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Parents d'élèves de la Courtille et Martine Rogeret, conseillère municipale à Saint-Denis
Parents d'élèves de la Courtille et Martine Rogeret, conseillère municipale à Saint-Denis © Radio France - Hajera Mohammad

"L'évaporation" des élèves du collège public vers le privé en Seine-Saint-Denis

Diffusion du mercredi 4 septembre 2019 Durée : 4min

Selon le syndicat enseignant SNES-FSU, entre 500 et 600 élèves quittent les établissements scolaires publics en Seine-Saint-Denis et la plupart d'entre eux, se retrouvent scolarisés dans le privé.

"Rien que pour cette rentrée, on a perdu l'équivalent  d'une classe de 6ème qui est partie vers le privé", nous explique, dépitée, Célia Kolli, professeure d'anglais au collège La Courtille à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et secrétaire de la section locale du SNES-FSU.

La tentation du privé

Pour Grégory Thuizat, co-secrétaire départemental du SNES-FSU 93, la tendance se confirme depuis au moins cinq ans : "Il y a chaque année, entre 500 et 600 élèves qui disparaissent des listes des établissements publics et qu'on retrouve pour la très grande majorité dans les établissements privés"; "On appelle ça l'évaporation des élèves vers le privé". Pour celui qui est également professeur de français dans le collège voisin, Henri Barbusse, c'est une suite logique à la politique de l'Éducation nationale. "Aujourd'hui, l'institution fait tout pour que le privé soit privilégié". 

Pour illustrer ses propos, il rappelle par exemple, que la spécialité NSI (numérique et sciences informatiques) n'est proposée dans aucun lycée public de Saint-Denis, seulement dans un lycée privé. Il nous raconte aussi cette fois où il a appris que le directeur d'une école publique incitait les parents à inscrire leur enfant dans un collège privé au lieu de les diriger vers l'établissement public de secteur.

1.000 euros l'année scolaire

Mounir 39 ans, papa de quatre enfants, habitant du quartier de La Courtille, a fait le choix du privé, cette année. Il a décidé d'inscrire sa fille aînée qui vient d'entrer en 6ème au collège Jean-Baptiste de La Salle, l'un des établissements privés les plus prisés de la ville. Il débourse 1.000 euros , "plus les repas à 5 euros à la cantine" : le prix à payer pour assurer un meilleur avenir à sa fille, explique celui qui a toujours défendu l'école publique. 

Mais "je défends l'école publique qui émancipe, celle qui efface les inégalités et aujourd'hui ce n'est plus le cas", déplore-t-il. La faute aux postes d'enseignants non pourvus, aux heures de cours non assurées et à la violence aussi. L'agression d'un enseignant de La Courtille, au printemps dernier, est encore dans les esprits de tout le monde . D'autres mamans défendent malgré tout l'enseignement public "bien sûr qu'on peut le sauver, si on s'y met tous ensemble, parents, élèves et direction mais il faut qu'on travaille tous ensemble !", assure Soumia.