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L'exposition "Le sauvetage des Juifs dans le Loiret" a lieu à l'Hôtel Groslot à Orléans jusqu'au 4 mai
L'exposition "Le sauvetage des Juifs dans le Loiret" a lieu à l'Hôtel Groslot à Orléans jusqu'au 4 mai © Radio France - François Guéroult

"Justes parmi les nations" : peut-on parler d'une spécificité dans le Loiret ?

Diffusion du lundi 23 avril 2018 Durée : 3min

Hier, 2 familles orléanaises ont reçu à titre posthume le titre de "Justes parmi les nations", pour avoir caché une famille juive pendant la seconde guerre mondiale. D'où cette question : y a-t-il eu une spécificité du Loiret en matière de sauvetage des Juifs à cette époque ?

Pour Nathalie Grenon, la directrice du Cercil, le musée-mémorial des enfants du Vél d'Hiv à Orléans, la réponse ne fait pas de doute. Cette spécificité est liée à l'implantation, dans le Loiret, des camps d'internement de Beaune-la-Rolande et Pithiviers, où 16 000 Juifs ont transité avant leur déportation, entre 1941 et 1943 : "Au début, les hommes vont rester internés pendant un an, ils sortent, ils font des corvées, ils travaillent dans des entreprises donc il y a des relations qui vont se nouer avec la population. Dans la population, certains sont indifférents, d'autres sont favorables à l'enfermement de ces Juifs, mais nombreux sont ceux qui apportent leur soutien, en commençant par faire passer des lettres clandestinement et recevoir les familles."

Cette proximité a pu aussi provoquer des prises de conscience. Exemple avec Rémy Ménigault, dont les parents ont accueilli et sauvé une enfant juive, Micheline, c'était à Audeville près de Pithiviers : "J"avais 6 ans à l'époque, se souvient Rémy Ménigault, j'ai vu passer un train qui a ralenti à l'approche de la gare - et là, on entend des enfants qui hurlent et qui font la courte échelle pour pouvoir jeter des papiers avec leur adresse. J'ai demandé à ma mère : "Mais pourquoi ces enfants crient-ils ?" - et ma mère dit "Mais parce qu'on les a arrachés à leurs parents !". Et je lui demande : "Et on les emmène où ?" - "Ben tu sais, en Allemagne... mystère." Cette scène a-t-elle joué un rôle dans la décision de ses parents de cacher Micheline ? "Bien sûr, répond Rémy Ménigault, même si ça s'est fait naturellement." La famille Ménigault a reçu le titre de Justes parmi les nations, à titre posthume, en 2013.

Mais paradoxalement, peu de Loirétains ont officiellement obtenu cette reconnaissance officielle de Justes parmi les nations...

Reconnaissance décernée par le mémorial Yad Vashem en Israel, depuis 1963. A ce jour, le Loiret compte 31 Justes qui ont sauvé au total 49 Juifs dont 37 enfants. 31 Justes, c'est dix de moins qu'en Indre-et-Loire par exemple, mais ce chiffre ne correspond pas à la réalité, estime Nathalie Grenon : "On sait bien que c'est un chiffre très inférieur à la réalité. Nous, au Cercil, régulièrement, nous rencontrons des familles qui ont été sauvées par des habitants du Loiret. Mais on peut être un "sauveur" et refuser cette médaille des Justes. Certaines familles nous ont expliqué qu'il était impossible qu'elles reçoivent une médaille pour cela, car ce sauvetage s'était fait naturellement, par sentiment de grande humanité."

N'oublions pas aussi qu'il y a eu 700 évasions des camps d'internement du Loiret - dont certaines ont forcément bénéficié de complicités. Le Cercil a d'ailleurs transmis de nouveaux dossiers à Yad Vashem : 5 sont sur le point d'aboutir.

Et pour en savoir plus, sachez qu'une exposition sur ce thème a lieu en ce moment à l'hôtel Groslot à Orléans, c'est jusqu'au 4 mai.