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Une stèle à la mémoire de fusillés pour l'exemple à Suippes (Marne)
Une stèle à la mémoire de fusillés pour l'exemple à Suippes (Marne) © Maxppp - Philippe Cherel

Centenaire 14-18 : l'histoire des trois loirétains "Fusillés pour l'exemple"

Diffusion du mercredi 7 novembre 2018 Durée : 3min

Dans le cadre du centenaire de l'armistice du 11 Novembre 1918, France Bleu Orléans consacre une série de reportages à la mémoire de la Grande Guerre. Georges Joumas, un historien orléanais, propose une série de conférences cette semaine à trois soldats du Loiret "fusillés pour l'exemple"

C'est une histoire méconnue et souvent mise de côté, dans la mémoire de la Première Guerre Mondiale : les "fusillés pour l'exemple", ces soldats accusés de désertion et exécutés... Officiellement, selon les archives de l'armée française, ils sont 639, fusillés souvent sous les yeux d'autres soldats, pour rébellion, désertion, ou trahison. Georges Joumas, historien orléanais, leur consacre une série de conférences, ce mercredi 7 novembre à Orléans et ce vendredi 9 novembre à Fay Aux Loges. 

Un habitant de Lorcy qui déserte "parce qu'il est terrorisé"

Georges Joumas est allé regarder dans les archives de l'armée, et il a trouvé les fiches militaires, les matricules, les jugements de conseils de guerre de trois loirétains qui figurent dans cette liste officielle. Le premier, c'est Louis Naudin, un ouvrier agricole de Lorcy, près de Beaune la Rolande, envoyé au front dès 1914, mêlé aux presque tous premiers combats, dans le 131ème régiment d'infanterie d'Orléans. En août 1914, c'est son premier combat, son bataillon est décimé, désorganisé, il perd ses camarades. Louis Naudin est terrorisé, il se cache, se fait faire de faux papiers, se fait embaucher dans une ferme, il est dénoncé deux mois plus tard par le fermier.

Sur les deux monuments aux morts de la commune, il est inscrit comme mort aux combat, la famille n'a jamais su la vérité selon moi

Son exécution, un témoin la décrit, "c'est horrible" dit-il, il faut marquer les esprits. Mais Georges Joumas a retrouvé la fiche d'état civil envoyée à la commune de Lorcy, et officiellement Louis Naudin n'est pas un fusillé pour l'exemple, son nom figure sur les deux monuments aux morts de la commune comme "mort au combat". Pour Georges Joumas il y a plusieurs hypothèses, "soit le commandant du 131ème régiment d'infanterie d'Orléans n'a pas voulu salir son nom, soit le maire s'est arrangé avec les autorités militaires. Ce dont je suis pratiquement persuadé, c'est que la famille de Louis Naudin n'a jamais su qu'il était mort dans ces conditions"

Fusillé pour avoir dit à ses camarades de ne pas sortir des tranchées

En revanche, le nom des deux autres loirétains retrouvés par Georges Joumas n'est pas inscrit au Monument aux Morts de leur commune. Vous ne trouverez pas à la Ferté Saint Aubin le nom de Louis-René Brunet, fusillé lui le 10 juin 1917 après la bataille du Chemin des Dames, dans l'Aisne. C'est une offensive particulièrement meurtrière dans les rangs des soldats français, les deux premières sorties des tranchées sont une boucherie. A la troisième, Louis-René Brunet demande à ses camarades de ne pas sortir des tranchées. Lui qui deux ans plus tôt s'est distingué au combat, capturant 89 soldats allemands avec son bataillon, décoré pour cela de la médaille militaire, se retrouve jugé, condamné à mort. Sa demande de grâce est rejetée par le président Poincaré. Son sort émeut jusqu'à l'Assemblée Nationale à l'époque, un député s'exprime pour défendre sa mémoire. 

Un marinier orléanais abattu par les gendarmes 

Le troisième "fusillé pour l'exemple" est un marinier orléanais de 25 ans, il s'appelle Adolphe Lozay. Lui n'est pas fusillé sur le front, mais abattu à Orléans, par les gendarmes venus le chercher. Adolphe Lozay est un déserteur, il en est déjà à sa troisième défection, la guerre, il ne veut plus la faire. Jugé déjà à deux reprises, il a été envoyé dans un bataillon disciplinaire, qui paie un lourd tribut à Verdun. Il fuit, il se cache à Orléans, c'est là que les gendarmes viennent le chercher. Lui non plus ne figure pas au Monument aux Morts d'Orléans. La question de la réhabilitation de ces fusillés pour l'exemple se pose, en France, mais sénateurs et députés l'ont encore rejetée il y a quelques années.

Conférences de Georges Joumas "Les trois fusillés pour l'exemple du Loiret en 14-18" : mercredi 7 novembre 18h30 aux Archives du Loiret, 6 rue d'Illiers. Vendredi 9 novembre 20h30 salle du conseil municipal à Fay aux Loges.