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Entrée du musée
Entrée du musée - Musée judéo alsacien

Raymond Lévy du Musée Judéo-Alsacien de Bouxwiller

Diffusion du jeudi 26 juillet 2018 Durée : 10min

Raymond Lévy vous présente un lieu à visiter à Bouxwiller : le musée Judéo-Alsacien !

Le musée fête ses 20 ans cette année et présente la culture juive en Alsace. 

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Le Musée Judéo-Alsacien de Bouxwiller a connu immédiatement un succès dépassant toutes les prévisions... Implanté au cœur d'un bourg pittoresque, porte du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, il occupe le bâti noble et classique de l'ancienne synagogue.En 1983, le lieu de culte abandonné se trouve promis à la démolition, pour faire place à un parking de supermarché ! Une association naît alors, l'AMJAB, pour arrêter la pioche des démolisseurs. Elle propose une solution positive, à réaliser en partenariat avec les pouvoirs publics : la création d'un musée, retraçant l'histoire et mettant en scène la culture des Juifs d'Alsace qui ont vécu en symbiose avec leurs voisins chrétiens, pendant près d'un millénaire.

Ce musée ne ressemble à aucun autre. Par la muséographie d'abord. Dès l'entrée, dans un décor de placette alsacienne, un chandelier juif brûle à la fenêtre d'une maison à colombages. Un étroit passage voûté donne accès à une "rue des Juifs". Le vide intérieur de l'édifice - les nazis en avaient fait une usine - a donné l'occasion d'une architecture faite sur mesure pour s'adapter au programme : rampes et plateaux s'enchaînent pour créer, par les couleurs, la lumière, les perspectives, des ambiances changeantes, en fonction du thème traité.

C'est dans une longue galerie ascendante que l'on suit les lents progrès "de l'esclavage vers la liberté" de ces Juifs, serfs de la couronne jusqu'à la Révolution française. Ailleurs, une rue en pente bordée de boutiques instruit le visiteur sur le progrès social au siècle dernier. Un tournant, une rotonde sombre : la Shoah... A tout moment le bâtiment devient complice : à l'évocation des modernes Amitiés Judéo-Chrétiennes, l'oeil redécouvre, en plongeant dans une cheminée, une image vue à l'entrée, celle du "bûcher de Strasbourg" où, en 1349, deux mille Juifs périssent, brûlés vifs - une façon de suggérer le chemin parcouru...

Une autre originalité vient des créations réalisées spécialement pour le musée par des artistes de haut niveau. Le parcours est jalonné de mannequins aux têtes en fer tordu, de maquettes en céramique reconstituant minutieusement, en trois dimensions, des scènes de la vie quotidienne inspirées de gravures, de poupées costumées, de maquettes d'architecture, de vidéo-films - dont une curieuse "bande dessinée" dans laquelle un enfant de onze ans raconte la sombre année 1940.

Dans des vitrines artisanales en bois, où voisinent des objets manufacturés avec d'autres, plus émouvants, fabriqués par des mains maladroites, certains objets vous tragiques, en relation avec l'histoire mouvementée d'une communauté exclue des villes et souvent errante sous l'Ancien Régime, décapitée par la Terreur, touchée en 1872 par une émigration massive vers la France lorsque l'Alsace devient allemande, chassée en 1940, puis pourchassée...

Et voici qu'au fil des salles, ces ruraux misérables, colporteurs ou chevillards, vivant au milieu de paysans pauvres, apparaissent comme riches en traditions, en foi tranquille, en convivialité, en connaissances bibliques, en espérance... Une leçon à méditer, comme sont à méditer ces contrastes entre violences et longues cohabitations amicales, entre actes de tolérance et actes d'intolérance.

Ce musée se veut outil de connaissance, mais avec un but militant : faire connaître une culture, un patrimoine, pour inciter à la sauvegarde. Une "salle des animations", sous d'étonnantes poutraisons découvertes sous les plâtres, et une salle des expositions temporaires sont là pour rendre l'outil vivant.

Gilbert Weil

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