Replay du mardi 10 novembre 2020

Enfants et adolescents...comment vivent t-ils la période COVID ?

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Comment gérer le confinement en famille ? Quelles sont les séquelles et les traumatismes liés au confinement ? Pour répondre à ces questions, notre invité : Pierre Philippe Tedo, psychiatre à Bordeaux.

confinement enfants ados
confinement enfants ados © Radio France

Cette situation de crise est vécue très différemment par tous. Qu'en est-il pour la famille ? Comment gérer au mieux ses angoisses avec la période anxiogène ? 

C'est un moment où les valeurs du couple et de la famille sont essentielles, il faut se soutenir, se réconforter, se resolidariser. En même temps il faut garder une vision optimiste, et ce n'est pas évident. Plus que tout, il faut être dans la compréhension. Chacun réagit avec ses capacités. La tranche de la population déjà fragile éprouve déjà plus de difficulté à vivre le confinement, et l'effet est réel et se traduit par de plus nombreuses hospitalisations. 

Est-ce que cette expérience de confinement laisse un traumatisme ? 

Le traumatisme c'est le fait d'avoir été confronté à une situation extrême, ou une situation angoissante. On peut en garder une trace. Les expériences traumatiques sont le lot de tous, et elles nous aident à grandir. Elles peuvent nous renforcer, ou au contraire nous fragiliser. Dans le cas de la période, les personnes déjà fragiles sont plus impactées. 

Pour Pierre-Philippe Tedo, il ne faut pas oublier le dialogue. Il y a énormément de lignes ouvertes, Charles Perrins, les conseils départementaux, des lieux d'accueil, des sites de téléconsultation, des cabinets de psychologie ou de psychiatrie ouverts. On a vu des patients nouveaux, et il faut composer avec cette réalité traumatique. 

En famille, pouvoir expliquer aux enfants, aux ados n'est pas évident. Répondre à leur question est néanmmoins important, et il faut savoir communiquer. Se rassurer collectivement est essentiel, et il ne faut pas dramatiser. 

Comment vivent t-ils leur scolarité nos adolescents ?

Les adolescents sont tout à fait conscients de ce qui se passe. Il y a beaucoup de choses qui restent mystérieuses. Ils continuent de construire leur monde, cultivent leurs réseaux sociaux pour se rencontrer puisqu'ils sont limités pour se voir. Leur lieu scolaire est quand même conservé. 

Les ados ne sont pas forcément dans le défi, il ne faut pas penser qu'ils s'imaginent inattaquables et non vulnérables. Ils sont inquiets, et leurs parents nous demandent en consultation s'ils vont rester choqués ou traumatisés. Personne ne peut dire encore quelles traces ils vont garder de la période. Les adolescents ont des ressources incroyables, et la plupart vont dépasser ce moment de crise. 

Du côté des adolescents qui vont mal, et il ne faut pas les oublier, eux ont des troubles du sommeil, les angoisses et les crises de panique sont plus profondes.... ce confinement réel les impacte sur le plan psychique. 

Une crise incomparable

La comparaison n'est pas possible en terme de traumatisme. Sur ce vécu de confinement, on ne peut pas comparer le schéma d'une guerre ou d'une bombe atomique. Il faut quand même savoir que l'adolescent c'est un moment où pour aller très vite, l'adolescent développe une stratégie de l'immortalité. Il a besoin de penser que rien ne peut lui arriver. Plus il va vers l'adulte, et plus il comprend qu'il est mortel. Mais quand il va bien, il ne se lève pas tous les matins en pensant qu'il va mourir. Au contraire, il pense qu'il va créer, transmettre et vivre. 

"Etre enfant c'est être contraint"

Les enfants vont plutôt bien. Ils se posent beaucoup de questions, et restent ouverts sur le monde. Selon leur âge, on leur a expliqué plus ou moins les choses, les consignes restent floues et la ligne directrice, gérée par le gouvernement n'est pas évidente à suivre par les familles. Ce qui fait traumatisme, c'est la défiance, on a peur de son voisin, de sa famille... le climat est compliqué. 

L'imaginaire est toujours très présent chez les enfants, et les parents sont importants car ils doivent continuer de leur donner du plaisir, de les stimuler.  Couper le contact physique avec les grands-parents est très dur pour eux, et il faut les nourrir de ses contacts. Des moyens existent aujourd'hui, le téléphone, la visio.... 

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