans précédant, crise sanitaire, économique, et donc il va falloir faire preuve de beaucoup d’agilité, d’innovation pour faire en sorte que les publics handicapés ne soient pas les premiers touchés par cette crise économique.

Le Travail en ESAT

Et on s’intéresse en particulier à l’ESAT de Perpignan.

Jean-Paul Borreill :

Les Etablissements et Services d’Aide par le travail, le nôtre accueille 135 travailleurs handicapés à ce jour, pour venir travailler dans un ESAT il faut avoir une orientation de la Maison Départemental du Handicap et pour les personnes qui travaillent en ESAT il faut au moins avoir 30 % de la capacité de travail d’une personne valide. On a plusieurs activités, on a une activité palette, menuiserie agencement de mobilier, ménage, espaces verts, multiservices, on a un magasin à Perpignan ou nous réalisons des cadres pour les particuliers, rue Mailly. Et le chiffre d’affaire de l’établissement commercial est de 4 millions d’euros par ans. Ce sont des gens qui travaillent et qui sont compétents. La seule observation aujourd’hui qui nous permet de dire qu’ils se sentent bien c’est qu’ils ont vécu la première série du COVID, le premier contexte avec beaucoup d’anxiété parce qu’ils sont restés chez eux, qu’ils ne venaient pas travailler et ça a aussi d’autres conséquences parce que ce sont des personnes très anxieuses, et cette période COVID n’a fait qu’accentuer leur anxiété et aujourd’hui combien ils sont contents de pouvoir venir travailler tous les jours en espérant qu’il n’y ait pas de mesure plus coercitives qui viennent demain nous obliger à fermer l’établissement. 

Le télétravail et les personnes en situation de handicap

Daniel Dias : 

Alors c’est déjà une réalité le télétravail pour les personnes en situation de handicap, parce que, comme toutes les autres, tous les autres salariés, elles ont été confrontées à ce confinement et aux conséquences de ce confinement. Ce que je veux vous dire c’est que durant cette période de confinement, plus de la moitié des salariés handicapés ont continué à travailler que ce soit sur site, en présentiel, ou que ce soit en télétravail. Donc les personnes handicapées ont pris largement leur part et sont en train de prendre largement leur part dans la gestion de cette crise. Pour certaines ça a été le télétravail, et l’attention qui a été la nôtre, à l’AGEFIPH, ça a été au moment du confinement et encore aujourd’hui, de créer toutes les conditions matérielles, techniques, organisationnelles, pour que, la personne en situation de handicap en télétravail puisse bien travailler. Donc on a accentué notre action en mettant en place des aides exceptionnelles sur des aménagements de postes de travail au domicile, on a aussi favorisé la formation à distance en mettant en place des équipements dédiés, en favorisant l’accès à internet, et ça on l’a fait de manière urgente et réactive, pour permettre le télétravail. Et parfois, souvent même, le télétravail apporte une solution alternative à la personne et à l’entreprise, ça évite des déplacements, de la fatigabilité, et donc le télétravail avant même d’ailleurs le confinement et avant cette crise sanitaire, était déjà un bon outil qui s’ajoute aux autres. Il ne peut pas être une fin en soi, il ne peut pas suffire à lui-même mais c’est une solution pour compenser le handicap de certains collaborateurs. Beaucoup d’entreprises l’avaient déjà expérimenté, nous même AGEFIPH en tant qu’employeur nous l’avions mis en place pour certains de nos collaborateurs handicapés et on voit que toutes les entreprises qui avaient mis en place des choses de cette nature-là pour leurs salariés handicapés ont réagi beaucoup plus vite au moment du confinement pour l’ensemble du public et on voit là encore une fois, que toutes les actions qui sont développées pour le public handicapé, à un moment donné, elles servent tout le monde.